Aberration chromatique : troncs d'arbres en forêt sous un ciel clair, montrant des défauts optiques de couleur.

Vous venez de rentrer d’une session photo dont vous êtes plutôt fier, vous ouvrez vos fichiers sur l’ordinateur, vous zoomez à 100%… et là, mauvaise surprise : des franges violettes ou vertes bordent les contours de vos sujets. Non non, ne pensez pas tout de suite à faire un retour SAV de votre objectif ! Bienvenue dans le monde des aberrations chromatiques 🙂

C’est un phénomène que tous les photographes finissent par rencontrer, que ce soit en photo de paysage, en portrait à grande ouverture ou en architecture. La bonne nouvelle, c’est qu’une fois qu’on a compris d’où ça vient, on peut facilement limiter le problème à la prise de vue et corriger le reste en post-traitement.

Dans cet article, je vais vous expliquer ce qu’est une aberration chromatique, pourquoi elle se forme, comment la réduire sur le terrain, et comment la supprimer dans Lightroom. Et on terminera par les questions les plus fréquentes, notamment pour ceux qui se demandent ce que vient faire l’aberration chromatique dans les jeux vidéo (spoiler : c’est un tout autre sujet, mais on en parle quand même).

Qu’est-ce qu’une aberration chromatique ?

La définition simple

Une aberration chromatique, c’est un défaut optique qui se traduit par l’apparition de franges colorées sur les bords des objets dans une photo. Ces franges sont souvent violettes, magenta, vertes, ou parfois rouge-cyan. On les repère surtout dans les zones à fort contraste (un toit sombre devant un ciel clair, des branches d’arbre sur fond blanc, etc.).

Exemple d'aberration chromatique : comparaison d'une forêt, avec zoom montrant les défauts optiques.
J’ai fouillé pour vous ma bibliothèque 🙂
Les franges violettes/bleues le long des troncs sont des aberrations chromatiques

Attention à ne pas confondre aberration chromatique et diffraction. La diffraction est un autre phénomène optique qui se produit quand on ferme trop le diaphragme (f/16, f/22 et au-delà) : la lumière est déviée en passant par une ouverture très étroite, ce qui provoque une perte de netteté globale sur l’image. L’aberration chromatique, elle, est causée par la dispersion du verre dans les lentilles de l’objectif, et elle est au contraire plus visible à grande ouverture. Ce sont deux défauts distincts, même si on les confond souvent.

Le terme “aberration” n’a rien de dramatique ni de péjoratif : en optique, ça désigne simplement un écart par rapport au comportement idéal d’un objectif. Et “chromatique” fait référence aux couleurs (du grec “chroma”).

D’où vient le phénomène ?

Pour comprendre, il faut revenir à un principe d’optique que vous avez probablement croisé au collège : le prisme. Quand la lumière blanche traverse un prisme en verre, elle se décompose en un arc-en-ciel. Chaque couleur (chaque longueur d’onde) est déviée d’un angle légèrement différent.

Les lentilles de votre objectif photo fonctionnent de la même manière. L’objectif doit faire converger tous les rayons lumineux d’un point de la scène vers un point précis sur le capteur. Le problème, c’est que l’indice de réfraction du verre varie selon la longueur d’onde de la lumière. Le rouge, le vert et le bleu ne convergent donc pas exactement au même endroit sur le capteur.

Schéma aberration chromatique: dispersion lumière blanche à travers lentille, foyers rouge, vert, bleu. Illustration dispersions-lentille.png
Schéma optique montrant la dispersion des couleurs à travers une lentille – rouge, vert, bleu focalisés à des distances différentes

Résultat : au lieu d’obtenir un point net et bien défini, on se retrouve avec un point légèrement flou bordé de franges colorées. C’est ça, l’aberration chromatique.

Les deux types d’aberration chromatique

Il existe deux types d’aberrations chromatiques. Il est utile de les connaître non pas pour frimer à un dîner, mais parce qu’elles ne se corrigent pas de la même façon.

L’aberration chromatique longitudinale (ou axiale)

Elle se produit quand les différentes couleurs focalisent à des distances différentes le long de l’axe optique (en avant ou en arrière du capteur). Elle se manifeste par un halo coloré autour des objets, visible partout dans l’image, y compris au centre. On la repère beaucoup à grande ouverture (f/1.4, f/1.8, f/2). Dans les zones de flou devant le plan de mise au point, les franges tirent vers le violet/magenta ; derrière, elles tirent vers le vert.

