Sabine Weiss : le XXe siècle en images – La Photo Aujourd’hui #12



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Bonjour à toutes et à tous, ici Laurent Breillat pour Apprendre la Photo, et bienvenue dans ce nouvel épisode de La Photo Aujourd’hui, où nous avons eu l’immense honneur d’être reçus par Sabine Weiss, une artiste prolifique qui a contribué de manière majeure au courant de la photographie humaniste française, au même titre que des photographes comme Robert Doisneau, Willy Ronis ou Brassaï. Elle a aujourd’hui 96 ans, et c’est donc probablement la photographe qui a travaillé sur la plus longue période, avec près de 80 ans de photographie.

Sa carrière est très diverse puisqu’elle a à la fois fait de la photographie professionnelle dans énormément de domaines, photo d’illustration, reportage, portrait, mode, mais aussi des projets plus personnels dont nous allons également parler avec elle.

Comme vous le verrez, elle ne manque pas d’anecdotes sur toutes les facettes de sa carrière exceptionnelle.

Elle vient également de recevoir le prix Woman in Motion pour la photographie 2020, décerné par Kerin et les Rencontres de la photographie d’Arles pour l’ensemble de son œuvre.

Et concernant son actu, son exposition « Sous le soleil de la vie » est présentée à la galerie des Douches à Paris jusqu’au 20 février 2021 ; je vous mets toutes les infos en description. Et puis elle a également publié récemment le livre Émotions aux éditions de La Martinière, que je vous conseille vivement si vous voulez découvrir son travail. Mais en attendant de l’avoir entre les mains, partons à la rencontre de Sabine Weiss.

Sabine Weiss, bonjour. Merci infiniment de nous accueillir. Est-ce que, pour commencer, pour ceux parmi nos spectateurs qui ne connaîtraient pas forcément bien votre carrière, est-ce que vous pourriez résumer un petit peu votre carrière photographique,

Sabine Weiss : Ma carrière résumée ?

Laurent : On a le temps.

S.W. : C’est-à-dire que, oui, il y a beaucoup à dire. Simplement, quand j’étais enfant, j’étais très manuelle, et aussi visuelle, enfin j’aimais beaucoup les tableaux, les choses jolies. On m’amenait dans des expositions. Et en plus, j’avais un père qui était ingénieur chimiste, et très bon bricoleur, qui aimait beaucoup les choses, donc toute jeune j’ai commencé à m’intéresser à tout ce qui était manuel et visuel à la fois.

Mon premier film, j’avais à peu près 11 ans, je crois. Je m’étais acheté un petit appareil, et encore, à l’époque, je tirais mes photos moi-même, mais ça ne se tirait pas… c’était des contacts, pas du tout des agrandissements, qu’on mettait dans des petits châssis en bois qu’on mettait sur la fenêtre à la lumière, au soleil. Enfin, vous voyez, c’était très différent de ce qu’on a maintenant.

Et bon, après, j’ai commencé à grandir et un jour me dire : qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? Il faut bien décider un jour de ce qu’on…
Puisque je faisais beaucoup de photos, je savais déjà faire des tas de choses en photo, des portraits, des reproductions de tableau, des choses diverses, j’ai fait : bon, ça y est, je serai photographe. Et j’ai fait un apprentissage en Suisse, dans une maison qui s’appelait Boissonnas, qui fêtait, quand j’y suis entrée, ses 80 ans. C’est-à-dire que c’était une vieille dynastie de photographes qui avaient fait la Grèce, les très beaux monuments de partout. Et à une époque où je crois qu’ils faisaient encore leurs émulsions sur place. En montagne ou en campagne. Tout était très différent, mais on faisait beaucoup de bijouterie, de montres. C’était à Genève, donc il y avait les spécialités du pays.

Bon, après ça ? Peu de temps après, je suis venue à Paris, et j’ai commencé chez un photographe. J’ai été chez un photographe en lui proposant mes services. Bon, j’ai travaillé trois ans avec un photographe de mode qui s’appelait Willy Maywald, qui était un très bon photographe de mode, et ça m’a ouvert beaucoup de portes amusantes, parce que c’était les premières de Dior, c’était toutes les mannequins, toutes les festivités qu’on peut imaginer.

Bon, après ça, j’en avais assez de travailler pour ce photographe, je me suis installée, j’ai trouvé un mari charmant, on s’est installés ici, dans cette pièce où vous me voyez. C’était un peu plus petit que maintenant, c’était un 5 m sur 5, mais mon mari m’a rassurée, quand même : c’était petit mais il y avait quand même l’eau dans la cour. C’était quand même pas rien. Et il m’a dit : il y a même des toilettes dans la cour.

