Masahisa Fukase, l’émotion brute en images – Rencontres de la Photo d’Arles 2017 #3

Masahisa Fukase est un photographe japonais dont le travail photographique est essentiellement une traduction brute de ses émotions.  Il a laissé une œuvre formidable que je vais vous présenter (succinctement) ici.



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Masahisa Fukase est né en 1934 à Hokkaido, dans une famille de photographes de studio. Son travail photographique tourne énormément autour de ses deux épouses, Yugi et Yoko.

Un corpus intitulé « Depuis la fenêtre » concernant cette dernière avait d’ailleurs été présenté à Arles en 2015. C’est l’une de ses œuvres les plus célèbres, dans laquelle il a photographié sa femme Yoko depuis sa fenêtre, chaque jour, quand elle partait au boulot. Son travail photographique se concentrera principalement sur elle, et sur son amour pour elle, pendant pas moins de 13 ans.

Mais son œuvre la plus connue est l’une de celles présentées dans cette exposition : ”La Solitude des Corbeaux”, qui a d’ailleurs été nommé meilleur livre de photographie publié entre 1986 et 2009 par le British Journal of Photography.

Fukase commence à s’intéresser aux corbeaux en 1976, quand sa femme le quitte. Il sombre dans l’alcool et dans la dépression, et un jour qu’il prend le train de Tokyo à Hokkaido, il commence à photographier des corbeaux. Dans la culture japonaise, ils sont de mauvais augure, sont le signe de temps difficiles, et en particulier d’amour perdu et de cœur brisé chez Fukase.

Il poursuivra ce sujet pendant 6 ans, ce qui donnera lieu à cette œuvre incroyable, presque autobiographique. Masahisa Fukase déclarera d’ailleurs en 1982, en arrêtant de travailler sur ce projet, être ”devenu un corbeau”.

Ses images très sombres, lugubres, presque issues d’un cauchemar sont une traduction brute de ses émotions. Si on les comparait à des œuvres littéraires, ce seraient de courts poèmes sombres, des haïkus peut-être.

La majorité des images de ce corpus sont sombres, impressionnistes, avec beaucoup de grain. L’ambiance est clairement privilégiée à la qualité technique, dont la question ne se pose même pas dans un travail qui pourrait être la représentation visuelle des rêveries dépressives d’un homme esseulé.

En groupe ou seuls, en vol et flous ou immobiles sur un poteau, un fil ou un arbre, les silhouettes de l’animal sont presque fantomatiques.

L’exposition présente aussi un travail sur les corbeaux en couleur, qui utilise à merveille une technique de surimpression des négatifs pour construire des images porteuses de sens, où il superpose l’animal lugubre avec d’autres éléments, dont son propre visage, dans la photo pour moi la plus frappante de l’exposition.

En tout cas, pour nous photographes, La Solitude des Corbeaux est un exemple criant d’une photographie non descriptive, bâtie d’abord et avant tout sur l’émotion d’un artiste qui l’exprime de manière visuelle. Une belle leçon.

Mais cette rétrospective permet aussi de découvrir d’autres facettes de Fukase, qui a aussi eu des côtés facétieux. Je vous laisserai découvrir ses coups de pinceau multicolores sur des images plus humoristiques, mais je voulais vous parler un peu d’une série d’images dans laquelle Masahisa Fukase a photographié… son chat, Sasuke !

Aujourd’hui, le chat est sans doute un des sujets les plus banals, photographié encore et encore par la Terre entière. Et pourtant, Fukase parvient à y rajouter un supplément d’âme, une dose d’humour tendre comme seuls les sensibles savent faire.

Comment exactement ? Je serais bien incapable de vous le dire. Je pense simplement que comme pour son épouse, et comme pour ses corbeaux, Fukase avait la précieuse capacité de partir de ses émotions avant tout, l’appareil photo n’en étant que le médium pour les retranscrire dans quelque chose de palpable.

En 2012, Masahisa Fukase s’éteint après 20 ans passés dans le coma à la suite d’une mauvaise chute dans un escalier. Yoko le visitera 2 fois par mois tout au long de cette période.
Il laisse derrière lui une œuvre formidable que nous avons la chance de pouvoir admirer à Arles cette année.

C’est pourquoi je vous encourage vivement à venir visiter l’exposition et le reste des Rencontres de la Photographie, que je remercie de m’avoir laissé tourner.

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D’ici là je vous dis à bientôt, et bonnes photos !

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