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Organiser un festival photo avec Sylvie Hugues et Mathilde Terraube – La Photo Aujourd’hui #13

Dans ce nouvel épisode de La Photo Aujourd’hui, je suis allé rencontrer Sylvie Hugues et Mathilde Terraube, directrices artistiques du Festival du Regard. On a parlé de tout ce que ça implique d’organiser autant d’expos photo, mais aussi de comment on choisit le thème d’un festival, les artistes associés, et comment on décide de la scénographie des expositions notamment.


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Bonjour à toutes et à tous, ici Laurent pour Apprendre la Photo, et bienvenue dans ce nouvel épisode de La Photo Aujourd’hui. Je suis avec Sylvie Hugues et Mathilde Terraube, et merci beaucoup de m’accueillir ici au festival du Regard.
Est-ce que, pour commencer, vous pouvez vous présenter toutes les deux, pour nos spectateurs ?

Mathilde Terraube, co-directrice artistique du festival du Regard avec Sylvie Hugues, à côté. Je travaille pour Marianne sur d’autres projets culturels aussi, mais principalement sur le festival.

Et moi, Sylvie Hugues, peut-être que certains me connaissent comme ayant été longtemps rédactrice en chef du magazine Réponse Photo, et puis maintenant je m’occupe du festival du Regard avec Mathilde, comme directrice artistique ; et j’ai d’autres missions, notamment cette année, j’ai été conseillère artistique du prix HSBC pour la photographie, je fais des masterclass… Mais principalement, mon activité c’est élaborer et scénographier et monter ce festival avec Mathilde.

Organiser une expo dans un lieu atypique

Laurent : OK. Ma première question : on est ici au festival du Regard, on va sans doute en reparler un peu plus en détail après – il existe depuis 2015, c’est ça ? Et il investit des lieux qui ne sont pas à la base des lieux prévus pour exposer de la photo du tout. Donc il y eu, je crois, un manège à chevaux classé, c’est ça ? un hôtel particulier, des tours de bureaux, et ici, on est dans un centre de tri postal. C’est vraiment un centre de tri postal, il n’y a pas encore les enveloppes qui traînent.
Et du coup, ma question c’était : qu’est-ce que ça implique – déjà, un petit peu pourquoi ce choix ? Parce que ce n’est pas un choix forcément évident. Et puis qu’est-ce que ça implique pour organiser une expo dans un lieu de ce type-là ?

S.H. : Non, ce n’est pas un choix. C’est-à-dire qu’on travaille main dans la main avec l’agglomération de Cergy-Pontoise, et c’est eux qui nous ont trouvé le lieu, qui appartenait à Poste Immo, la filiale qui gère le patrimoine immobilier de la Poste, et donc c’est eux qui nous ont proposé ce lieu, comme l’année dernière ils nous avaient proposé la tour de bureaux EDF qui est à côté de la préfecture.
Et à partir de là, quand on a vu l’espace avec Mathilde, on s’est dit qu’il y avait du potentiel, effectivement, sauf que, évidemment, c’était un plateau gigantesque vide et qui avait été fermé depuis plusieurs années, donc ça implique de penser entièrement la mise en scène des photographies.
Le rendre aux normes – ça c’est vraiment la partie de Mathilde, je la laisserai parler sur cette question-là –, le rendre sain, le rendre agréable, et monter les cloisons nécessaires pour les cimaises pour pouvoir accrocher, puisque en fait, on a à peu près 1 800, presque 2 000 m2 de surface, avec des pièces qui étaient d’anciennes pièces de bureaux, cet immense plateau central et dans lequel il a fallu imaginer un cheminement, monter des cloisons en médium
Mais je vais laisser parler Mathilde sur les questions concrètes, pratiques, parce qu’il y a une partie bâtie qui est super importante dans l’investissement de ce lieu.

Problèmes particuliers dus aux réglementations et contraintes liées aux espaces recevant du public

M.T. : En fait, à chaque fois, le fait que ce soit un lieu différent, on est obligé de se poser la question de la destination du lieu. Quelle était la destination du lieu et est-ce qu’on peut, nous, le réadapter à ce qui est du public. C’est-à-dire que tous les lieux ne sont pas ERP, donc à accueil du public et aussi PMR, donc à mobilité réduite, ce qui est l’obligation pour un lieu d’exposition. Donc accès fauteuils roulants…

S.H : ERP, ça veut dire établissement recevant du public. C’est-à-dire que ça nous oblige à un cahier des charges assez lourd au niveau des contraintes.

M.T. : Auquel il faut répondre, parce qu’on est soumis aussi à l’approbation du bureau de contrôle, qui vient contrôler en fin de montage que tout est bien aux normes, que ce soit la façon dont on a accroché les tableaux en fonction des murs – donc quelles chevilles, quels clous, etc. Mais aussi sur tous ces problèmes d’accès. Donc, ça, il faut qu’on puisse le savoir assez vite, et ça n’a pas l’air comme ça, mais ça nécessite tout un tas de rendez-vous avec beaucoup de gens, parce que nous on travaille avec l’agglo Poste Immo, donc ça veut dire qu’on doit traiter avec les services de Poste Immo, qu’on doit aussi travailler avec nos régisseurs qui vont venir intervenir sur le bâtiment pour trouver des solutions.
Typiquement, cette Poste, l’entrée était déjà accessible au public, mais tout le plateau derrière, où se déroule en fait toutes les expositions, c’était un lieu de travail donc ce n’était pas du tout accessible au public. Donc il a fallu agrandir des cloisons pour avoir assez d’accès pour pouvoir rendre le lieu et changer sa destination pour qu’il puisse être accessible par le public.
Donc ça nécessite de travailler avec des architectes qui travaillent sur les plans, donc il y a beaucoup, beaucoup de travail en amont. Avant même de penser la scénographie, il y a déjà tout un travail de savoir si on va pouvoir utiliser ces lieux ou non.

S.H. : Il y a aussi une question de nombre d’issues de secours, par exemple. C’est-à-dire que pour la surface, il fallait un certain nombre d’issues de secours.

M.T. : Sinon on est restreint. Ici, par exemple, on est restreint en nombre de visiteurs. On peut avoir 300 visiteurs, dans la totalité des 1 800 m2, en fonction du nombre d’issues de secours et de en combien de temps on les atteints…

S.H. : En fait, c’est 300 visiteurs simultanément.

M.T. : Simultanément. Parce qu’on considère qu’ils se déplacent, donc voilà, il faut que ce soit à l’instant T, au même moment.

L. : Donc ça implique qu’il y ait quelqu’un à l’entrée pour compter.

M.T. : Ben, nous on est à Cergy, on aimerait bien faire 300 visiteurs à l’instant T, mais non, à l’instant T en même temps dans la même pièce, c’est jamais arrivé.

Les effets du covid sur le festival

S.H. : Après, il y a eu le covid qui s’est ajouté à ça, avec d’autres contraintes, c’est-à-dire d’avoir…

M.T. : … une double circulation. On a de la chance, c’est vrai, ici on avait une double circulation dans la majorité des pièces.

S.H. : Double circulation, ça veut dire deux issues…

M.T. : … une entrée une sortie.

S.H. : Une entré une sortie pour chaque pièce.

L. : C’est ce qu’on a vu un peu partout, pour ceux qui sont allés dans des expos ou des lieux publics en général, effectivement il y a des files, même dans les centres commerciaux, des fois, il faut passer dans la file qui va dans tel sens.

M.T. : Après, c’est un peu rock and roll de mettre ça en place, parce qu’on n’a pas de… Autant pour tout ce qui est bureau de contrôle, on a un cahier des charges, c’est-à-dire qu’on sait qu’il faut qu’on ait un espacement de minimum 1,47 pour que deux personnes se croisent, enfin on sait, il y a beaucoup de normes maintenant.

