Ce jour-là, Willy Ronis

6 janvier 2011

Une fois n’est pas coutume, je vais m’échapper un peu de la technique et des logiciels et vous parler d’un livre qui m’a beaucoup marqué : Ce jour-là, de Willy Ronis.

Ce jour-là, Willy Ronis livreCe n’est ni un livre de technique photo, ni de composition, ni d’histoire de la photo, ni même un « livre photo ». Ce n’est rien de tout ça, ou plutôt tout ça à la fois et bien plus encore. Willy Ronis est sans aucun doute mon photographe préféré, et je suis tout simplement ébloui par son œuvre. Alors quelqu’un (qui se reconnaîtra 😉 ) a eu la bonne idée de m’offrir « Ce jour-là », petit recueil de 52 photographies de Ronis, et surtout de ses pensées concernant ces images. Chaque petit texte commence par « Ce jour-là », d’où le titre de l’œuvre.

Alors pourquoi cette œuvre m’a-t-elle tant touché qu’il FAUT que je vous en parle ? 🙂

Et bien, c’est un condensé extraordinaire de petits moments de vie tout d’abord. Ce bouquin est paru en 2006, et c’est avec une précision étonnante que Ronis nous décrit le contexte de chaque cliché, parfois plus de 50 ans après. Une mémoire éblouissante donc, sans doute marquée par tous ces instants magiques qu’il a su capter avec tant de talent.

J’ai la mémoire de toutes mes photos, elles forment le tissu de ma vie et parfois, bien sûr, elles se font des signes par-delà les années. Elles se répondent, elles conversent, elles tissent des secrets.

« Les photos sont pleines d’histoires. »

Une des choses les plus importantes que j’ai retenues de ce livre, c’est que Ronis cherchait toujours à raconter une histoire en prenant un cliché. Chaque instantané est un moyen pour retranscrire ce qu’il a ressenti à cet instant, sa vision de la situation (jusqu’à s’inventer des histoires abracadabrantes sur un personnage croisé dans la rue). Et c’est cela qui fait la saveur et la richesse des clichés de Ronis.

En général, je ne change rien à ce qui se passe, je regarde, j’attends. Simplement, à chaque photo, je suis impressionné par une situation, et j’essaie de trouver la bonne place où pouvoir placer mon instantané, pour que le réel se révèle dans sa vérité la plus vive. Il y a un vrai plaisir à trouver la place juste, cela fait partie de la joie de la prise de vue, et c’est quelquefois aussi un tourment, parce qu’on espère des choses qui ne se passent pas où qui arriveront quand vous ne serez plus là.

« La belle image, c’est une géométrie modulée par le cœur. »

Ronis est un être très sensible (je ne parlerais pas au passé tant il est encore présent par son œuvre). On ressent à chaque page qu’il s’émerveille et s’émeut devant chaque petit moment que lui offre la vie, chaque moment qui a quelque chose de touchant ou d’étonnant, qui « l’impressionne ». La bonne nouvelle, c’est que c’est contagieux. Il ne fallait pas me pousser beaucoup pour que je m’émerveille également, mais rien qu’à lire ses pensées par rapport à une image, on se laisse emporter dans la toute petite histoire qu’il nous raconte, et y compris dans l’émotion qui va avec, comme dans « Noël 1954, La Bicyclette« , l’histoire simple, si commune et intemporelle d’une petite fille qui voudrait bien avoir un joli vélo. Mais je vous laisse découvrir cette histoire vous-même 🙂

Un jour, sur cette place, j’ai pleuré d’émotion. C’était un mois d’avril, avec Marie-Anne. Il y avait, d’un côté des arcades, des musiciens de jazz, et de l’autre, des étudiants qui sortaient sans doute du Conservatoire et qui jouaient du Bach. Il y a eu soudain en moi une grande émotion qui est née de la rencontre entre ces deux musiques. Et dans les arbres, c’était déjà la fin des bourgeons, on voyait la naissance des petites feuilles, cela formait un immense poudroiement de confettis. J’avais les yeux pleins de larmes. Quand vous découvrez brutalement ce signe que vous adresse le printemps, ce moment si juvénile…