Bon, mais c’était comme ça, je tirais mes photos, mais je les développais au fond de la cour. Ce que les gens de la maison n’aimaient pas trop, parce que la nuit – il fallait faire de nuit, parce que je ne pouvais pas obscurcir, évidemment –, les gens trouvaient que je dépensais trop d’eau.
Bon, on a poussé les murs, beaucoup, et j’avais donc une chambre noire à peu près convenable, et j’ai tout de suite beaucoup travaillé.
Je ne sais pas ce que vous voulez que je vous raconte sur mon travail.

L. : Ce que je comprends, c’est qu’à l’époque, vous avez fait beaucoup de travail commercial, vous avez juste trouvé de…

S. W. : Écoutez, au début… de toute façon, au début, qu’est-ce que je photographiais ? Je photographiais la rue, les gens de la rue. Parce que c’était l’époque où il n’y avait pas la télévision, on était sauvés. Comme la maison avait 5 mètres sur 5, que mon mari faisait de la peinture dedans, moi la cuisine, moi la lessive, moi les trucs, il n’y avait pas beaucoup de place, le soir, pour les… Bon, on sortait beaucoup, on explorait les quartiers, et les terrains vagues, et heureusement, les gens étaient beaucoup plus dans la rue que maintenant.

Thomas : Justement, on arrive à une question qu’on voulait vous poser. Vous avez eu beaucoup de photographies professionnelles, vous avez tout photographié, quand on lit votre livre ; vous avez fait de la mode, plein de choses, du reportage, etc. Et vous avez aussi une pratique très personnelle. Et comment vous avez réussi à concilier les deux ? Qu’est-ce que vous avez préféré là-dedans ? Comment, sur la durée, on fait cette photo très professionnelle et cette photo personnelle en même temps ?

S.W. : C’était pas de la photo d’amateur, je le considérais vraiment comme de la photo professionnelle, mais c’était ce que je trouvais par hasard dans les jardins publics, dans les rues, mais aussi je forçais un peu les portes. Par exemple, il y avait à l’époque, très vite, il y a eu une œuvre qui s’appelait L’Œuvre du XXe siècle, qui était une manifestation sur plusieurs mois au théâtre des Champs-Élysées, où on montrait les plus grands musiciens, les danseurs, les conférenciers. Il y avait Malraux, il y avait Stravinsky. Moi j’allais là-bas. Comme mon mari connaissait de tout, il était très intéressant, et il disait : on va là-bas, et on y allait comme professionnels.

Et c’était l’heureuse époque où on pouvait entrer dans un musée par l’arrière, sans problème, ce qu’on ne ferait peut-être plus aujourd’hui. Donc mon mari allait dans la salle écouter les concerts et les choses, et moi j’étais dans les coulisses à photographier. Et je photographiais de tout. Je me rappelle une photo amusante que j’ai faite, d’un chef d’orchestre très connu. Moi je n’avais pas de flash, je n’avais rien, j’étais encore avec mon petit matériel. Donc, j’ai une photo que j’ai faite très bien parce que je me disais, mes collègues qui étaient tous autour, ils vont faire des flashs et je vais en profiter. Alors j’ouvrais… Alors, il y avait toutes les partitions qui bougent, en blanc, comme ça, qui bougent, et le chef d’orchestre qui était net. Furtwängler je crois que c’était, qui était à l’époque très connu.

Bon… Ayant photographié ces choses, l’Œuvre du XXe siècle, c’était pas tout, mais très vite, j’ai très vite eu du travail. D’abord, j’allais dans les marchés, je disais : je vous fais une photo, vous me donnerez un bifteck quand je vous apporterai la photo ?
On s’amusait, on était libre comme ça.

Un ami qui travaillait au magasin du Printemps m’avait dit : je vais t’introduire. Alors, résultat, je photographiais les vitrines du Printemps. Chaque fois qu’ils changeaient, une fois tous les deux ou trois mois, je ne sais pas quand c’était, ils changeaient toutes les vitrines, donc, oh, j’arrivais à faire du 60 à l’heure. J’étais tellement rodée, c’était la nuit, il n’y avait pas de reflets.
Et c’était d’ailleurs très amusant, parce qu’il y a une fois, ils ont voulu me faire une exposition sur ces vitrines, qui a été à Arles, avec Monterosso.
Mon mari était très malade quand on a préparé cette exposition.
C’était très amusant parce que les vitrines du Printemps, ça voulait dire toute la vie de l’époque. Il y avait par exemple des vitrines entières de frigos. Sur pieds ! Des frigos sur pieds ! Il y avait aussi des vitrines de vélos, il y avait des vitrines de gants. Une vitrine immense rien que de gants. Il y avait des choses qui donnaient des photos amusantes.