L. : Oui, et puis c’est des choses très… un peu gravées dans le marbre.

M.T. : Ça évolue quand même.

L. : Ça évolue, mais… avec le covid ils ont un peu improvisé.

M.T. : Mais on n’avait pas de référence, surtout. Mais on a un bureau de contrôle qui est très gentil et qui nous a beaucoup aidés, mais c’est vrai que sinon on n’avait pas de références, ni en préfecture ni autre, on nous disait : ben voilà, il faut que… Qu’est-ce qui est considéré comme une entrée et une sortie ? Est-ce qu’une double où il y a un croisement c’est considéré comme une entrée et une sortie ou il faut vraiment qu’il y en ait deux bien distinctes ?

S.H. : On s’aperçoit, finalement, que la partie artistique vient bien après cette mise en place de possibilités pour exposer.

L. : Et alors, est-ce que les contraintes covid ont du coup obligé à repenser des choses différemment par rapport à ce qui était prévu ? Ou juste…

M.T. : Honnêtement, non, parce que nous, comme on est un festival, justement, qu’on investit des lieux comme ça, on est déjà soumis à énormément de normes et, réellement, elles étaient déjà très similaires, hormis le fléchage au sol, mettre du gel, les masques, les affichages de masques. Honnêtement… Ça a été un stress parce que jusqu’au dernier moment, on ne savait pas très bien comment ça fonctionnait et qu’on n’a jamais eu de réponses claires sur… enfin, on sait où on doit positionner le gel, mais ça ne tient pas compte de l’espace.
Du coup, ça nous perturbe un peu, mais honnêtement, c’est pas plus contraignant que les normes auxquelles on doit déjà faire face.

Le rôle du lieu dans le choix de la thématique et des photographes à exposer

L. : Oui, parce que de toute façon, l’affichage obligatoire, il y en a déjà plus ou moins partout, donc oui, ça ne fait que rajouter des choses.
Du coup, ma question suivante c’était : on a le lieu, effectivement, il y a ces contraintes, etc., mais ça c’est l’aspect dans les coulisses, qui est important, mais c’est aussi un lieu qui a ses caractéristiques, donc est-ce qu’il inspire – il inspire forcément la manière dont on va organiser les choses, parce qu’il y a quatre murs, mais est-ce qu’il inspire aussi la thématique, ce qu’on va y mettre dedans, etc. ? Est-ce que vous pouvez nous en parler un peu plus ?

S.H. : Ah oui, complètement. Tout à fait. Depuis le début, en fait, à chaque fois qu’on a eu des lieux, comme on a cette caractéristique d’être un festival « itinérant », « nomade », on pourrait dire, par la force des choses, c’est vrai qu’on a eu envie de thématiser le festival en fonction des lieux qu’on va habiter et ça nous a donné l’idée de faire quelque chose qui… Mais ça nous correspond bien, parce qu’on essaie toujours de faire des scénographies qui sont au service des photographes et des photos qu’on va montrer, de la même manière, le lieu qu’on va investir nous inspire dans la thématique. Alors, cette année, c’est un peu plus tiré par les cheveux, parce que c’est la première fois qu’on est dans un même lieu deux années de suite. Et ça c’est à cause du covid. Alors que l’année dernière, en fait, quand on est venu à la Poste et qu’on a visité – et notamment on a vu le centre de tri, enfin l’énorme plateau du centre de tri et le quai de déchargement –, on a imaginé les lettres qui partaient d’ici et qui allaient dans le monde entier, et ça nous a donné envie de développer la thématique de voyage extraordinaire.
Donc cette année, l’intime, c’est un peu différent. Encore que les lettres pouvaient être des lettres d’amour…

L. : Aujourd’hui, en tout cas, envoyer une lettre à quelqu’un, c’est très intime.

S.H. : C’est vrai.

L. : C’est devenu, par la force des choses, quelque chose qui est soit de l’administration, en gros les impôts, soit une lettre d’amour, il y a quasiment plus d’entre deux.

S.H. : C’est vrai.

M.T. : C’est un exercice d’avoir deux fois le même lieu, parce qu’on ne voulait pas non plus que les gens aient l’impression de revoir le même espace, en fait. Parce que c’est vrai, on a la chance de pouvoir investir des lieux, mais qui ont déjà été ouverts. Donc quand on avait eu la tour EDF, effectivement c’était pareil. Là on était parti sur “habiter”, parce qu’elle est très particulière, sa construction est particulière. Et il y a quand même cette part où les Cergyssois ou les gens qui viennent, ils découvrent des lieux un peu off, un peu le côté… Donc il y a toujours la découverte du lieu, de voir comment il était ou comment il est. Et là, c’est vrai qu’ils avaient le côté un petit peu surprise d’investir ce bâtiment qui est en plein milieu de Cergy, mais dans lequel ils ne rentraient pas. Là, la plupart de nos visiteurs sont déjà venus, on a quand même des habitués, on voulait quand même leur offrir autre chose. Donc ça nous a fait faire un exercice différent, du coup.
Là, il a fallu réadapter un lieu autrement.

S.H. : Parce qu’en fait, les lieux qu’on utilise sont des lieux que les habitants de Cergy et alentour utilisaient comme un lieu de service, c’est-à-dire qu’ils venaient ici chercher leurs recommandés, déposer leur argent. De la même manière, il y a deux ans, quand ils allaient à la tour EDF, ils étaient curieux de voir ce qu’il y avait derrière cette tour devant laquelle ils passaient tout le temps. Donc c’est assez intéressant, il y a une espèce de jeu comme ça avec les habitants où on leur fait découvrir les coulisses, qu’est-ce qu’il y avait derrière le guichet de la Poste.

M.T. : Il y a deux choses. Il y a la curiosité de voir – beaucoup ne savaient pas que c’était aussi énorme derrière les guichets ; ce qui était accessible au public, c’était juste le lieu où on a l’entrée, en fait, du festival. Donc c’est vrai qu’il y a toujours ce côté… Et la tour EDF, c’était pareil, pare qu’on avait investi jusqu’aux cantines, vraiment tout le rez-de-chaussée.

S.H. : Après, par rapport à la thématique, effectivement le lieu nous influence et nous inspire, mais aussi, ce qui nous tient à cœur, c’est de proposer une grande diversité d’écriture photographique, et qu’il y en ait un peu pour tout le monde, d’une certaine manière. Cergy, c’est une ville où les gens n’ont pas forcément l’habitude d’aller dans les musées, voir des expositions, donc on essaie d’avoir des têtes d’affiche qui vont drainer derrière – parce que ça, ça nous tient à cœur – qu’on ait des photographes un peu connus et aussi d’autres photographes moins connus qui peuvent bénéficier de la mise en lumière des photographes connus.
Plus une richesse de proposition, et je crois que vous l’avez vu en vous baladant sur les différentes expositions, on veut que chacun puisse, chaque personne, même si elle n’a pas de culture photo ou si elle a une grande culture photo – puisqu’on a des classiques avec des très beaux tirages, on va de l’histoire de la photographie jusqu’à aujourd’hui – puisse en retirer quelque chose. Qu’elle sorte du festival plus riche que quand elle est entrée. Qu’elle en retienne quelque chose, à la fois pour sa pratique, que ça lui donne des idées, ou qu’elle s’enrichisse de culture photographique, qu’elle baigne dans un bain photographique, mais qui soit toujours accessible. Ça c’est vraiment important.

M.T. : On essaie toujours de penser les scénographies par rapport au public, aux visiteurs, parce qu’on peut aussi s’éclater des fois, mais il faut quand même rester accessible tout en respectant aussi les auteurs, les photographes, en respectant leur travail. On essaie de mêler les deux, en fait.