Bijou de filigrane argenté complexe. Pendentif détaillé avec des ornements délicats. Aberration chromatique.
Ici à 50mm f/1.8 voit bien les franges violettes dans le flou avant et les franges vertes dans le flou d’arrière plan © Colin – CC BY-SA 3.0

La bonne nouvelle : fermer le diaphragme la réduit significativement. La moins bonne : elle ne se corrige pas automatiquement par les profils d’objectif dans Lightroom (contrairement à l’autre type).

L’aberration chromatique latérale (ou transversale)

Elle se produit quand les différentes couleurs sont focalisées à des positions légèrement décalées sur le capteur, perpendiculairement à l’axe optique. Elle est surtout visible sur les bords et les coins de l’image, et se manifeste par des franges bleu-jaune ou rouge-cyan le long des contours contrastés. C’est le type d’aberration chromatique je vous ai montré dans les feuillages en début d’article 🙂

Comparaison d'aberration chromatique : Bâtiment avec et sans défauts d'objectif. Analyse de la qualité d'image.
Ici la photo du bas montre une optique entrée de gamme, avec des aberrations chromatiques latérales
© Stan Zurek – CC BY-SA 3.0

Contrairement à l’aberration longitudinale, fermer le diaphragme ne change rien. Par contre, elle se corrige très bien en post-traitement, car elle est prévisible et constante pour un objectif donné.

Comment éviter l’aberration chromatique à la prise de vue

Avant même de penser au post-traitement, plusieurs bonnes pratiques permettent de limiter les aberrations chromatiques dès la prise de vue.

Utilisez un objectif de qualité

C’est le facteur principal. Les objectifs haut de gamme intègrent des lentilles en verre à faible dispersion (identifiées par les sigles ED chez Nikon et Fujifilm, UD/Super UD chez Canon, ED/Super ED chez Sony et Olympus). Ces verres spéciaux réduisent l’écart de réfraction entre les différentes longueurs d’onde.

Les objectifs dits “apochromatiques” (souvent signalés par un “APO” dans le nom) vont encore plus loin : ils corrigent l’aberration pour trois longueurs d’onde au lieu de deux. Le résultat est une image nettement plus propre sur les bords.

Attention, cela ne veut pas dire que les objectifs d’entrée de gamme sont inutilisables. Ils sont juste plus sensibles au phénomène, et il faut en tenir compte au moment de la prise de vue.

Fermez le diaphragme

Réduire l’ouverture (passer de f/1.8 à f/4 ou f/5.6 par exemple) diminue la quantité de rayons marginaux qui traversent les bords de la lentille, là où la dispersion est la plus forte. L’aberration chromatique longitudinale est directement réduite.

C’est un compromis, évidemment : fermer le diaphragme implique une profondeur de champ plus grande et une vitesse d’obturation plus lente (ou un ISO plus élevé). Mais si vous photographiez un paysage sur trépied et que la netteté est votre priorité, passer à f/8 ne vous coûte rien et vous évitera pas mal de franges colorées.

Petit rappel : ne descendez pas non plus en dessous de f/16 sur la plupart des objectifs, car la diffraction commence à dégrader la netteté globale de l’image.

Évitez les situations de contraste extrême

Les aberrations chromatiques sont d’autant plus visibles que le contraste est fort. Les cas classiques : des branches d’arbre découpées sur un ciel blanc, un toit sombre contre un ciel lumineux, des fils électriques en contre-jour, des structures métalliques en plein soleil.

Quand c’est possible, essayez de composer autrement ou d’attendre un moment où le contraste est moins brutal (lumière dorée plutôt que plein midi, par exemple). Ce n’est pas toujours faisable, bien sûr, mais c’est bon à garder en tête.

Centrez votre sujet (quand c’est pertinent)

L’aberration chromatique latérale est plus prononcée sur les bords de l’image. Si votre sujet principal est centré, il sera moins affecté. Je ne vous dis pas de jeter la règle des tiers à la poubelle, mais dans les cas où les franges colorées sont un vrai problème, recadrer pour centrer le sujet peut aider.

Évitez les extrémités de focale sur les zooms

Les objectifs zoom sont généralement plus sujets aux aberrations chromatiques à leurs focales extrêmes (le plus grand angle et le plus long téléobjectif). Si vous utilisez un 18-55 mm par exemple, les franges colorées seront souvent plus présentes à 18 mm et à 55 mm qu’à 35 mm. Se positionner à une focale intermédiaire peut réduire le phénomène.

Photographiez en RAW

Photographier en RAW ne va pas empêcher les aberrations chromatiques de se former. Mais ça vous donne beaucoup plus de marge pour les corriger ensuite dans Lightroom ou un autre logiciel de développement. Un fichier JPG a déjà subi une compression et une partie des données a été perdue, ce qui rend la correction moins précise.