Et donc, cette exposition qui a eu lieu à Arles, je ne l’ai pas vue, je n’y suis pas allée. Elle est revenue à mon agence un jour, les photos sont revenues, j’ai dit : je veux voir les photos, ce qu’ils avaient exposé, parce que je n’avais aucune idée de ce qu’ils avaient choisi.

En plus, je n’avais pas de photos de tirages contacts pour voir les photos, donc ils avaient regardé les photos sur le film, comme ça… Moi je ne m’en occupais pas… Et quand j’ai demandé si je pouvais voir les photos, on m’a dit : écoute, elles sont toutes emballées, elles sont encadrées et emballées, on ne va pas…, tu nous ennuies, on ne va pas faire ça.

Et après, je les ai maintenant encore ces photos, et c’est un document sur tout une époque. C’est ce qui m’intéresse beaucoup dans la photographie. C’est que ça documente toute une époque. Et moi, comme j’ai commencé il y a très longtemps, il y a des tas de documents, il n’y a plus de marchands de vitres dans les rues, il n’y a plus de maraîchers avec leur petite charrette, tout a disparu. Dans le temps, les enfants n’avaient pas la télévision, ils n’avaient pas de choses intéressantes chez eux, ils jouaient tous sur les trottoirs. Les gens se rasaient mutuellement sur un trottoir. Enfin, il y avait vraiment de quoi faire des photos amusantes.

Bon, mais tout de suite, j’ai fait beaucoup d’autres choses. Moi, ça a démarré très vite. Il faut dire que j’avais déjà quand même du métier. Je connaissais mon métier. On pouvait me demander d’aller photographier une usine, je pouvais photographier une usine. On me disait : ah, ben, il faut aller place Vendôme, il y a un bijou très beau, il faut faire quelque chose de très bien, il faut imaginer ce que tu peux… comment le mettre en valeur. Alors j’allais photographier place Vendôme, j’avais les flics aux portes pour être sûr que… Ah oui… j’ai souvent travaillé avec les flics autour. Quelques fois les pompiers. Ça dépendait des circonstances.

J’ai tout photographié. J’ai même photographié beaucoup, non, pas beaucoup, mais enfin, quelques morts, quelquefois à la morgue, où on tirait le caisson, mais aussi dans les familles, parce que les personnes n’avaient pas… on n’avait pas forcément une photo de quelqu’un avec qui on vivait ou qu’on aimait. Donc, la dernière photo c’était sur le lit de mort. Ça a été quelquefois très triste, je m’habillais, je me mettais une petite robe grise, un petit tricot noir, je me mettais un petit peu de circonstance, et c’était triste, quoi. Mais quelquefois c’était très gai, et c’est une trop longue histoire pour que je vous raconte toutes mes histoires.

L. : Du coup, je vais rebondir sur ce que vous avez dit, avant il y avait de la vie dans la rue, les gens se rasaient entre eux, il y avait les enfants qui jouaient dehors, ce qui a donné l’occasion de beaucoup de photos que vous avez faites dans votre photographie personnelle. Notamment ce qu’il y a dans le livre Émotions chez La Martinière et d’autres livres qui ont été publiés sur votre travail. On vous classe en général parmi les humanistes, même si je sais que vous, à l’époque, vous ne vous mettiez pas forcément dans cette catégorie-là.

S. W. : On est forcément humaniste, un peu hein.

L. : Mais si j’ai bien compris, vous n’aviez pas forcément tellement… je sais que Doisneau avait aimé votre travail, etc., mais vous n’aviez pas forcément de relations très particulières avec les photographes humanistes de l’époque. Et si j’ai bien lu, vos influences étaient plutôt August Sander, par exemple. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur ce qui a influencé votre photographie, notamment vos projets personnels ?

S. W. : Écoutez, je vais vous dire que franchement, je pense ne pas avoir été influencée. C’est pour ça que la plupart des photos que je faisais pour mon plaisir c’était les gens de la rue. C’était les humains, en général, leur comportement. Mais, je ne connaissais pas les photographes, de toute façon. Bon, il y avait aux États-Unis un photographe qui était plus connu et exploité qu’en France, mais enfin, il y avait des photographes anciens et très beaux, oui, comme Sander. Vous savez, très vite, je ne me suis jamais attachée aux autres photographes. Je n’avais pas besoin d’aller m’inspirer, comment il fait, et tout. J’avais un métier. J’avais très vite du métier en mains. On pouvait me demander, j’ai tout fait, même de l’infrarouge, oui oui, c’est mon mari qui me servait de test en infrarouge, c’était pas triste. Et puis j’ai fait beaucoup de choses difficiles, par exemple, il fallait faire un documentaire sur un château, mail il n’y avait pas l’électricité au château, donc il fallait que je m’amène avec mon groupe électrogène. Je veux dire que c’était… il y avait une technique qui était très différente de ce que l’on a aujourd’hui. C’était assez difficile. Mais les groupes électrogènes, comme ça, ça se louait, on pouvait louer un format d’appareil, et puis je travaille dans des formats très différents. On faisait du 8×10, c’est-à-dire des plaques de 20×25, en couleur.