S.H : Il faut préciser que le festival est entièrement gratuit, que les visiteurs repartent avec un catalogue qui a été édité par Filigranes, qui est un joli petit livre, donc c’est un plus, je crois, qu’il faut souligner.

L. : Donc, venez !

S.H. : Vous avez compris.

Quel est le public qui fréquente le festival ?

L. : Il n’y a pas de raisons de ne pas venir.
Alors du coup, j’ai… dans tout ça j’ai deux chemins qui se dessinent, donc je vais faire, pas une parenthèse, je vais prendre les deux chemins.
Donc le premier auquel je pense, c’est : voilà, on a parlé que c’est un lieu qui est au milieu de Cergy, qui était avant utilisé par les habitants, que les gens peuvent venir un peu par curiosité aussi, et ce que je me demande, c’est : est-ce que le festival réussit à attirer des publics qui d’habitude ne sont pas forcément clients d’expos en général ou d’expos photo en particulier, par son emplacement, par peut-être le lieu, par l’approche, le fait que ce soit en accès libre, évidemment forcément ça aide. Mais du coup est-ce que vous avez un peu des retours là-dessus ?

S.H. : Oui oui. En fait, on a pas mal de visites de groupes, des scolaires aussi, qui viennent, parce qu’on a deux jours de fermeture, le lundi et le mardi, et ça, ça nous tient vraiment à cœur que les enfants viennent avec les profs et les accompagnants, et on a fait justement une visite de scolaires là, mardi dernier. Pas mal de groupes d’écoles. On a une école de scénographie à Vauréal qui va venir. On a pas mal de photo clubs.

M.T. : On a aussi un public, parce qu’on est quand même… enfin, Sylvie fait des visites commentées tous les samedis, on est quand même assez réguliers, on essaie de venir quand même régulièrement et de parler avec les gens. Et on se rend bien compte… alors, je ne dirais pas que c’est un public qui ne va pas voir des expos, je dis juste que c’est un public qui est à plus de 45 mn de Paris et qui n’a pas forcément accès aux expositions. Et on a eu un jeune couple avec leur petite fille, ce week-end, adorables, et qui sont peut-être des gens qui s’ils étaient sur Paris iraient vois des expos, mais ici, à Cergy, nous en tout cas, on nous a demandé de leur offrir, on travaille avec l’agglo justement pour ça, c’était pour offrir ça à Cergy. On est une sorte de musée éphémère, mais on essaie d’apporter, comme le disait Sylvie tout à l’heure, des classiques ; donc on apporte des jeunes photographes, des personnalités un peu internationales, mais aussi des classiques qui sont des pièces de musée, comme des photo du XIXe, des photos d’Hippolyte Bayard ; on essaie d’apporter des choses, on emprunte à des galeries, on emprunte à des collectionneurs, voilà, on essaie d’être, comment on dit, protéiforme, multiforme, d’apporter un lieu d’exposition, mais on n’est pas forcément un festival où on n’est là que pour promouvoir des jeunes photographes. On est là aussi pour promouvoir la photographie dans son ensemble, dans son histoire, dans sa technique, dans ses différentes approches.

S.H. : Et on s’est aperçu, par exemple, parce qu’on ouvre du mercredi au dimanche et on démarre à midi, qu’il y a pas mal de gens qui travaillent dans les bureaux – parce que Cergy, c’est une ville très animée, il y a beaucoup d’écoles, il y a beaucoup de bureaux et il y a des gens des bureaux qui viennent le midi, qui reviennent. Donc, oui, on a un public captif d’ici, on va dire, plus pas mal de Parisiens qui viennent aussi, qui prennent le RER. Et ce week-end, on avait une jeune femme de Normandie…

M.T. : On a des surprises, on a eu quelqu’un de l’étranger.

S.H. : … de Fréjus, qui est venu.

M.T. : Un monsieur qui est venu de l’étranger.

S.H. : Il faut dire que ça fait 6 ans maintenant que le festival existe et qu’il commence à être un petit peu connu, qu’on a la chance d’avoir une bonne presse et un bon retour de bouche à oreille sur les réseaux sociaux, du coup ça fait boule de neige, forcément. Nous, on est vraiment dans le partage, en fait, de notre expérience, d’expliquer aux gens tous les textes qu’ils vont lire, ils peuvent comprendre, il n’y a pas de jargon particulier, ça c’est quelque chose qui nous tient à cœur, cette espèce de pédagogie, de transmission qui pour nous est importante.

L. : Oui, parce qu’il y a quand même un certain nombre de lieux d’exposition qui effectivement, parfois, affichent des textes qui ne sont pas forcément accessibles. On dit, je crois, qu’à partir du moment où on ne comprend pas 5 % des mots d’un texte, on ne comprend pas le texte. C’est très peu, finalement, 5%, ça va très très vite d’avoir trois mots compliqués dans un cartel et c’est terminé. Donc effectivement, je comprends cette importance-là.

L’exposition en extérieur : avantages/inconvénients

Alors, j’ai toujours mon deuxième chemin en tête, mais je reste sur celui de l’accès au public, etc., parce que j’avais une question après qui je pense est un peu reliée à ça, c’est celle de l’exposition en extérieur.

Les années d’avant, bon, je n’ai pas pu venir les années d’avant, mais apparemment, les années d’avant, il y avait quand même plus d’expositions en extérieur que cette année. Et du coup, j’aimerais savoir pourquoi maintenant il y en a moins, puisque ça apportait aussi, parce que j’imagine que comme c’était dehors, les gens passent devant tout de suite, donc il y a même pas le côté « rentrer dans un lieu », donc il y a peut-être… il y a forcément cet avantage-là, mais pourquoi avant il y en avait et il y en a moins maintenant, les contraintes que ça impose, etc. ?

M.T. : Il y a deux raisons… Il y en a une très simple, c’est qu’avant le festival se tenait de juin à juillet. Enfin, mai-juin-juillet, en général dans ces zones-là. Et que du coup le parc s’y prêtait très bien, parce que le parc de Cergy il y a beaucoup de passage, il est très bien placé, et ça fait effectivement un vrai appel à venir voir les expositions ; et c’était des expositions à part entière qu’on avait dans le parc.
Et deuxième raison, là pour le coup, c’est plutôt une question de temps, enfin la période, là, on est sur une période qui est un peu plus difficile.

S.H. : Juste, j’explique pourquoi on a changé de période, c’est que…

M.T. : J’y venais en fait. C’est qu’avec le covid on a dû décaler l’année dernière, du coup on s’est retrouvés sur cette période-là. On s’est rendu compte que du coup, dans le parc c’est beaucoup plus d’entretien que l’été, et très honnêtement, en termes de … déjà, il faut le produire entièrement, donc là il n’y a pas de location possible, il faut produire entièrement les expositions, donc c’est un coût assez important financièrement. Et c’est vrai qu’avec le covid, on a dû faire comme tout le monde, c’est-à-dire qu’il a fallu qu’on soit là, qu’on ouvre ou qu’on n’ouvre pas, il a fallu s’occuper des œuvres, parfois en enlever, en renvoyer, on demandait aux artistes de décaler les dates… On a quand même eu beaucoup de boulot, même si on était fermé. Et du coup, financièrement il a fallu aussi essuyer aussi ; les prestataires, le boulot, ils l’ont fait, eux. Donc il a quand même fallu essuyer le fait qu’on se retrouvait à se chevaucher financièrement sur deux périodes.

S.H. : Et puis il y a l’autre raison, toute bête, à part le fait qu’on change, on est passé de juin-juillet à octobre-novembre, donc forcément les extérieurs c’est moins intéressant en hiver, puisqu’il fait froid, etc., c’est aussi, finalement, le fait que nous on aime bien que la photographie soit représentée de la meilleure façon possible.

