Trouver l’ordre d’une série de photos

Aujourd’hui, dernière vidéo de la mini série sur le bouquin de Todd Hido, avec, selon moi, une des meilleures pages de ce livre, où il nous explique son processus de construction d’un série photo.



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Bonjour à tous et bienvenue dans cette nouvelle vidéo sur Apprendre la Photo ! Aujourd’hui, c’est la dernière vidéo de cette mini série sur le bouquin de Todd Hido, je ne sais pas s’il y en a qui vont être contents, mais normalement vous devriez plutôt être un petit peu triste et je vais finir par, selon moi, une des meilleures pages du bouquin. Même si ça ne vaut pas le coup d’acheter le bouquin juste pour cette page.

Todd Hido a réalisé plusieurs livres photo véritablement exceptionnels, que je vous invite au passage à ajouter à votre collection. Et dans ce chapitre, il nous explique comment il procède. Sans en être à ce niveau-là, parce que vous n’allez pas tous sortir un livre photo demain, ses conseils peuvent également vous servir si vous essayez tout simplement de construire une série de photos, un projet photographique, et que vous vous posez l’inévitable question qui finit par arriver quand on a plus que 3-4 photos : dans quel ordre les présenter ? Comment structurer la série pour que les photos se renforcent entre elles, voire que la série ait un début, un milieu et une fin (si elle est suffisamment longue) ?

Si vous avez déjà essayé, vous savez sûrement que c’est une problématique qui est complexe, et qu’on peut se prendre pas mal la tête dessus. Alors imaginez le casse-tête total pour un livre entier qui réunit plusieurs dizaines d’images !

Todd Hido procède d’une manière simple : il commence par faire des paires de photos, avec comme objectif que chacune renforce l’autre. Donc, à chaque fois, c’est se dire : OK, si je les mets ensemble, est-ce qu’elles deviennent plus fortes ou pas ? Si ce n’est pas le cas, il ne les met pas ensemble, si c’est le cas il les met ensemble. Jusque-là, c’est assez simple. Faire des paires de photos, c’est encore gérable.

Et ensuite, il commence à faire des paires avec des paires. Donc, il prend des paires de photos qu’il a déjà et il voit s’il ne peut pas les mettre ensemble et si elles se renforcent ou non.

En fait, mêmes critères même processus, excepté que là c’est des paires entre elles et non des photos individuelles. Faire des paires de paires, déjà vous avez des groupes de 4 photos, c’est relativement important.

Et très rapidement, vous allez pouvoir construire une chaîne d’images qui commence à dévoiler une structure à l’histoire que vous voulez raconter. Évidemment, ça ne va pas forcément apparaître évident tout de suite, vous n’allez pas faire « eurêka » dès que vous allez commencer à faire des paires en paires, mais au bout d’un moment, à force de tester des choses, vous allez commencer à avoir : « ah tiens, ça va pas mal ensemble », et vous allez commencer à avoir des ensembles plus importants de 8-12 photos, 16 photos, et ça va commencer à former une structure.

Et si vous bossez sur une série, ça arrive assez vite, parce que si vous faites une série de 12 photos, au lieu d’une vingtaine de photos, même d’une trentaine, vous n’avez pas besoin de faire beaucoup de paires, au final. C’est déjà différent de faire un bouquin, donc pour vous, ça peut vraiment être quelque chose qui vous permet de travailler assez rapidement et efficacement et de résoudre ce problème. C’est un processus assez organique, qui va se faire tout seul petit à petit, au fur et à mesure que vous luttez à grouper des images ensemble.

Et lui, ce qu’il fait, c’est qu’il procède avec des petits tirages, des petits tirages de photos pas des trucs en A3, afin de pouvoir les étaler sur une table et pouvoir les réorganiser physiquement, de pouvoir les bouger.

Ça, c’est quand même un truc qu’on peut faire beaucoup plus difficilement sur ordinateur. Là, on peut prendre les trucs, les mettre ensemble, dire OK, ça ne marche pas. C’est rapide, organique, on bouge les choses physiquement. Et je pense que ça facilite vraiment le process, effectivement.

Je sais que David DuChemin fait comme ça également, et je pense vraiment que ce ne sont pas les seuls. Moi, je n’ai pas encore procédé comme ça, mais je le ferai la prochaine fois que j’aurai une série que je considérerai terminée et que je devrai l’organiser, lui mettre un ordre. Je pense effectivement que je procéderai comme ça, je ferai un petit tirage, des A5 (des demi A4) histoire de les avoir et de pouvoir les organiser sur une table, voire par terre s’il y en a trop, en s’asseyant par terre, ça peut vraiment être une technique qui fonctionne.

Il fait une comparaison super intéressante. Il compare également ça à un morceau de musique. C’est vraiment intéressant, accrochez-vous ! En fait je vais vous le traduire, parce que je ne veux rien enlever du message original :

« Quand vous réunissez des photographies pour un livre, il est utile de penser à la musique. Il peut y avoir des motifs qui apparaissent et se répètent dans des itérations différentes dans une longue séquence. Vous pouvez créer un rythme en étant cohérent d’image à image et en faisant attention à la façon dont les images concordent.
Mais une fois que vous avez établi un motif, une fois que le rythme devient familier, brisez-le. Le lecteur devrait être guidé puis surpris. Juste au moment où il sait ce qui va se passer, faites quelque chose de différent. Quand ils ont vu un nombre de maisons la nuit, introduisez un paysage de jour. Le lecteur va penser « D’où ça vient, et pourquoi c’est si flou ? » Cette image est là spécifiquement pour garder le lecteur engagé, pour être la mauvaise photo au bon moment. (J’aime bien ce concept de « mauvaise photo au bon moment ».) Dans un sens, elle contamine le rythme et gâche la séquence, mais juste de la bonne manière. »

En préparant cette vidéo, je me suis rendu compte que c’est une stratégie également employée par Vincent Munier – que vous connaissez peut-être, qui est un grand photographe animalier, et en plus français –, je ne sais pas s’il le fait consciemment ou non, mais pour moi c’est vraiment l’un des meilleurs pour garder l’attention du lecteur dans un livre de photos.