Si vous lisez ce blog, vous savez déjà que le RAW c’est la base pour avoir le maximum de flexibilité en post-traitement, mais c’est un bon rappel dans ce contexte ^^

Comment corriger l’aberration chromatique dans Lightroom

Malgré toutes les précautions à la prise de vue, il est quasi inévitable de se retrouver avec des aberrations chromatiques sur certaines photos. Heureusement, Lightroom gère ça très bien.

La correction automatique (un clic)

C’est la première chose à faire, et dans beaucoup de cas, c’est suffisant.

  1. Ouvrez votre photo dans le module Développement
  2. Descendez jusqu’au panneau “Corrections de l’objectif”
  3. Cochez la case “Supprimer l’aberration chromatique”
Capture d'écran du menu Supprimer l'aberration chromatique dans un logiciel de retouche photo, optimisé objectif.
Correction logicielle dans Lightroom Classic

Lightroom va automatiquement détecter et corriger les franges colorées les plus courantes, en particulier les aberrations chromatiques latérales.

Mon conseil : intégrez cette case dans vos presets d’importation. Créez un paramètre prédéfini qui coche “Supprimer l’aberration chromatique” et “Activer le profil de correction”, puis appliquez-le automatiquement à chaque importation. Vous n’aurez plus à y penser.

La correction manuelle (pour les cas récalcitrants)

Si la case automatique ne suffit pas (ce qui arrive surtout avec les aberrations longitudinales et les franges violettes/magenta), il faut passer en correction manuelle.

  1. Dans le même panneau, cliquez sur l’onglet “Manuel”
  2. Utilisez la pipette (sélecteur de franges) : cliquez directement sur une frange colorée visible dans l’image. Lightroom va ajuster automatiquement les curseurs
  3. Si le résultat n’est pas parfait, ajustez manuellement les curseurs “Valeur” et “Teinte” pour les franges violettes et vertes

Le curseur “Valeur” contrôle l’intensité de la suppression : plus vous le poussez, plus Lightroom désature la frange. Le curseur “Teinte” délimite la plage de couleurs ciblée.

Correction aberration chromatique: réglages manuels de l'objectif, suppression de la frange violette et verte.
Panneau Manuel avec les curseurs pour supprimer les franges

Pensez à zoomer à 100% pour bien voir les franges. Elles sont souvent invisibles en vue générale et ne deviennent apparentes qu’à fort grossissement.

Correction dans Photoshop

Photoshop propose aussi un outil de correction via le filtre “Correction de l’objectif” (menu Filtre > Correction de l’objectif). L’onglet Personnalisé contient des curseurs pour les franges chromatiques. L’approche est similaire à Lightroom, mais moins intuitive pour du traitement par lots.

Et dans d’autres logiciels ?

DxO PhotoLab est particulièrement efficace pour corriger les aberrations chromatiques, car il utilise des profils d’objectif très précis basés sur ses propres mesures en laboratoire. Capture One, Affinity Photo et Luminar proposent aussi des outils de correction dédiés.

Questions fréquentes sur les aberrations chromatiques

Est-ce que tous les objectifs produisent des aberrations chromatiques ?

Oui, tous les objectifs à lentilles en sont affectés à un degré ou un autre. La conception optique et les matériaux utilisés déterminent l’ampleur du phénomène, mais aucun objectif à lentilles n’en est totalement exempt.

Les systèmes optiques à miroir (comme les télescopes réflecteurs ou les objectifs catadioptriques type 500mm à miroir) ne produisent pas d’aberration chromatique, puisque la lumière est réfléchie et non réfractée. Mais ces optiques ont d’autres défauts (bokeh en anneau, poids, etc.).

Aberration chromatique dans les jeux vidéo : faut-il l’activer ou non ?

Si vous êtes arrivé sur cet article en cherchant “aberration chromatique activer ou non”, il y a de fortes chances que vous parliez de jeux vidéo et non de photographie. C’est normal : la requête est très recherchée par les gamers.

Dans les jeux vidéo, l’aberration chromatique est un effet de post-traitement volontairement ajouté par les développeurs pour simuler le rendu d’une vraie caméra. L’idée est de donner un aspect plus “cinématographique” à l’image, en reproduisant ce défaut optique qu’on retrouve dans les films.

Aberration chromatique : menu de jeu vidéo montrant options graphiques comme gamma et effets. Paramètres personnalisables.

En pratique, l’effet sépare légèrement les canaux rouge, vert et bleu sur les bords de l’écran, ce qui crée un léger flou coloré.