M.T. : Et sous son médium premier. Les photographes font un choix d’un médium. Ça peut être de l’argentique… Effectivement, quand on est en extérieur, on est obligé de reproduire l’œuvre, sur un support qui, des fois, peut faire perde du sens. C’est aussi pour ça.
C’est compliqué les extérieurs.

S.H. : Pour que les gens comprennent bien, ceux qui nous écoutent, nous regardent, ce qu’ils voient en extérieur, c’est une reproduction d’une photographie.
Alors, tu vas me dire, la photographie elle est faite pour ça. Elle a longtemps été reproduite dans la presse, etc. Mais en fait, nous on est très attachés à montrer la photographie telle qu’elle a été pensée par l’auteur. À savoir, on voit derrière nous, par exemple, des tirages argentiques faits dans un certain format, sans marges, avec ce cadre blanc ; c’est un choix de la photographe, Lolita Bourdet, en l’occurrence, de les montrer comme ça.

Si on avait dû les montrer en extérieur, on aurait donc scanné… on serait partis de sa numérisation, on aurait fait numériser et on aurait reproduit sur ce qu’on appelle du dibon. Ou un autre support, mais nous c’était plutôt du dibon, parce que c’est le plus qualitatif en extérieur. Du coup on aurait montré quelque chose qui n’était pas exactement ce que la photographe avait choisi.
C’est toujours un pis-aller, en fait. Après, ça peut être très bien, hein.

M.T. : Oui, nous on est contentes des extérieurs qu’on a pu présenter.

S.H. : Mais on est encore plus contentes si on peut montrer la véritable intention de l’auteur, pour faire comprendre aux gens, parce que ça c’est vraiment notre credo, et même avec les scolaires on leur explique : la photo, c’est un objet. Ça veut dire – d’autant plus aujourd’hui où les photos sont prises avec des smartphones où elles circulent partout sur internet, sur les réseaux sociaux – qu’il y a une intention derrière chaque photographie, et le ou la photographe choisit un type de papier, un type de format, passe-partout ou pas passe-partout, un type d’encadrement ; tout ça, ça fait partie de…

M.T. : Et c’est dur les extérieurs. C’est possible de faire mais c’est beaucoup de moyens financiers aussi. Je pense que c’est possible de montrer des photos en extérieur en respectant, parce qu’on l’a fait avec Gideon dans les bassins, on a essayé de respecter au maximum…

L. : Dans des régions très peu pluvieuses…

M.T. : Non, mais on a essayé de le faire avec de bonnes intentions, et ça a fonctionné. Mais travailler en extérieur, présenter des photos en extérieur, c’est vraiment pas évident, parce que visuellement, on ne peint vraiment pas sur une page blanche, donc c’est vraiment pas du tout comme travailler sur un intérieur, aussi compliqué soit-il.

S.H. : C’est-à-dire qu’il faut beaucoup d’argent pour réussir à vraiment vraiment bien le faire.

M.T. : Je pense, si on veut respecter le travail de l’artiste et si on veut respecter le public et pas faire ça de façon… On le voit bien, dans les extérieurs, selon les techniques qu’on va utiliser pour accrocher, on n’arrive jamais, enfin… non…

S.H. : Il y a toujours une frustration. Tu as toujours l’impression de montrer quelque chose qui est moins bien que ça aurait été si on avait montré en intérieur.

L. : C’est intéressant, parce que, intuitivement, on ne se dirait pas que c’est plus cher en extérieur, parce qu’on se dit qu’il n’y a pas de murs, il n’y a pas de… enfin, on aurait tendance à se dire intuitivement que ça pourrait être moins cher en extérieur.

M.T. : C’est beaucoup d’investissement en extérieur.

S.H. : En l’occurrence, ici à Cergy, comme on était dans le parc, il fallait creuser dans le sol sur une ville nouvelle qui date des années 70 où il y a eu beaucoup de béton, et pour des questions de sécurité, il faut mettre dans le sol des vis d’ancrage qui font, combien, 80 cm je crois ?

M.T. : 60 cm, et après il y a tous les réseaux, il ne faut pas oublier. Moi, tous les festivals en extérieur, j’admire, parce que voilà, après il y a tous les réseaux d’eau, d’électricité.

S.H. : On avait un plan du parc où il y avait 14 couches Photoshop. C’est-à-dire qu’il y avait le réseau d’électricité, le réseau d’arrosage, les racines des arbres, il y a tout ça à prendre en considération.

M.T. : On ne peut pas percer dans une racine.

S.H. : Tu ne mets pas tes photos où tu veux. Tu ne creuses pas où tu veux.

M.T. : On a les mêmes contraintes qu’en intérieur, pour être honnête, du coup on se retrouve avec les mêmes contraintes techniques, parce qu’il y a aussi le passage, parce que dans un parc il y a un passage, il y a des véhicules qui doivent pouvoir passer, des véhicules de secours. Donc on a exactement les mêmes contraintes qu’en intérieur, et en plus on doit tout produire, en plus on se retrouve, pour le coup, pas vraiment maîtres de la scénographie, parce qu’il y a vraiment là, pour le coup,

S.H. :… Il faudrait être… Images à Vevey qui a lieu tous les deux ans, qui a des moyens mirobolants, pour pouvoir faire quelque chose de vraiment formidable.
Et puis il y a une autre chose aussi, qu’on peut dire, parce que quand on a produits des expos en intérieur, les photographes après peuvent repartir avec les photos, mais quand tu leur produit des dibons qui font 1,50 m, parce qu’il faut que ce soit grand pour que ça soit vu, donc les photographes, les dibons, une fois qu’ils ont passé un mois et demi dehors, et s’ils habitent à Paris ou en région parisienne et qu’ils n’ont pas de lieu pour les stocker, ben ils ne peuvent rien en faire.
Donc finalement ça nous fait dépenser beaucoup d’argent pour quelque chose qui après ne va pas pouvoir être réutilisé. Donc c’est un peu dommage.

L. : Tandis qu’ici, les tirages, du coup, ils sont produits…

S.H. : Alors, il y a différents cas de figure. Il y a des expositions qu’on loue aux photographes, qui sont déjà produites, il y en a d’autres où on fait faire les tirages, comme l’exposition de « Clémence », qui est un travail à la fois de textes et de photographies de Marc Riboud, de sa fille Clémence qui était trisomique, qui est vraiment une création de notre part.

C’est une exposition qui n’existait pas. Qu’on a eu envie de faire parce qu’il y a le texte de Catherine Chaine qui est sorti aux éditions du Seuil, qu’on avait lu et qui nous a beaucoup marquées, qui nous a bouleversées, et on a eu envie de faire cette exposition.
Donc là on est parties des petits tirages 10×15 qu’on est allés voir chez Catherine Riboud – qui est la deuxième ou troisième épouse, enfin une des épouses de Marc Riboud. Marc Riboud étant décédé maintenant, on est allées chez elle, on a regardé les photos, on a fait des choix ensemble et on a fait faire des tirages. Plus, après, on est allés dans un atelier d’encadrement, qui s’appelle L’Atelier demi-teinte, qui travaille très bien, et on a fait le choix des passe-partout, des cadres, et on a mis sous cadre. Et on a créé l’exposition entièrement.
Donc après, l’exposition, elle existe. Elle pourrait, par exemple, être réutilisée ailleurs. Donc ce n’est pas de l’argent foutu par les fenêtres, c’est ça que je veux dire. Alors que ça aurait été des dibons en l’extérieur… ça serait devenu quoi ?

L. : Oui, après, c’est un actif qui peut servir ailleurs.

M.T. : Quand on tire, souvent, on rend aux artistes. Ils peuvent eux-mêmes les réutiliser pour eux. Car contrairement à ce qu’on croit, les photographes ne sont pas tous riches. Malheureusement ils ne vivent pas tous de leur art.