Ah, mais je peux vous raconter que ce format-là, j’ai encore une boîte. Je travaillais beaucoup pour Life, qui était un journal américain, et ils avaient un laboratoire à Paris, très bien situé, à l’angle de La Concorde, et ils me donnaient les boîtes de films déjà testés, pour me dire quelle était la réelle rapidité du film et s’il y avait des dominantes, s’il y avait des… Bon.

Alors, j’ai cette boîte, et la rapidité est en ASA, je ne sais pas si ça vous dit quelque chose ? Eh bien, c’était 6. C’était 6 ASA. 6 ASA pour un 24×36, un petit appareil, peut-être 24×36, ç’aurait été possible, mais alors pour un grand format à couvrir, où il fallait beaucoup de lumière pour imprimer la plaque, c’était très très difficile.
Il y a eu des moments durs. La nuit, mon mari me disait : arrête de t’agiter. Je rêvais tout le temps, je me tracassais.

L. : Seulement 6 ASA !

S. W. : Ça a été très difficile techniquement, dans un sens, et puis après… Au début ça a été les Rolleiflex, les 6×6, après c’était les 24×36.
Alors, par exemple, les 24×36, il fallait tout le temps changer d’objectif. On voulait un grand-angle, on voulait un télé. Alors, tous ces objectifs avaient des diamètres différents. Alors donc, les petits filtres qui étaient sous-verre, il fallait en avoir pour tous les formats différents. C’était…

T. : Qu’est-ce que vous avez préféré là-dedans ?

S. W. : Là-dedans, ce que j’ai préféré ? Oh, les choses de la rue où on s’en fichait. Pour moi, la super netteté, c’était pas mon critère, c’était pas ce que je cherchais. Je ne cherchais rien, mais je trouvais l’humain et c’est ce qui m’intéresse.
Là, il y a des photos qui peut-être n’intéressent personne, mais qui pour moi me rappellent, me font toute une situation. Il y a une photographie, par exemple, dans ce dernier livre que j’ai fait, où il y a la visite du docteur. Alors la dame, qui était une petite dame un peu vieille, elle est très intimidée, elle se retient, elle est là les mains comme ça, elle le regarde comme ça avec peur, et lui il est en train de faire son ordonnance tout calmement, mais elle, on sent la situation très très spéciale pour elle. Des choses comme ça qui me touchent.

Ce que j’ai aimé dans ma vie, c’est de faire tout des choses différentes. Complètement. Des choses très techniques, des choses aussi très libres.

T. : En parlant de liberté, d’ailleurs, vous recadriez vos images ? Ce qui chez certains autres humanistes était impossible…

S. W. : Oh, mais si… Évidemment qu’il faut recadrer, surtout dans les choses de la rue ou sur des choses prises à l’improviste comme ça, il faut recadrer. S’il y a quelque chose qui gêne, il faut l’enlever. La composition c’est très important. Mais dans les commandes techniques… moi j’ai tout fait, vous savez : les usines, les foires.
Je me rappelle une demande, c’était une foire à Valence en Espagne, c’était en extérieur sous des espèces de tentes, donc très difficile à l’époque point de vue éclairage et c’était du 4×5 inches, c’est-à-dire 10 cm sur 12 cm. Et il y en avait qui étaient au flash.

Ah, c’est une jolie histoire, je vais vous la raconter. Je partais donc pour là-bas, j’étais en voiture. À la douane : qu’est-ce que vous avez à déclarer ? Ils regardent un peu, ils voient des boîtes d’ampoules… Ils me disent : qu’est-ce que c’est ça ? Je dis : ça, c’est des lampes flash… On faisait une photo avec une lampe, après faut la jeter. Alors ils l’ont marqué dans mon passeport pour être sûrs que je les ramènerais et que je n’avais pas emporté tous ces trucs pour faire du commerce. Voilà.
Oh, il y a plein d’anecdotes.

L. : Par rapport aux autres photographes humanistes – on a parlé de Doisneau tout à l’heure, de Willy Ronis –, quelle est pour vous la différence qu’il y a entre votre démarche et la leur ? Est-ce qu’il y a une différence dans la manière dont vous photographiez ?

S.W. : Ça ne doit pas être très différent. Ronis, je ne sais pas s’il a fait beaucoup de choses techniques, peut-être pas, je ne sais pas.