On ne peut pas écrire ça et être mauvais. Vous voyez ce que je veux dire ? Cette façon de regarder le monde avec des yeux d’enfant est tout bonnement magique. Évidemment, derrière chaque cliché se cache une parfaite maîtrise de son appareil, qui a permis à Ronis de s’échapper de la technique pour nous raconter de jolies histoires quotidiennes, pleines de poésie. Et oui, quotidiennes : Ronis avait toujours son appareil sur lui (combien de fois le répétera-t-on ? 😉 ), et beaucoup de ses images sont simplement issues de ce qui faisait son quotidien. Comme quoi on peut trouver de la beauté dans tout, et qu’il suffit juste d’ouvrir les yeux pour cela. Parce que c’est ça le premier « travail » du photographe : ouvrir les yeux.

Il y a une autre leçon à en tirer : titrez et légendez vos photos. Même si ce n’est que pour donner simplement le contexte (« Champ de Mars, Paris, 2011 »). Racontez l’histoire. Aidez un peu le lecteur à se laisser emporter. Oh bien sûr, une bonne photo parle d’elle-même. Et celles de Ronis le font. Mais c’est toujours un plaisir fin que de comprendre réellement ce que l’auteur a ressenti en prenant son instantané.

 

Il est difficile d’en dire plus sur ce livre. Même si ce n’est en aucun cas un bouquin de photo au sens premier du terme (il ne vous expliquera pas comment utiliser votre appareil), il apportera sans doute bien plus à vos photographies que n’importe quel bouquin technique. Car si vous ne photographiez pas avec votre cœur, si vous ne photographiez pas avec vos tripes, vos photos seront vides de sens et d’émotion, qu’elles soient techniquement parfaites ou non.

Si je peux vous donner un premier conseil en cette nouvelle année, c’est de sortir 6€ et des poussières pour acquérir cette petite merveille de simplicité :

Allez, maintenant vous mettez en bandoulière votre appareil d’un côté et votre cœur de l’autre, et vous allez photographier ce que vous trouvez joli 😉
 
Et n’oubliez pas de partager l’article ! 🙂
 

 
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15 commentaires

  • ça a l’air terriblement touchant. Il décrit des choses avec beaucoup de poésie et de sensibilité.
    Ce n’est pas juste un photographe, c’est définitivement une âme d’artiste dans le sens le plus large du terme!

    6 janvier 2011
  • Willy Ronis est aussi un des mes photographes preferes.
    Je l’avais rencontre au festival Visa pour l’imade de Perpignan, un sacre personnage!

    6 janvier 2011
  • J’ai également eu la chance de rencontrer Willy Ronis qui fait partie de mon petit panthéon notamment avec ses livres sur la Chine. J’ai même pu le suivre discrètement pendant trois heures alors qu’il mettait la dernière main à une grande rétrospective à la MEP. A cette occasion, j’avais même rencontré Cartier-Bresson, un grand moment

    7 janvier 2011
  • je partage votre enthousiasme, Willy Ronis est un très grand photographe.
    Je vous conseille aussi « Derrière l’objectif de Willy Ronis »ed Hoebeke, Paris 2001, livre que je me suis offert à l’expo qui a eu lieu à Paris. C’est magnifique!

    Merci pour tous vos conseils et bonne année 2011

    8 janvier 2011
  • Bonjour,

    J’ai voulu m’inscrire à la newsletter, pour recevoir le livre, et n’ai pas réussi

    8 janvier 2011
    • Bonjour, c’est-à-dire vous n’avez pas réussi ? Sur la liste, vous apparaissez dans les inscrits à la newsletter et comme ayant reçu le livre et le podcast en mp3. Vous n’avez pas eu ces messages ?

      8 janvier 2011
  • On m’a offert ce beau livre que j’ai dévoré.
    Un superbe témoignage sur les contextes de grandes photos.

    24 janvier 2011
  • magie, émotion. Un grand Homme!

    27 février 2011
  • Il y a également un beau reportage sur Willy Ronis, visible ici : http://www.youtube.com/watch?v=Yx2RU4NyHPU&list=HL1362991653

    11 mars 2013
  • Qui n’aime pas ce grand monsieur de la photo humaniste ?
    Son oeuvre est incroyablement riche en émotion à l’instar de la personne qu’il était et qui devrait etre notre Mentor à tous il me semble …

    9 mars 2015