L. : Je pense que ça va, sur la chaîne les gens n’y croient plus trop. Ils sont au courant.

M.T. : Il faut quand même que tout le monde y trouve son compte aussi.

S.H. : Alors, on paye des droits d’exposition, il faut le préciser. Depuis le début.

L. : Pas comme tout le monde.

S.H. : On n’a pas attendu qu’il y ait une polémique autour d’un certain grand festival.

M.T. : Ça, c’était au tout départ, notre fondateur et aussi mécène et… je ne sais pas comment dire à part notre bienfaiteur qui nous laisse tous les ans…

S.H : On peut le citer : Éric Vialatel.

M.T. : C’est dès le départ, de toute façon, sa préoccupation première c’était que tous les artistes soient payés, quoi qu’il arrive, même quand c’est difficile, on a toujours trouvé une solution pour que tout le monde soit payé.

S.H. : On a bien conscience que c’est difficile, c’est très difficile. Que la location d’exposition ou des choses comme ça, ça permet aux photographes de vivre. Beaucoup de photographes ont des expositions qui dorment et pourquoi pas, si elles sont de qualité, les louer.
Après, on passe aussi par des galeries qui nous prêtent des ensembles de photographies pour la partie historique.
En fait, c’est compliqué de parler d’un festival, parce qu’il y a plein de cas de figure différents.

M.T. : On ne travaille tout le temps de la même façon avec chaque artiste, en fait.

D’où viennent les idées des expositions et du choix des photographes

L. : C’est intéressant. On en a passé quelques-uns en revue.
C’est parfait, parce que je pense que ça se connecte avec mon autre chemin. Donc je reviens un peu en arrière, on parlait de : le lieu inspire un thème, et le thème, ensuite, il faut bien qu’il inspire des expos, donc des artistes, des choix, on en parlait avant, avec celle de Marc Riboud par exemple. Et ça m’intéresse un peu de creuser comment… Bon le thème, j’imagine qu’il naît à un moment, il naît à partir du lieu, cette année, de manière un peu parallèle, peut-être, mais quand même. Mais après, à partir de ce thème, quand même, un thème c’est un ou deux mots, c’est pas grand-chose finalement.
Alors comment on fait pour passer de ça à autant d’expositions aussi diverses, d’où viennent les idées ? Comment ça se construit, finalement ?

M.T. : On fait tout à deux, en fait. On est assez connectées, donc en général… Sylvie est assez moteur dans les propositions de photographes, elle a toujours plein d’idées. Elle me dit : Ah, t’as vu le travail d’Untel. Elle est force de proposition. Moi j’ai une formation plus historique, donc je vais être plus sur une partie tout ce qui est classique, le XIXe ; c’est important pour moi de montrer du XIXe, je trouve que c’est très important. C’est quelque chose à quoi je tiens, c’est ma formation de base et je tiens à montrer que la photographie c’est aussi une invention, c’est quelque chose d’assez magique. Ça a toujours été assez magique pour moi de voir ces tirages sur papier albuminé, ou quand on peut montrer d’autres procédés, on essaye.
C’est pas toujours facile, et je suis vraiment très reconnaissante aux collectionneurs et aux galeries d’accepter de nous prêter comme ça ; parce qu’on est un festival, c’est pas toujours… c’est pas toujours évident d’emprunter des photos à des galeries. On montre vraiment des tirages, c’est des tirages albuminés qu’on montre de la collection Olivier Degeorges, c’est des tirages d’époque, c’est pas des reproductions. Les tirages de Miroslaw Tichy, c’est la galerie Christophe Gaillard qui nous les a prêtés, merci Audrey.

S.H. : En fait, on part d’envies. On part d’envies, on part de choses qu’on a vues ; soit d’expositions qu’on a vues, il y a longtemps, soit, et moi j’ai aussi beaucoup tendance à partir des livres, des livres de photographie. Parce qu’à partir du moment où il y a eu un livre de fait, tu peux être sûr qu’il y a des gens avec un corpus d’images qui tient. Qu’il y a eu une réflexion derrière, c’est pas juste une série comme ça en l’air.

L. : Et en plus, plus gros que ce qu’on peut mettre dans une expo, en général.

S.H. : Oui, exactement. Donc tu peux choisir dedans, et puis… Ça donne surtout, voilà, une assise, on va dire, au travail.

M.T. : On est très visuelles. Du coup, s’appuyer sur des livres, pour nous, ça fonctionne bien, parce que dans notre programmation, on aime bien ne pas rester sur quelque chose de très figé, on essaie d’aborder la thématique sous vraiment toutes ses formes ; c’est-à-dire là l’Intime et l’autofiction, sous ces deux mots-là on a vraiment essayé de balayer le maximum de choses possibles. En allant sur toutes les périodes et… Mais vraiment, on essaye de pousser la thématique pas sur quelque chose de très simple, intime, autofiction, on aurait pu rester sur quelque chose sur la famille ou sur l’autoportrait ou autre. Non, c’est pas ça qu’on cherche. On essaye vraiment…

S.H. : Après, ça passe aussi par soit des lectures de portfolios que j’ai pu faire, parce que j’en ai fait beaucoup, donc il y a certains photographes que je connaissais par les lectures de portfolio. Mais surtout, quand même, ce qui est la base, d’abord c’est des envies, c’est effectivement les livres de photographies, les expositions qu’on a vues… On se dit : tiens, tu te rappelles tel photographe qu’on avait vu, ça pourrait être intéressant si jamais on développe cette thématique-là de l’inviter à venir exposer.

M.T. : On aime bien se lancer des défis, aussi. Sur les programmations. Cette année, c’est clair que notre défi c’était Alberto Garcia-Alix. L’année dernière c’était Richard Mosse. C’était vraiment LE défi.

S.H. : C’est-à-dire, les défis, c’est les photographes qui ont une renommée internationale et qu’on va faire venir dans une ville comme Cergy, c’est des fois un peu étonnant, et qui répondent présent parce qu’ils voient que derrière il y a une prise en considération et un sérieux et une rigueur dans la présentation. Le catalogue y est aussi pour beaucoup, nous aide beaucoup, parce que, ils voient bien que, quand même, quand on a un catalogue qui est édité par Filigrane, c’est un éditeur de qualité, donc ça assoit notre sérieux.
Voilà, donc il y a plusieurs choses. Et puis aussi le lieu, parce qu’on se dit que… évidemment, ça n’aurait aucun sens de se dire : ben tiens, on pourrait exposer tel photographe qui a des tirages immenses si on n’avait pas le lieu pour les accueillir. Forcément, la taille des salles, la taille de l’espace dont on dispose vont aussi déterminer le choix des photographes qu’on va faire.
Ici on a plusieurs petites salles, eh bien, il y a des travaux qui sont plus intimistes qu’on va mettre dans les petites salles, par exemple. Des choses comme ça.

M.T. : Pour compléter aussi, c’est vrai qu’on ne fait pas de – parce que c’est une question qu’on nous pose souvent – on ne fait pas d’appel à projet, on ne fait pas d’appel à candidature.

S.H. : C’est vrai qu’il y a une raison, parce qu’on pourrait nous le reprocher : pourquoi vous ne faites pas d’appel à candidature comme d’autres festivals le font ? OK. Mais le problème d’un appel à candidature, c’est que, d’abord on est que toutes les deux pour faire le festival.

M.T. : Ça c’est un premier point qui est conséquent.