L. : Mais plus dans votre photographie de rue ?

S.W. : Doisneau a aussi fait beaucoup de choses de commande, de choses techniques. Il a dû faire des usines Renault ou de je sais pas quoi. Il a fait beaucoup de choses qui étaient plus lucratives que plaisantes à photographier.

L. : Moi j’ai l’impression, enfin, moi en regardant vos photos et en regardant celles d’autres humanistes, j’ai l’impression que vous avez un dialogue avec le sujet qui est un peu plus important. On a l’impression qu’il y a parfois une interaction… Parce que, les humanistes, ils ont une espèce de petit recul, ils regardent un peu de loin.

S. W. : Oui. Doisneau peut-être, aussi…

L. : Et vous, j’ai l’impression qu’il y a parfois plus de proximité, pas que physique, mais de relation avec le sujet.

S. W. : Oui, oui. Moi, j’avais beaucoup de relation avec les gens. Par exemple, dans cette photo de couverture, c’est un terrain vague qui est à la porte de Saint-Cloud, donc j’y allais même à pied, et il y avait toujours un terrain vague avec des clochards, avec des enfants. Et puis j’avais un petit moment, alors je pouvais y aller pendant une heure me balader là-dedans. Et ça me changeait de ce que je faisais de choses très techniques.

L. : Et vous parliez avec les gens ? Peut-être que vous y alliez souvent, vous aviez un peu l’habitude et vous croisiez les personnes.

S. W. : Oh, pour la plupart, c’était des mômes et des clochards, et on ne parle pas tellement, hein. On… c’est toujours de poser des défis. Et les enfants, je me rappelle, il y a des photos d’enfants, je leur disais : je parie que tu ne peux pas grimper dans cet arbre, moi. Et il arrivait avec le copain qui voulait monter aussi.

L. : Et dans d’autres livres précédents, on ne voyait qu’une seule photo de cette scène, mais je crois que c’est dans celui-ci où on en voit plusieurs, on voit un peu le contexte autour, les enfants qui se taquinent entre eux, entre ceux qui ne sont pas encore montés, etc. J’aime beaucoup cette scène.

S.W. : Vous savez comme j’ai commencé la photographie il y a très longtemps, il y a eu beaucoup de choses, énormément de matériel, et heureusement maintenant j’en redécouvre, parce que j’oublie complètement. J’ai beaucoup de choses, et beaucoup de voyages, ça c’est épatant.
Je ne sais pas comment. Je ne me rappelle même plus comment j’arrivais à m’organiser pour les voyages à l’étranger. Me rappelle plus.

T. : Il y en a un qui vous a marquée, de voyage à l’étranger, plus qu’un autre ?

S. W. : Tous. Tous. Je me rappelle une commande qui arrive au mois de décembre ou au mois de novembre, c’était la Finlande. Alors, partir en Finlande, c’était tout gelé, tout était blanc, c’était incroyable. C’est merveilleux de pouvoir voir les coutumes des gens, leur attitude, comment ils vivaient, comment… par exemple, quand ils voulaient couper un morceau de viande, ils allaient dehors avec la scie ou… la scie je crois que c’était, et ils se coupaient, comme c’était congelé on coupait comme ça. C’était toujours frais, c’était bien.
Oh, il y a beaucoup d’expériences, beaucoup de…
Mais il y a aussi des voyages, je me rappelle un voyage à Istanbul, où je devais photographier deux ou trois types très très riches. Ils avaient des collections formidables. Alors, on m’avait dit : vous allez à tel hôtel et vous attendez, ils viendront vous chercher. Donc j’étais à Istanbul – je connaissais Istanbul, heureusement, mais je savais aussi ce que je loupais en ne pouvant pas aller partout où je voulais. Et je ne voyais rien, on m’amenait chez un type dans son appartement musée… je vais faire une bonne photo. Je ne sais pas, je n’ai aucun souvenir de cette photographie, d’ailleurs.

T. : Du coup, vous avez beaucoup photographié à l’après-guerre, Paris, etc. ; est-ce que vous pensez que l’espoir qu’il y avait à cette époque, les Trente Glorieuses, etc., ça se sent dans vos images ? Ça a influencé votre travail cette… ce moment un peu…

S. W. : Écoutez, l’après-guerre… Pendant la guerre, je photographiais aussi, j’étais en Suisse. Et en Suisse, qu’est-ce qu’il y avait ? Il y avait des Américains qui venaient, des soldats américains, on les envoyait un week-end ou je ne sais pas combien de temps en Suisse pour manger du chocolat et se distraire un petit peu de la guerre. Alors c’est ce que je voyais en Suisse.
Après, quand je suis venue à Paris, c’était très différent, je ne connaissais pas du tout Paris. Quand on arrive dans une ville qu’on ne connaît pas, on ne voit pas tout, on erre. Mais enfin, j’étais toujours très contente, on se trouve une chambre pour habiter, on y habite pendant six mois, après on se dit : je vais aller dans un autre quartier. On changeait d’hôtel ; il y avait des petits hôtels qui étaient très faciles à trouver.
Bon, je ne vous parle pas de photographie, là. Qu’est-ce que vous voulez que je vous parle de photographie ?

