Notre-Dame : émotion, réseaux sociaux, immédiateté et contexte



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Bonjour à tous, et bienvenue sur Apprendre la Photo.

Eh oui, nouveau décor. J’ai essayé de changer de pièce ; en partie parce que je n’ai pas le choix, mon salon, actuellement, je ne peux pas trop filmer dedans… mais bref.

Je n’avais pas prévu de faire cette vidéo, mais pour ceux qui vivraient dans une grotte sans Wi-Fi, le 15 avril, la charpente et la flèche de Notre-Dame ont brûlé.

Ça m’a beaucoup ému, comme beaucoup de monde.

Je ne vais pas m’étendre sur les raisons de cette émotion, il y a une vidéo très intéressante publiée par Cyrus North il y a peu, qui explique bien d’où ça vient (je vous la mets en description).

Par contre, je veux m’attarder sur deux réflexions photographiques que ça m’a inspirées.

Alors, en préalable, il faut que vous sachiez que deux semaines avant le drame, j’étais à Paris. Je suis pas mal sorti photographier, j’ai testé différentes pellicules noir et blanc, et à un moment je me suis retrouvé près de Notre-Dame.

C’était la fin de l’après-midi, j’étais un peu fatigué de ma marche, mais j’ai poussé jusque sur le parvis pour finir ma pellicule et rentrer.

Bref, j’ai quelques clichés très récents de la cathédrale, ou tout au moins avec sa présence en arrière-plan, et donc, ma première réflexion découle d’Instagram.

Le soir du 15 avril, j’ai posté une de ces images de cette sortie, sur Instagram ; c’était juste un cliché comme ça, sans y penser, du genre de ceux qu’on est obligé de prendre quand on passe devant une grande dame de l’architecture comme celle-là.

Donc pas une grande photo du tout, mais de celles qu’on doit prendre parce qu’on passe devant ; c’est beau et on le fait.

Postée sur Instagram n’importe quel autre soir que celui-là, elle n’aurait sans doute pas eu beaucoup de réactions, vu que c’est juste un cliché très descriptif, et, honnêtement, pas très bon, de Notre-Dame.

J’aurais sans doute eu des gens qui m’auraient demandé pourquoi je postais ça alors que je passe ma vie à vous dire qu’il faut faire de la photo narrative plutôt que descriptive. ^^ Mais là, c’est clairement mon post Insta qui a eu le plus d’engagements avec plus de 1 000 likes en tout, soit trois à quatre fois plus que mes meilleurs posts sur ce critère, même si ce ne sont pas forcément les meilleures photos, évidemment.

Alors, ce qui a provoqué ces likes, c’est clairement l’émotion partagée. Ce n’est pas la beauté de la photo, même si je soupçonne que certaines personnes préféreront toujours une banale photo d’un monument aux photos de barrières de chantier ou d’escaliers que j’ai pu poster ces derniers temps.

Et si les photos de coucher de soleil récoltent des likes, c’est parce qu’elles font résonner quelque chose chez les gens immédiatement.
Il n’y a pas besoin de réflexion, d’introspection ou de recherches pour trouver joli un coucher de soleil ou un animal mignon.

Et aussi, elles nous rassurent en nous montrant ce que nous connaissons déjà, et ça, notre cerveau, il aime bien.
C’est universel. Comme dirait Kant : « Le beau est ce qui plaît universellement sans concept. » Et il avait bien raison.

Alors, ça ne veut pas dire que c’est mal. Juste que pour provoquer un like sur les réseaux sociaux, eh bien, c’est souvent l’immédiat qui va primer. D’autant plus que le jeu des algorithmes fait que plus une photo va provoquer des interactions, plus elle va être montrée à un grand nombre de personnes et donc plus elle va provoquer d’interactions.

Mais ça n’a pas de rapport direct avec la qualité de la photo, juste son immédiateté.

Et ce n’est pas forcément un critère à jeter. Le côté immédiat peut être une force de la photographie. Et beaucoup de grandes photographies ont cette qualité.