La plupart des joueurs préfèrent le désactiver, pour plusieurs raisons : ça réduit la netteté de l’image, ça peut provoquer des maux de tête ou des nausées chez certaines personnes (ça a été un vrai sujet lors de la sortie d’Assassin’s Creed Mirage en 2023, où l’option n’était même pas désactivable au lancement), et ça n’apporte pas grand chose au gameplay.

Mon conseil : désactivez-le, sauf si vous aimez l’effet esthétique dans un jeu spécifique (certains joueurs trouvent que ça colle bien à l’ambiance de Cyberpunk 2077, par exemple).

Est-ce que l’aberration chromatique est toujours un défaut ?

En photographie, dans la grande majorité des cas, oui, c’est un défaut qu’on cherche à éliminer. Mais certains photographes et vidéastes ajoutent volontairement de l’aberration chromatique en post-production pour obtenir un rendu rétro ou lo-fi. Dans Photoshop, on peut séparer les canaux RVB et les décaler légèrement pour créer cet effet. C’est un choix artistique, pas une erreur.

L’aberration chromatique est-elle visible sur les réseaux sociaux ?

Souvent, non. Quand une image est redimensionnée pour Instagram ou Facebook (rarement plus de 1080 à 2000 px de large), les franges colorées deviennent quasiment invisibles. Elles ne posent réellement problème que pour les tirages grand format ou les visualisations à 100% sur écran.

Ça ne veut pas dire qu’il faut ignorer le problème : si vous imprimez vos photos, si vous livrez des fichiers haute résolution à des clients, ou simplement si vous êtes exigeant sur la qualité de vos images, la correction reste nécessaire.

Mon smartphone produit-il des aberrations chromatiques ?

Oui, les objectifs de smartphone ne sont pas épargnés. Les capteurs récents d’iPhone et de téléphones Android haut de gamme appliquent un traitement logiciel automatique qui corrige la plupart des défauts optiques (aberrations chromatiques, distorsion, vignettage) directement au moment de la prise de vue. Vous ne les verrez donc presque jamais sur vos photos finales, mais elles existent bien optiquement.

Quelle est la différence entre aberration chromatique et vignettage ?

Le vignettage est l’assombrissement des coins de l’image. L’aberration chromatique est l’apparition de franges colorées sur les bords des objets. Ce sont deux défauts optiques différents, même s’ils se manifestent souvent sur les mêmes types d’objectifs (grands-angles, objectifs d’entrée de gamme) et se corrigent dans le même panneau de Lightroom.

Achromatique, apochromatique, superachromatique : c’est quoi la différence ?

Ces termes désignent le degré de correction de l’aberration chromatique dans la conception d’un objectif :

  • Achromatique : l’objectif utilise un doublet de lentilles (deux verres de types différents collés ensemble) pour corriger l’aberration sur deux longueurs d’onde (généralement le rouge et le bleu). C’est le standard pour les objectifs photo courants.
  • Apochromatique (APO) : la correction est étendue à trois longueurs d’onde (rouge, vert, bleu). Les objectifs portant la mention “APO” offrent une bien meilleure maîtrise des franges colorées. On retrouve ce terme chez Sigma (gamme Art), Leica, ou encore en astronomie.
  • Superachromatique : correction sur quatre longueurs d’onde. C’est réservé aux applications scientifiques et astronomiques haut de gamme, pas à la photographie courante.

Conclusion

L’aberration chromatique est un phénomène optique banal que tous les photographes rencontrent tôt ou tard. Ce n’est pas un drame ! Les logiciels de développement modernes la corrigent en un clic dans la plupart des cas.

L’essentiel, c’est de connaître les facteurs qui la favorisent (grande ouverture, fort contraste, bords de l’image, objectifs d’entrée de gamme, extrémités de focale des zooms) pour la limiter dès la prise de vue, et de savoir utiliser les outils de correction de Lightroom pour traiter ce qui reste.

Si vous photographiez en RAW et que vous cochez la case “Supprimer l’aberration chromatique” dans vos presets d’importation Lightroom, vous aurez déjà résolu 90% du problème sans y penser.

N’hésitez pas à poser vos questions ou partager vos retours d’expérience en commentaire !

Clément Belleudy
Je connais Laurent depuis le tout début d’Apprendre.Photo. Depuis 2020, je lui prête main forte sur la création de contenu, et comme apprendre est plus efficace en s’amusant, j’ai à cœur de créer des contenus pédagogiques et plaisants à lire, sans jamais trop se prendre au sérieux !
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