[Vidéo] Le style photographique et l’unité d’une série (reportage aux Transphotographiques 3/3)

Pour cette dernière vidéo de la série, je vous montre au travers de 3 photographes très différents comment se constitue l’unité d’une série, et au final, le style photographique.


 
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Si vous avez déjà admiré le travail de grands photographes dans l’idée de tenter de comprendre leur génie, de vous inspirer, ou plus simplement de vous régaler les yeux, vous avez peut-être déjà remarqué quelque chose : malgré toute leur diversité, leur point commun est d’avoir un style bien reconnaissable, une véritable patte qui vous empêche de les confondre avec les autres. Mais qu’est-ce qui constitue ce style ? Qu’est-ce qui fait que certains photographes se distinguent des autres ?

Bienvenue dans cette nouvelle vidéo sur Apprendre la Photo, et troisième de cette série filmée au festival des Transphotographiques à Lille. L’avantage d’un festival photographique est d’être soumis au même endroit à de nombreux photographes talentueux et très différents les uns des autres, qui présentent de vraies séries cohérentes, ce qu’on appelle en anglais un « body of work », littéralement un « corps d’œuvres ».

Sans aller jusqu’à dire qu’une série suffit à définir le style d’un photographe dans son ensemble, construire une série cohérente d’images est pour moi le début de la découverte de son style. C’est un premier pas accessible pour tout photographe, même amateur. Par ailleurs, un photographe ne se pose jamais à une table pour définir son style : c’est son style qui le définit.

Aujourd’hui, je vais donc tenter de décrypter avec vous les éléments qui constituent l’unité d’une série photographique, en me basant sur les séries de 3 photographes exposés ici, au Tri Postal.

Karolin Klüppel

Commençons avec le travail de Karolin Klüppel, photographe qui s’intéresse principalement aux sociétés autochtones matrilinéaires, c’est-à-dire dans lesquelles la ligne de succession passe par la plus jeune fille : l’époux intègre la maison de la famille de sa femme, et les enfants prennent le nom de leur mère.

Pour ce travail présenté aux Transphotographiques cette année, Karolin Klüppel a passé neuf mois parmi les Khasi, dans l’état du Meghalaya au nord-est de l’Inde. Dans cette société, le lien de succession garantit aux femmes une indépendance économique et sociale, que retranscrit la photographe dans ses images des jeunes filles Khasi, mises en scène dans leur quotidien.

Alors quels sont les éléments qui font l’unité de cette série ?

Le plus évident est bien évidemment le sujet : toutes les photos représentant ces jeunes filles et leur environnement quotidien contribuent à l’unité de la série.

Mais ce n’est pas suffisant. Photographiquement, la première chose qu’on remarque est l’utilisation du format carré pour toute la série. Si vous souhaitez produire une série photographique cohérente, je vous conseille d’utiliser le même format sur toutes les photos. Il n’est pas interdit de mixer une orientation verticale et horizontale si vous le souhaitez, mais moins il y aura de variations, plus vous gagnerez en cohérence.
Le format carré, ici,  apporte une certaine stabilité à l’image, et avantage les compositions symétriques, voire centrées, et plus statiques. Dans cette série, vous voyez bien que sur la plupart des images, le sujet est relativement centré, ce qui est en parfaite harmonie avec le format du cadre choisi.

Si on va plus loin dans l’analyse de ces images, on remarque qu’elles ont toutes une atmosphère similaire. Mais à quoi est-elle due précisément ?

Tout d’abord, on remarque que la lumière est le plus souvent à la fois contrastée (il y a de vraies ombres profondes, et de vraies hautes lumières), et douce (la transition entre les deux n’est pas brusque, mais progressive). C’est un bon exemple de ce que j’appelle la « lumière de fenêtre », et que vous pouvez facilement obtenir en plaçant votre sujet près d’une fenêtre ou d’une porte ouverte sur l’extérieur, et permet d’obtenir une très belle qualité en lumière naturelle, sans accessoire et encore moins avec flash.

Notez que les ombres sont souvent bleutées : c’est un phénomène naturel qui fait que les zones d’ombres ont souvent des couleurs plus froides, mais ici l’effet a sans doute été renforcé au post-traitement, ce qui renforce encore l’atmosphère des images.

Dernière chose : il y a souvent un élément de couleur vive dans chaque photo, qui contraste avec le reste du décor plutôt sombre et peu coloré. Ce genre de répétition d’éléments agit subtilement comme un fil rouge dans une série, et permet aussi d’y ajouter une cohérence.

Laura Bonnefous

Passons à un autre travail : celui de Laura Bonnefous, photographe de mode, qui nous présente une série appelée « Out of Line » Corps sculpture / Vêtement tableau / Matière performée. C’est un genre de photographie très différent, presque aux antipodes de ce qu’on vient de voir précédemment, mais qui peut quand même nous inspirer dans la recherche de cohérence d’un travail photographique.