On peut penser, par exemple, à beaucoup de photos journalistiques, mais aussi aux portraits d’Irving Penn, etc.

Mais toutes les grandes photos n’ont pas ça.
Soit parce qu’elles prennent leur sens dans un travail qui est plus large, et que du coup leur impact découle davantage de leur association avec d’autres images, soit parce qu’elles ne sont pas immédiatement frappantes pour la plupart des gens, mais seulement pour certains parce que peut-être qu’elles nécessitent une certaine éducation visuelle, tout du moins d’avoir été soumis à suffisamment d’art pour en saisir la qualité et ce qu’elles racontent de plus qu’autre chose.
En tout cas, ce n’est pas forcément des photos faciles au premier abord. Mais, voilà, toutes les photos n’ont pas cette qualité d’immédiateté.

Et ma seconde réflexion, elle découle d’une autre photo que je n’ai pas publiée sur Insta à l’heure où je fais cette vidéo – je vais peut-être la publier quand je mettrais cette vidéo en ligne, je ne sais pas –, c’est la dernière de la pellicule.

Je prenais quelques photos de rue devant la cathédrale, il y avait ces deux filles qui prenaient des selfies devant la cathédrale, comme à peu près tout le monde, et j’essayais d’avoir un truc sympa pour terminer la pellicule.

Donc, il y en a une qui s’est retournée vers moi, puis j’ai déclenché instinctivement. Et quand j’ai eu le scan, j’ai trouvé la photo sympa, mais sans plus.
Je veux dire, elle avait un peu une expression de surprise, mais, voilà, ça n’avait pas…, la photo ne m’avait pas plus marqué que cela.

Et en allant dans Lightroom chercher la photo dont je vous parlais juste avant – la photo de la cathédrale – pour l’exporter et la mettre sur Instagram, j’ai revu celle-ci.

Et elle a pris un autre sens. Soudain, à la lumière des événements, son expression de surprise, un peu, elle était tout autre à mes yeux.
J’ai presque l’impression d’y voir un présage, maintenant. Et, en plus, j’ai le contexte sur la photo, j’y étais donc je sais très bien qu’avant et après le cliché, elles étaient juste insouciantes, et il n’y avait rien d’un présage du drame à venir.

Mais, à la fois j’ai choisi ce moment-là et pas un autre, et, à la fois, malgré tout ce que je sais du contexte, je n’arrive plus à le détacher de l’incendie de Notre-Dame.
Et ce qui m’intéresse là-dedans, c’est que le sens qu’on donne à une photo, il dépend de plus que la photo elle-même.

Ici, c’est le contexte des événements qui donne un sens supplémentaire, mais ça peut être plein d’autres choses. Ça peut être les autres photos qui sont présentées autour dans la même série ; ça peut être le titre de la série ou du livre ou même de la photo elle-même si vous lui en donnez un ; ou même de la manière de la présenter, sur un écran ou sur papier, en petit ou en grand tirage, etc.

Par exemple, une photo que vous avez déjà vue dans un épisode d’« Incroyables photographes », c’est la dernière photo de John Lennon avant son assassinat par Annie Leibovitz – la photo, pas l’assassinat.

La photo est bonne en soi, mais elle prend une tout autre signification quand on sait que c’est la dernière.
Et dans le même ordre d’idée, les dernières photos de Gandhi prises par Cartier-Bresson, elles résonnent différemment quand on sait qu’elles sont les dernières prises la veille de sa mort.

Voilà, j’espère que ce sera de la nourriture pour l’esprit, comme disent les Anglo-Saxons. N’hésitez pas à continuer la discussion en commentaire juste en dessous. Et puis likez et envoyez la vidéo à vos amis photographes, ou non, d’ailleurs, si vous l’avez aimée.
Et puis vous abonner pour ne pas rater les prochaines, pour ceux qui me découvriraient avec cette vidéo. Et si c’est le cas, n’oubliez pas de télécharger le guide « Faites-vous plaisir en photographiant ».

Voilà, je vous dis à plus dans la prochaine vidéo, et d’ici là, à bientôt, et bonnes photos !

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