S.H. : Et en fait, on n’est pas outillées pour traiter correctement tous les envois qui nous seraient envoyés. Parce que, imaginons qu’on en reçoive, je ne sais pas, 500, 1 000, j’en sais rien, regarder tous les dossiers, répondre à chacun – parce que nous, on aime bien faire les choses correctement, donc on ne veut pas traiter ça par-dessus la jambe. C’est important que les photographes soient respectés. On n’est pas outillées pour, et puis surtout, imagine, là on a une vingtaine d’expositions, si on recevait 500 dossiers, ça voudrait dire 480 photographes frustrés.
Donc on préfère partir de nos envies de choses qui nous semblent correspondre au public, qui va rencontrer un public, ou de choses faisables et réalisables avec nos moyens, aussi, plutôt que de lancer un appel à candidature. Qui serait formidable pour nous, parce que ça nous permettrait de nous faire connaître beaucoup plus, je pense. Parce qu’un appel à candidature, ça circule, du coup les photographes sont au courant, ça fait le tour, ça va sur les réseaux sociaux, tout ça. Là non, comme on n’est pas là-dedans, on est un peu plus discret, d’une certaine manière. Mais on préfère faire comme ça pour être… Parce que je trouve que c’est plus honnête, en fait, vis-à-vis des photographes.

L. : Oui, je comprends. Et c’est vrai que… Alors, je n’y avais pas pensé dans mes questions, mais effectivement, ça fait partie de… j’imagine, des méthodes pour trouver les photographes, mais oui, même rien que 100 candidatures, c’est déjà gigantesque si on veut y passer du temps. Surtout qu’on ne regarde pas qu’une photo, quoi. Il y a un projet…

M.T. : C’est ça. Et on aime bien… alors, c’est plus ou moins faisable, mais souvent sur les montages, les photographes viennent, quand même. Donc on a aussi, nous, une affinité vraiment de l’échange, aussi. C’est-à-dire que les scénographies, on les fait nous avec Sylvie, mais on n’impose rien, on demande toujours l’avis du photographe, quand on peut ou quand il désire être là, on a fait beaucoup de montages où les photographes sont présents ; pas forcément sur ce festival-là, mais sur d’autres, on l’a toujours fait quand les photographes avaient ce désir-là. Donc, il y a aussi, quelque part, une relation, enfin, tous les photographes qu’on a exposés…

S.H. : On va vivre avec eux, pendant 9 mois, d’une certaine manière.

M.T. : … alors c’est vrai qu’on n’a pas la logistique pour les réinviter à chaque festival, et on s’en excuse, on aimerait bien le faire, mais on sait qu’eux ils viennent et qu’ils pensent à nous et on est très contentes. Avec tous ceux avec qui on a travaillé, on a vécu un moment, une anecdote, quelque chose sur le montage, qui est un moment très important, en fait, pour nous. Au-delà de l’accrochage final, enfin, moi, ce qui me fait vraiment plaisir, c’est quand les photographes sont contents de ce qu’on a fait.

S.H. : Oui, ça c’est très très agréable.

M.T. : Parce qu’on a respecté leur travail, c’est un respect de ce qu’ils veulent dire, aussi, que ça les respecte eux, et ça…

S.H. : Que leur travail est mis en valeur et qu’il est compris. Parce qu’on essaye d’adapter les scénographies aux propos du photographe. C’est important. Et à la nature même de la photographie.

M.T. : Et du coup, le fait de les choisir nous, ça fait que déjà au départ, on a aussi cette affinité avec eux de vouloir leur plaire. Je ne sais pas comment le dire autrement.

S.H. : C’est sûr. C’est important de bien s’entendre, tout bêtement. Parce qu’on va passer un certain temps ensemble, et c’est mieux s’il y a des affinités, sur le travail, sur les personnes. C’est sûr.

Comment est pensée la scénographie

L. : C’est parfait, les transitions sont hyper fines aujourd’hui, parce que ça amène assez habilement, on va dire, à la question suivante, où j’aimerais qu’on parle un peu plus de scénographie. Puisqu’on a un peu passé en revue les étapes des problèmes réglementaires jusqu’au moment où on va choisir les artistes, et les œuvres et les projets photographiques en particulier. Mais ensuite il y a un lieu et il faut mettre ces projets dans ce lieu. Ce qui est un peu la dernière étape. Enfin, peut-être pas la dernière, mais en tout cas c’est une étape importante.
Et donc j’aimerais qu’on en parle un petit peu, sur comment c’est pensé… Alors, peut-être en prenant des exemples, parce qu’il y a peut-être beaucoup d’expos pour faire un cas général, probablement, mais avec des exemples qui, à vous deux, vous paraissent pertinents pour peut-être des approches qui sont différentes, ou… je ne sais pas, je vous pose la question parce que je ne sais pas, donc là-dessus…

S.H. : C’est-à-dire qu’il y a autant de cas particuliers qu’il y a d’expositions.

M.T. : Après, là il y a deux cas sur le festival de cette année qui sont assez différents, que je distingue, qu’on a abordés de façon différente, c’est par exemple Patrick Taberna, là c’est vraiment un ensemble, une histoire qui se raconte, où il faut vraiment… il y a un jeu d’assemblage d’images, de lecture, d’écriture de phrases.

S.H. : Oui, on parle de phrases, là.

M.T. : On parle souvent de phrases avec Sylvie quand on assemble, parce qu’il y a le choix des images, qui n’est jamais anodin, c’est-à-dire qu’on fait un choix, nous, ensuite on travaille avec le photographe ce choix, parce qu’il y a des images que soit il n’a pas envie de mettre, soit il veut mettre, justement, soit il nous les explique et du coup nous on les intègre autrement. On fait déjà ce travail-là.
Ensuite on travaille toutes les deux un peu sur la scéno, on en parle. Alors les scénographies, elles sont, entre le moment où on les pense et le résultat final, elles sont très évolutives, elles évoluent énormément. Mais on a plutôt pensé à une écriture de phrase, avec des respirations, des ponctuations, un rythme, en fait. Je regarde… parce que c’est une vraie phrase, c’est une phrase dans sa globalité.
A contrario, Alberto Garcia-Alix, même si elles sont toutes liées, on s’est très vite rendu compte qu’il fallait qu’on alloue un espace beaucoup plus grand que ce qu’on avait prévu, parce qu’en fait, finalement, chaque photo est…

S.H. : … est tellement forte qu’elle existe en soi.

M.T. : Qu’il lui fallait son moment, enfin, chaque photo avait besoin de son moment de regard.

L. : Et on s’en rend compte à quel moment de ça, alors ?

M.T. : Eh bien, là, on s’en est rendu compte quand on a reçu les caisses d’Espagne, qu’on les a ouvertes et que je tenais debout dedans, et là on s’est regardées en disant…

S.H. : Ah oui. On savait le format, parce qu’en fait… Il faut peut-être expliquer comment ça fonctionne. On a des envies, on consulte des livres, on contacte les photographes. La plupart acceptent, mais ils peuvent aussi refuser, après tout, voilà. Ils acceptent aussi nos conditions, parce qu’on a des conditions financières qu’on leur propose, ça leur convient, ça ne leur convient pas, bref. Et à partir de là on va commencer à travailler, donc on va commencer à faire un choix, quand c’est avec des photographes étrangers, c’est plus difficile de les rencontrer, donc on échange beaucoup par mails ; avec Patrick Taberna, on est allées chez lui, il nous a sorti tous ses tirages…

M.T. : Ça, quand on peut, on aime bien. Parce que c’est un vrai échange, et du coup nous aussi ça nous permet d’appréhender des photos d’une autre façon. Enfin…

S.H. : On a eu de superbes surprises avec Claudine Doury, tu te souviens ? Quand on est allées chez elle…

M.T. : Des petites trouvailles qu’ils ne penseraient pas forcément à sortir, mais comme nous on est là, on insiste un peu parce qu’on est très curieuses.