En travaillant en studio, la photographe se donne la possibilité de contrôler complètement son image, de la lumière à la pose des modèles en passant par la composition au millimètre et le décor. Vous vous en doutez, c’est un énorme avantage pour donner une cohérence à une série.

L’unité de ce corpus d’œuvres est immédiatement visible, mais analysons-le davantage. La première chose qui saute aux yeux est le côté très lumineux de toutes les images. Il y a toujours de vrais blancs, très présents.

Plusieurs autres éléments rentrent en parfaite harmonie avec la luminosité des images et contribuent à donner un rendu général très propre :
• Il y a beaucoup de tons unis dans les images
• les compositions sont minimalistes
• Le contraste est assez fort et contribue à bien distinguer le sujet sur un fond uni
• La gamme chromatique est réduite, c’est-à-dire qu’il y a peu de couleurs différentes au sein de l’image, tout au plus 2 ou 3.
• La plupart des lignes sont horizontales ou verticales, il y a assez peu de diagonales

Tous ces éléments qui apportent une unité très forte autorisent Laura Bonnefous à ne pas avoir un format de cadre unique : elle utilise indifféremment le carré ou le format 3/2 en vertical ou horizontal.
Cela dit, en analysant les compositions de plus près, on remarque qu’elles sont soit centrées, soit composées de manière à ce qu’il y ait un carré dans le rectangle. Ce choix permet de conserver une certaine unité dans la composition, sans être contraint par le format du cadre.

Charles Delcourt, Side walk, San Francisco

Pour finir notre exploration des séries photographiques, je voudrais me concentrer sur une série d’images intitulée « Side Walk, San Francisco », par Charles Delcourt, photographe lillois !

San Francisco est une ville riche, complexe, extrêmement diverse, où se croisent des individus tous différents dans ce qui est aujourd’hui un des centres de l’innovation dans le monde. Voyons ensemble comment cette série traduit toute cette richesse.

Comme dans chaque série, le premier élément de cohérence est bien évidemment le sujet. C’est un peu plus particulier ici, car une ville complexe et multiple comme San Francisco pourrait facilement donner des images qui ne se ressemblent pas, pour peu qu’on ne sache pas saisir son atmosphère. Mais chaque ville raconte une histoire, et si vous la comprenez, vous saurez voir ses points communs plutôt que ses différences.

Plus photographiquement, le plus évident est le point de vue des photos, le plus souvent prises depuis le trottoir d’en face, d’où le nom de la série : « Sidewalk ».

Ce point de vue n’apporterait aucune cohérence à la série s’il n’était pas accompagné de deux choix de composition : celui de se placer exactement parallèlement au trottoir d’en face, et celui d’utiliser un objectif de focale moyenne voire un petit téléobjectif, qui permet d’obtenir ce que j’appelle une composition « rentre-dedans », qui élimine toute perspective et donne un côté très « deux dimensions » à la photo, en nous plaçant dans un rôle d’observateur avec un léger recul sur l’image. C’est pour moi LA chose qui donne une vraie cohérence à ce travail.

Plus subtilement, vous pouvez aussi remarquer que les scènes ont souvent des couleurs plutôt grises, mais avec un élément d’une couleur bien identifiable.
Voilà, j’espère que cette vidéo pourra vous aider à commencer à apporter une cohérence à votre travail photographique. N’ayez pas peur de commencer à le faire même si vous êtes débutant : commencez petit avec une courte série, et choisissez les techniques présentées aujourd’hui qui vous inspirent le plus. En effet, vous n’êtes évidemment pas obligés de TOUTES les utiliser, j’ai simplement essayé de vous présenter un panel des possibilités qui s’offrent à vous.

Cette série de vidéos est un nouvel exercice pour moi, et j’y ai consacré beaucoup de temps et d’énergie : j’espère donc sincèrement qu’elle vous a plu et vous aidera en photo. Si c’est le cas, je vous invite à la partager avec vos amis que ça pourrait intéresser, même s’ils ne sont pas photographes, et à lui mettre un pouce bleu au passage. N’hésitez pas à laisser un commentaire pour me dire ce que vous en pensez !

Si vous découvrez la chaîne avec cette vidéo, vous pouvez vous abonner pour ne pas rater les prochaines, et visionner les 2 précédentes vidéos de cette série aux Transphotographiques en cliquant sur les vignettes qui apparaissent, ou les liens dans la description juste en dessous !

Je vous dis à bientôt dans une prochaine vidéo, et d’ici là à bientôt, et bonnes photos ! 🙂

Et n'oubliez pas de partager l'article ! 🙂


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2 commentaires

  • Sympa

    13 septembre 2016
  • Merci Laurent pour cette magnifique série de vidéos. J’y ai puisé des informations techniques mais ce que j’ai préféré c’est la dimension culturelle. Bravo pour ce travail. A renouveler dès que tu le peux.
    Michaël

    15 octobre 2016