L. : J’ai bien envie de vous demander… j’ai lu dans votre livre que vous avez été exposée pour la première fois à Arras en 1978.

S. W. : C’est tout à fait faux.
Alors, je vais vous raconter que comme j’avais quelqu’un aux États-Unis, qui m’aimait beaucoup, c’était un agent de… une agence. Donc j’avais un agent aux États-Unis qui m’aimait beaucoup. Il aimait beaucoup mes photos, et j’ai énormément travaillé aux États-Unis pour Life, pour Times, tous les journaux… J’étais très connue là-bas ; et tout de suite, il m’a fait connaître Edward Steichen qui était un excellent photographe, mais qui avait aussi voulu montrer ce que c’était la photographie internationale. Donc il avait fait une exposition qui s’appelait « La famille de l’homme » et qui était avec… chacun avait…
Moi il m’avait fait venir, mais quand il m’a vue, c’était très ancien et j’étais toute jeune et il m’a tout de suite dit : ma petite, vous êtes toute jeune. Ça voulait dire : je vous ferais pas de photo. Et il m’a mis trois photos dans l’exposition, ce qui est un summum pour un seul photographe. Il m’aimait beaucoup, et il m’a introduite dans toutes les revues américaines, où j’ai photographié beaucoup de choses : des stations, des gens riches, des gens qui font du ski, des gens qui font des collections, enfin, des pays entiers. Ça a été pour moi très très sympathique.

L. : Et donc, Arras en 1978, c’était votre première exposition personnelle, c’est ça ?

S. W. : Voilà. Alors, je vous disais, lui il m’a fait exposer au MoMA, j’ai eu des photos exposées au MoMA, et une grande exposition à Chicago à un endroit qui s’appelait Art Institue of Chicago. Moi, je croyais qu’un institut, je me disais que ça devait être un petit bled qui était content de pouvoir faire une exposition. Et après j’ai appris que c’était un lieu pas mal. Et j’y suis retournée il y a quelques années avec mon assistante, et c’était très sympathique, parce qu’ils m’attendaient, donc, et ils avaient étalé toutes les photos. Et même toute la correspondance. Et c’était amusant, parce que c’est l’époque où c’est mon mari qui était américain et qui m’écrivait les lettres, sur une machine qui était antédiluvienne et qui tapait très très mal avec des caractères… Bon, bref.

L. : Du coup, ce sur quoi je voulais venir, c’est que, si j’ai bien compris, cette fameuse expo à Arras, ça a plus ou moins été organisé par surprise, par votre mari et un ami.

S. W. : Je vais vous dire Arras, comment ça s’est passé. C’est un peintre, Lad Kijno, qui un jour me dit : je t’ai fait une exposition. Moi je ne voulais pas exposer, parce que j’avais un mari peintre. C’est le peintre qui devait exposer. Moi j’avais plein de boulot, tout ce que je voulais comme travail, donc c’était mon mari qui devait exposer. Donc un jour, ce Kijno me dit : je t’ai exposée à Arras. Je ne vais pas être exposée. Ah si si, c’est organisé, c’est prêt, tu y vas tel jour. Je rencontre Doisneau, je lui dis : je vais exposer à Arras. Il m’a dit : qu’est-ce que tu vas exposer ? Je lui dit : écoute, j’ai des boîtes pleines de photos, j’emporterai des boîtes, et puis ils ont des cadres, je mettrais dans les cadres. Oh là là, faut pas faire comme ça ! Il faut choisir, il faut faire faire ou faire toi-même des agrandissements qui soient bons, qui soient présentables, et tout. J’ai bien obéi. Donc j’ai vu, quand j’ai exposé à Arras, ce que je photographiais, ce que je choisissais. Ce n’était évidemment pas les choses commandées, mais les photos comme ce que je montre là.
Et puis après ça a fait ricochet, ça ne s’est plus arrêté. J’ai fait beaucoup beaucoup d’expositions.

L. : Donc heureusement qu’ils vous ont un peu forcé la main.

S. W. : Oui oui, heureusement, peut-être. Mais enfin, c’était pas un besoin. Encore maintenant je suis contente quand on me dit… C’est surtout que j’ai une merveilleuse assistante, alors elle organise tout. Quand quelqu’un veut quelque chose, je dis : voyez avec mon assistante, je suis très vieille, alors maintenant je me décharge. J’ai plus l’âge de faire des… de prendre des décisions.