S.H. : Oui, parce que c’était sur le thème Adolescence, et en discutant avec elle, elle nous dit : Ah, mais tu sais, adolescence, en 1990 j’avais été à Sakhaline, dans la presqu’île qui est au nord de la Russie, vers la Sibérie, j’avais photographié des adolescentes qui étaient en camp de redressement, on va dire. Et c’était des photos qu’elle n’avait jamais montrées, et elle nous a ouvert la boîte et là, on a sorti la boîte et c’était génial. On s’est dit voilà, ça il faut le montrer, parce que c’était le début des photographies d’adolescents.
Et elle-même, je crois qu’elle n’avait même pas réalisé qu’en fait, oui, dès le départ elle photographiait des adolescents. C’était génial.
L’année dernière on avait Sabine Weiss comme ça, qu’on va chercher, on l’a exposée deux années de suite, pour Voyages extra-ordinaires, en discutant avec elle. C’est vraiment important la relation et la rencontre. En fait, ça fait partie du grand plaisir qu’on a, nous, à faire ce festival, c’est de rencontrer les photographes, et d’échanger avec eux et découvrir des travaux qui n’avaient jamais été montrés.
Sabine Weiss, typiquement, on a montré un reportage qui avait été fait à Pontoise en 1991, qui n’avait jamais pratiquement été montré, sauf à la Fnac de service.

M.T. : C’était un projet pour la Fnac de Pontoise.

S.H. : Non non, c’est Cergy, je crois, je sais pas, enfin bref.

M.T. : Et l’année dernière, son Voyage extra-ordinaire, on est parti en Laponie.

S.H. : Pareil, elle a sorti un reportage qui était paru en 57 dans un magazine qui s’appelait Holliday. Elle est partie en commande en Laponie, moins 20 degrés, le film casse, elle nous sort les planches-contacts, c’est génial. Quand on peut avoir ça.
Surtout, nous on se place à ce niveau-là comme des passeurs, c’est-à-dire que nous on est là, on voit ces choses-là, on se dit mais ça c’est extraordinaire, le public… de donner au public accès à ça. Et nous on est une espèce de filtre entre les photographes, les travaux qu’ils ont et qui des fois dorment dans les boîtes ou les archives, et le public qui est là, et comment nous on va… c’est ça ce travail de scénographie, c’est comment on va faire passer ça jusqu’au public ? Comment on va…

M.T. : Le lien. Ça commence déjà par ce choix d’images, là.

S.H. : Donc à partir de là on fait un choix d’images avec le ou la photographe, et ensuite, on l’imagine dans, on dit une phrase, un rythme…

M.T. : Alors avant ça, déjà, souvent – souvent mais pas tout le temps –, les photographes nous parlent des lieux où ils ont exposé, d’expositions qu’ils ont vues, qu’ils aimaient bien, de scénos, parce que, par exemple, pour reprendre l’exemple de Claudine Doury, Claudine avait vu un leporello sur Paris Photo qu’elle aimait beaucoup, on a commencé à aller regarder, on a essayé de voir si on pouvait nous aussi essayer de voir un système comme ça. Il y a aussi tout ce travail de voir comment ils ont exposé ou ce qu’ils aiment comme type d’accrochage, pour qu’on essaye aussi de voir un peu comment ils imaginent ces lectures.
Et ensuite, en fonction du lieu, donc nous en fonction des plans, déjà, on se pose la question de qui va être où.

S.H. : C’est ça. Et ça, c’est super important.

M.T. : Et ça c’est très dur, parce que c’est vrai que des fois on ne se rend pas compte que, nous on imagine un cheminement, puis quand on le fait il ne fonctionne pas. Donc c’est pour ça que je dis scénographie évolutive, parce que souvent, c’est vrai qu’on fait nos scénos, toutes les photos arrivent ici, on dispose, on commence nos calculs, et nous on vit dans ce lieu, on y est toute la journée, tous les jours, donc on vit, on passe à côté et d’un coup, souvent, on est même tout le temps d’accord, donc ça va, mais il y a des choses qu’on avait envisagées et on se rend compte que non, finalement ça ne fonctionne pas, ou la lecture fonctionne moins bien.
Alors c’est vrai qu’on est beaucoup sur une écriture/lecture, c’est un peu les termes qu’on va reprendre régulièrement.
Mais on essaye vraiment que visuellement il y ait quelque chose qui se passe et qui se dise, en fait. De vraiment guider au maximum, en plus des textes, de guider au maximum les yeux et de comment on regarde les photos. Je ne sais pas vraiment comment développer ça.

S.H. : C’est exactement ça. Donc voilà, après, effectivement, on travaille en amont sur… pas toujours, mais quand même globalement, si, beaucoup les fameuses phrases, c’est-à-dire la succession d’images. C’est un peu comme pour un livre, en fait, on fait ou un chemin de fer, ou une maquette, etc. C’est un peu la même chose, sauf que là on le fait au mur, donc c’est une autre histoire, c’est un autre exercice. Mais donc on va beaucoup travailler les espacements, les écarts entre les photos. Là pour la salle d’Alberto, effectivement, les photos sont assez vives en elles-mêmes, donc les espaces sont assez grands entre les photos. Pour d’autres, comme Patrick Taberna, les espaces sont plus courts puisqu’on est dans une narration plus… pas chronologique, mais plus de couleurs et de sensations et que les photos se répondent les unes les autres. Voilà, tout ça, ça fait partie des petites choses que nous on…

M.T. : Et il faut que tout ça tienne dans une scénographie globale. C’est-à-dire, comme, je ne sais pas, en danse on dirait qu’il y a la variation, c’est-à-dire l’enchaînement de mouvements, un enchaînement de mouvements, et ensuite la succession des enchaînements de mouvements fait la chorégraphie.
Eh bien, nous c’est ça. C’est-à-dire que chaque photographe est pensé de façon individuelle, mais au final de tout ça, il faut que nous on arrive à retranscrire une histoire qui a pour titre la thématique. C’est ça l’exercice.

S.H. : Et on essaye aussi qu’il y ait des échos visuels. Je me souviens que l’année dernière on était très contentes, parce que quand on rentrait dans la salle du tri postal, l’immense salle, il y avait les photographie de Flore, et juste en face on avait les photographies du XIXe , on avait un tour du monde en 21 photo du XIXe siècle, et entre les photos du Maroc de Flore et le XIXe, ça se répondait super bien.

M.T. : Et ça se valorisait, en fait. Ce qu’on essaye toujours, c’est que les travaux se valorisent aussi les uns les autres, et d’essayer, si des fois on a des travaux qui sont un peu proches en termes de façon de travailler, j’ai envie de dire, on essaye que les choses ne se nuisent pas entre elles. Donc il faut que tout le monde trouve sa place, que tout le monde… Enfin, nous on se met toujours à la place…

S.H. : C’est comme si on avait plein d’enfants et que chaque enfant devait être bien traité.

M.T. : Et on se met toujours à la place chaque photographe. On se dit : bon, si je te proposais cet espace, qu’est-ce que tu dirais ? Parce qu’on essaye toujours d’être respectueuses, on se met à la place…

S.H. : C’est tellement important une exposition pour un photographe, en plus. Surtout si après il y a de la presse.

M.T. : Retranscrire le travail de quelqu’un d’autre, c’est un exercice qui n’est pas évident, qu’on le fasse seules ou qu’on les accompagne… enfin, ou qu’ils nous accompagnent ou qu’on les accompagne à le faire. Parce que ça peut être aussi parfois dans ce sens-là. Il y a des fois aussi où ils viennent accrocher, mais il y a un accompagnement qui se fait. Cette année, ça n’a pas été le cas, mais on a déjà fait des accrochages, on va dire, à quatre mains, où on laisse le photographe faire son accrochage, et finalement on n’a pas forcément les mêmes visions, parce qu’on n’a pas le même recul sur le travail, ou nous on… enfin, on a un public aussi, on le connaît, on sait ce qu’il peut comprendre et ce qui va être plus difficile pour lui.