Je vous prends l’exemple du bouquin Arctique de Vincent Munier, qui est vraiment un ouvrage magnifique sur les photos qu’il a prises en plusieurs années dans l’Arctique. Là encore, c’est un projet au long cours.

Il y a énormément d’images dans le bouquin. Si je vous montre un peu l’épaisseur, vous voyez bien que c’est pas exactement trois images et demie qui sont réunies ensemble.

Et donc, en fait, tout le début du bouquin, on a des images – je ne vais pas commencer à toutes vous les montrer –, on a des images qui sont globalement assez blanches, prises par un temps assez, on va dire… Voilà, si vous regardez celle-ci, par exemple, je ne sais pas si vous la voyez bien, mais on a quelque chose qui est assez blanc, avec un animal quelques points de couleur, avec un temps assez couvert, on sent que c’est une lumière très homogène, que le temps est couvert, parfois il y a un peu de vent qui soulève la neige, voire, la neige tombe encore, et vous avez quelque chose qui est comme ça, assez uniforme.

Donc, toute la première partie du bouquin, c’est très blanc, il y a des petits points noirs qui sont les yeux des animaux, ou leurs taches un peu noires.

Et puis, à un moment, on introduit une petite variation, notamment quand on introduit, ici, les bisons, qui, eux, sont beaucoup plus noirs et prennent plus de place dans les photos qu’on voit après. On a des photos où il y a un peu plus de couleurs sombres, où ils sont un peu plus contrastés, mais on reste dans cette même ambiance lumineuse.

Et puis, à un moment, on va un peu plus loin, donc là on commence à s’habituer à cette ambiance un peu couverte avec la neige, le vent, on sent… Voilà, si on regarde cette photo, par exemple, là, ici, on sent bien qu’on se les pèle ! On sent bien le vent, la neige, etc. Il y a encore d’autres images après où on voit bien ce climat très dur de l’Arctique.

Et puis, soudainement, avec…, il y a une transition, un peu, mais on va dire qu’avec cette photo ici, on arrive à quelque chose de très différent, parce que là on a un ours qui est pris à contre-jour, il est vraiment souligné par la lumière du soleil, et donc là, on voit bien qu’à un moment il y a eu du soleil, quand même, et du coup il a pu obtenir des photos avec une lumière différente.

Et les photos suivantes sont toutes plus ou moins prises à contre-jour avec des lumières qui sont vraiment différentes. Par exemple, sur celle-ci on voit qu’il y a une lumière très très basse, mais quand même assez forte, où le soleil est bien présent. Donc ça introduit une variation.

Et puis là, on a des photos en couleur, des photos en couleur, et puis plus tard dans le livre, quand on commence à se dire qu’il n’y aura que de la couleur, eh bien, boum, soudainement, on a des photos qui sont en noir et blanc. Vous voyez que ça reste cohérent avec le reste du bouquin, je ne vais pas tout vous faire, je vous conseille juste fortement d’acheter ça, parce que d’une, c’est très beau, et de deux, c’est un très très bon exemple de ce que je raconte, mais c’est vraiment un exemple de ce que je disais juste avant, d’introduire cette variation, cette espèce de rythme comme ça, un peu comme un morceau de musique où vous allez avoir un motif puis à un moment le briser, mais pour autant ça reste la même œuvre, c’est-à-dire qu’il y a quand même une parenté.

Alors évidemment, vous n’allez sans doute pas sortir un bouquin de photo demain (même si je vous le souhaite). Mais ça s’applique quand même à vous si vous faites pour le moment juste une série. Simplement, vous avez moins besoin de casser le rythme, car c’est plus court. C’est comme de jouer juste une petite mélodie au piano, vous n’allez pas devoir casser le rythme plein de fois, mais une fois, ça peut être bien.

J’ai été confronté à ce problème de l’ordre quand j’ai fait ma série à Venise : il m’a fallu organiser mes photos dans un certain ordre. En en discutant avec David, il m’avait conseillé de faire varier les émotions. De ne pas se concentrer uniquement sur les photos drôles ou uniquement les photos tristes. Et de surprendre le spectateur.

Donc à un niveau plus simple, ça fonctionne aussi sur des séries. Voilà, c’est ce que je voulais partager avec vous aujourd’hui.

Voilà, j’espère que cette vidéo vous a plu. Si c’est le cas, eh bien, pensez à lui mettre un pouce bleu et à la partager avec des photographes. Et puis si vous débarquez sur la chaîne, pensez à vous abonner et à cliquer sur la petite cloche juste en dessous pour ne pas rater les prochaines vidéos et puis à télécharger votre guide « Faites-vous plaisir en photographiant ». Je vous dis à plus dans la prochaine vidéo, et d’ici là à bientôt, et bonnes photos !

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