T. : Du coup, en parlant de décision, on a un très beau livre sur la table, qui vient de sortir chez La Martinière, qu’on a tous bien lu. Et on a été surpris d’apprendre que c’était la première fois que vous choisissiez vous-même les images dans un livre. C’est vous qui avez fait la sélection de ce livre, si je ne me trompe pas, du coup il y a des images dedans qui sont inédites, qui n’étaient pas là avant. Est-ce que vous pouvez nous parler de comment…

S. W. : C’est-à-dire que je n’ai pas beaucoup de livres, quand même, dans l’ensemble. Quelquefois des livres de photographie sérieux comme celui-là, mais quelquefois aussi des livres un peu plus petits sur un pays, sur un sujet. J’en ai fait sur Pontoise, j’en ai fait sur l’île de la Réunion, j’en ai fait sur la musique. Et les marchés. J’en ai fait plusieurs… Non, les autres aussi, j’ai choisi quelquefois, les livres importants, j’ai quand même choisi.
Non, là, c’est avec mon assistante, on a dit qu’on allait mettre quelques-unes qui étaient connues, parce que les gens sont contents de les retrouver, mais aussi beaucoup de photographies qui n’étaient pas connues. Et ça on peut toujours continuer, si vous voulez.

L. : Pourquoi celles-là ? Pourquoi les nouvelles photographies que vous avez mises dedans, qui n’étaient pas apparues avant, pourquoi elles n’étaient pas apparues avant et pourquoi maintenant ?

S. W. : Pourquoi ? Parce qu’en feuilletant les photographies, on se dit : peut-être celle-ci, peut-être celle-là. Il n’y a pas de chemin…

L. : Elles étaient passées inaperçues avant, dans vos précédentes sélections.

S. W. : Parce qu’on ne peut pas tout mettre, vous savez. Je fais de la photographie depuis tellement d’années qu’il y en a beaucoup, beaucoup de photos. Et maintenant c’est assez agréable, je suis en train de faire un tri parce que toutes mes photos vont partir en Suisse dans un musée. Donc je revois des choses anciennes, et que j’ai complètement oubliées. Des choses complètement oubliées.

T. : Vous aimez bien ce travail de vous replonger dans vos archives, de sélectionner, de regarder, tout ça ?

S. W. : J’aime bien, mais pas plus que ça. J’aime bien, mais enfin je ne prends pas mon temps, sinon je ne fais rien d’autre que de regarder les photos anciennes. Non. Mais je voudrais surtout me souvenir des anecdotes, enfin de ce qui a amené de telles photos. Il y a des choses amusantes.

L. : Pour finir, on a l’habitude de poser une question à tous nos invités. Donc pour les, notamment les jeunes photographes qui nous regardent et qui seraient inspirés par votre travail, quel conseil vous auriez à leur donner ?

S. W. : Qu’est-ce qu’on fait si on veut faire de la photo ?

L. : Voilà. Quelqu’un qui est inspiré par votre travail et qui…

S. W. : Bon, il faut penser qu’à part certaines choses commerciales, je ne pense pas qu’on puisse vivre avec la photographie. Moi j’ai vécu parce que c’était la belle époque, on sortait des appareils… Il n’y avait pas de Leica quand j’ai commencé. Enfin, quelqu’un qui avait un Leica – je me rappelle, j’avais un oncle qui avait un Leica, il le mettait sur la banquette arrière, dans un endroit bien doux si jamais il y avait une secousse. C’était une chose incroyable, les appareils. Maintenant tout le monde a des appareils. Ça devient incroyable. Je crois que vous filmez avec ce petit appareil. Imaginez… Le matériel était lourd, dans le temps.

T. : Et du coup, peut-être un conseil pour les abonnés, pour les gens qui regardent la vidéo, s’ils veulent se balader dans la rue faire des photos, comment… qu’est qui, vous, vous a aidée ?

S. W. : Dans la rue, ça devient très difficile, parce qu’il n’y avait aucun problème. On photographiait tout, on photographiait quelqu’un de riche, de pauvre, il n’y avait pas de récrimination. Non. Tout le monde était ou étonné ou content.