S.H. : Et puis après, il y a des tas d’adaptations dont on n’a pas parlé, mais par exemple, pour nous ce qui est important, par exemple, cette salle, vous voyez, elle est verte, elle est d’un vert amande ; ce vert amande a été réfléchi, pensé, on a été chercher des teintes très particulières pour éviter les murs blancs. Parce que les murs blancs, on sait que le blanc ça réfléchit beaucoup de lumière, donc ça nuit des fois à la lecture de la photographie.

M.T. : Et puis ici, dans ce lieu, faire des murs blancs ça aurait accentué certains défauts auxquels on ne peut pas parer, comme le sol et le plafond. Mais dans ces cas-là, on essaye de faire des interventions propres, mais qui ne nuisent pas au lieu. C’est-à-dire qu’on sait quand même où on est, on sait dans quel lieu on est, mais ça permet une présentation plus neutre.

S.H. : Et puis, par exemple, pour Kourtney Roy, qui est un travail d’autoportraits très pop, très colorés, eh bien, comme elle a un côté un peu acidulé dans son travail, on lui a peint les murs en rose, par exemple.
On a mis un grand rideau rouge de théâtre. Alors, ça a l’air de rien, mais le rideau rouge, par exemple, typiquement, ou la salle noire, elle est tapissée de velours noir, mais ces tissus-là coûtent très très chers, parce qu’ils doivent être M1, c’est-à-dire ignifugés.
Voilà, on retombe sur les contraintes.

M.T. : Oui, c’est ça. Mais on arrive toujours à trouver des petites astuces.
Après, c’est vrai que la salle rose, l’année dernière on l’avait fait aussi gris lunaire, parce qu’on avait présenté Cédric Delsaux.

S.H. : On avait présenté les photos de Star Wars de Cédric Delsaux dont le gris lunaire faisait sens. On aime bien que tout… Enfin, voilà, c’est ça l’idée, c’est que tout soit cohérent et qu’il y ait vraiment une adéquation entre le fond et la forme. Entre le contenant et le contenu.

L. : Il n’y a rien qui doit être laissé au hasard, parce que le mur, c’est pas parce qu’il est de telle couleur qu’il doit le rester…

S.H. : Oui, rien ne doit être laissé au hasard.

L. : Il faut tout choisir.

M.T. : Disons qu’on essaye de… on travaille avec des architectes, on ne travaille pas toutes seules, heureusement, sur les plans. Donc sur les premiers plans on travaille avec les architectes pour le positionnement des cloisons, etc. Et c’est vrai qu’en général, après, on se pose toujours les questions sur les interventions, on voit d’abord au maximum, et ensuite, en fonction du budget, forcément, on opère un certain choix. Mais c’est vrai qu’au départ, c’était une erreur ou pas, je ne sais pas, on essaye toujours de partir sur : si on pouvait, qu’est-ce qu’on ferait ?
Dans l’idéal, qu’est-ce qu’on ferait ? Et après on essaye de faire des choix.

S.H. : Après on chiffre, ça c’est Mathilde qui passe ça dans le tableur Excell.

M.T. : Après on chiffre et après on opère des choix. Et il faut faire des choix. Il faut faire des choix des fois.

S.H. : Et il y a une autre chose dont on n’a pas parlé, mais on peut en parler, si c’est trop long, tu nous le dis, parce que nous, on est bavardes.

L. : Je considère que c’est jamais trop long.

S.H. : C’est aussi l’éclairage. Parce que l’éclairage c’est super important, et la salle d’Alberto Garcia-Alix, tu as vu, il y a un éclairage très particulier, c’est focalisé, tout ça. C’est quelque chose qu’on aime beaucoup travailler. La lumière, c’est ultra important. Donc on a un parc, pareil, on a acquis un parc de spots pour pouvoir mettre en valeur le travail de certains photographes. Mais c’est pareil, ça convient pour certains travaux, ça convient moins pour d’autres.

 

M.T. : Et on ne peut pas toujours… malheureusement, on ne peut pas toujours s’adapter. L’électricité, ici, aujourd’hui on en a eu la preuve, l’électricité dans ce bâtiment est assez compliquée, donc… Mais la lumière, c’est quelque chose qu’on aime bien. Qu’on aimerait savoir mieux travailler, d’ailleurs. Ça c’est vraiment un truc… les lumières, nous, quand on voit des expos avec Sylvie, on ne regarde pas toujours forcément comme tout le monde, on regarde beaucoup derrière les cadres comment c’est accroché, et l’éclairage c’est un truc qui nous plaît énormément, je trouve qu’on peut faire beaucoup de choses avec l’éclairage, enfin on peut vraiment faire énormément de choses avec l’éclairage.
Oui, ça c’est un truc où on aimerait bien aller plus loin.

S.H. : Pour l’année prochaine, voilà.

M.T. : On se met des petits défis, comme ça.

S.H. : L’année prochaine, il faut qu’on soit encore meilleures en éclairage.

L. : OK. Eh bien, je pense qu’on a couvert pas mal de choses. Je ne sais pas, si vous avez des choses à rajouter

M.T. : Non, je pense qu’on a tout dit.

S.H. : On ne sait pas où on sera l’année prochaine. À Cergy, forcément, mais dans un autre lieu, donc ça sera intéressant.

M.T. : Nouveau lieu, nouveau défi.

S.H. : Nouvelle thématique aussi. En fait, c’est ça qui est à la fois difficile et excitant, c’est qu’on a toujours l’impression de repartir d’une page blanche – oui, d’une certaine manière – et de bâtir quelque chose. On bâtit un projet. Et moi, je trouve que c’est vraiment…

M.T. : Oui, pour le coup, à chaque fois on le rebâtit de A à Z.

S.H. : Et puis on espère que le public viendra nombreux. Merci beaucoup…

L. : En parlant de ça, justement, puisque c’est vrai qu’on parle du festival et qu’on sait que c’est à Cergy, mais il faut peut-être leur donner les infos. Donc c’est jusqu’à quand ?

S.H. : C’est jusqu’au 21 novembre, et c’est ouvert du mercredi au dimanche, plutôt les après-midis, on va dire, selon les jours il faut regarder sur le site internet, festivalduregard.fr, de midi à 18-19 heures. Il faut venir à Cergy, ça veut dire par les transports, RER A ou Transilien L, et en voiture il faut se garer au parking, on m’a dit, parce qu’il y a des gens qui sont venus ce week-end et qui ont eu du mal à se garer, donc j’en profite pour le dire, on peut se garer au parking du centre commercial des 3 Fontaines.
La gare c’est Cergy-Préfecture.

L. : OK, parfait. Je pense que tout le monde sait tout pour venir. Venez, c’est vraiment bien.
Eh bien, merci de m’avoir accueilli ici et d’avoir répondu à toutes mes questions.
J’espère qu’on se retrouvera l’année prochaine pour…

On espère aussi. Merci.

Donc, si vous avez aimé cet épisode de La Photo Aujourd’hui, pensez à surtout mettre un pouce bleu dessus, laisser un commentaire en dessous pour nous le dire, le partager autour de vous aux photographes que vous connaissez, c’est vraiment hyper important. Parce que vous le savez, un format d’1 heure 1 h 30 sur YouTube, c’est pas le truc le plus populaire, donc si vous aidez le format à se répandre, ça veut dire qu’il y en aura d’autres aussi. Et puis si jamais vous découvrez la chaîne, parce que quelqu’un vous l’a partagée justement, pensez à vous abonner pour ne pas rater les prochains.
Voilà, je vous dis à bientôt, et bonnes photos !

► Toutes les informations sur le Festival du Regard 2021 – Intime & Autofictions : https://www.festivalduregard.fr/

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