Mais maintenant on ne fait plus ça. Je suis tombée un jour, je ne fais plus beaucoup de photo, je me promenais et je vois un petit enfant collé contre la vitre en train de regarder. C’était amusant, il avait le nez collé contre la vitre, comme ça. Le père était en train de boire dans la boutique à l’arrière. Et cette gosse, j’ai pas fait de photo. J’ai commencé instinctivement à m’amuser avec elle pour la distraire cette pauvre gosse. J’ai commencé à lui faire des grimaces, je ne sais pas ce que je lui ai fait. Et après j’ai dit : tiens, je vais lui faire une photo. J’avais dans mon sac un appareil photo, je l’ai sorti, j’ai pris trois clichés, nuls, sans intérêt, et après je suis partie. Et il y a trois gars qui me sont tombés dessus et m’ont dit : ah, vous avez l’âge que vous avez, heureusement sinon on vous cassait la gueule. Pour avoir photographié une petite fille appuyée sur une vitrine. Mais je vais vous dire que, surtout, je ne pense pas que l’on puisse gagner sa vie facilement avec la photographie, à moins de faire une chose très technique. Et encore, parce que c’est pas du tout amusant. Dans le temps on vous disait : on va faire un travail sur un vin, sur un… cognac, par exemple. Les campagnes… J’ai fait des couvertures de campagnes Cognac avec un centaure, très laid, il était blanc et laid et il fallait montrer ce cognac qui était vigoureux, qui était fort, alors je le noyais dans les flammes. Je le faisais ici, dans cette pièce, je faisais des flammes, je faisais… On faisait des choses marrantes. Mais maintenant, ce ne serait plus ça, ce serait des dessins, ce serait des… Ou alors des choses où le graphiste qui vous passait la commande vous disait : alors voilà, il faut que la bouteille soit de telle grandeur, il faut mettre encore un écriteau là, alors vous mettrez comme ça l’écriture là… On vous fait tout, et il faut suivre une maquette, ce qui est difficile et pas amusant.
Ça c’était le bon vieux temps où on inventait des trucs… Par exemple, j’avais un client pour l’Allemagne, il me demandait des services de table, les assiettes et tous les couverts, de faire des belles photos avec ça. Résultat, il ne reprenait pas les couverts et les serviettes, j’en ai encore à la campagne, des services complets.
Il y avait des choses comme ça. J’ai eu à un moment des couches pour bébé. J’en avais une tonne, le client m’avait envoyé les couches pour les photos. J’ai fait beaucoup de photos de bébés. Parce qu’il faut vendre les produits de bébé. Ça c’était bien.
C’était bien, je sautais du vieillard au bébé, de l’usine à un pays. Enfin…

L. : Ça vous amusait, la diversité.

S. W. : Oui. Oui, heureusement. Pour ceux qui veulent faire de la photo, oui, faites de la photo. Je ne sais pas, avec le numérique actuel, qu’est-ce qui restera. Parce que bon, vous garderez vos cartes mémoire, vos trucs, mais certains, on va vous voler votre appareil, donc vous n’aurez plus la carte mémoire. Il y a beaucoup de choses qui vont se passer.
Je ne crois pas qu’on… Les gens qui font une centaine de photos dans un petit voyage, combien vont rester dans la mémoire ? Et même visuellement.
Parce que rouvrir pour chercher dans des vieilles plaques ou des vieilles mémoires, ça doit être ennuyeux à la longue. Il faut dire : c’était avant ça, c’était après ça. Enfin, j’imagine, on navigue dans ses archives, ce qu’on ne faisait pas avant. Toutes les photos, on les avait en planches contact, en petit pour choisir.

L. : Et aujourd’hui, je pense, on en parlait dans les épisodes précédents, notamment avec Jean-Christophe Béchet, c’est important de faire des tirages de ses photos, d’avoir quelque chose de physique, c’est un peu ça que vous dites. C’est qu’à l’ère du numérique, au final…

S. W. : Oui. Alors maintenant qu’est-ce qu’on fait en photo ? Enfin, moi, ce que je fais, j’ai des tirages numériques ordinaires, c’est sur papier ordinaire. C’est le souvenir momentané. Plus tard, est-ce que ça se conservera bien ? On ne sait pas.

L. : Merci beaucoup de nous avoir reçus.

T. : Merci Sabine.

L. : C’était très intéressant. Si vous avez aimé cette vidéo, pensez à mettre un pouce bleu et à la partager, c’est important pour qu’il y ait d’autres personnes qui la voie et soutenir ce format. Et puis si vous ne voulez pas rater les prochaines, n’oubliez pas de vous abonner à la chaîne.

S. W. : Et vous, n’oubliez pas de parler distinctement. Parce que je trouve que, on entend souvent, par exemple à la télévision, des gens et ils parlent distinctement, mais la chose la plus… le mot le plus important qui est en fin de phrase le plus souvent, il est escamoté. Moi qui suis vieille et qui entends moins bien qu’avant – quoique j’entends, je vous ai entendus –, eh bien, je remarque qu’il faudrait leur dire : attention à la diction.

L. : OK, on fera attention, alors.

S. W. : Voilà. Conseil du photographe.

L. : Merci beaucoup

 

Le site de Sabine : https://sabineweissphotographe.com/

Ses livres : https://bit.ly/397fwF3

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