Photographie culinaire moody de pancakes aux fruits rouges et mûres. Guide pour sublimer vos plats.

Vous venez de passer deux heures à préparer un beau plat, vous dégainez votre téléphone, vous prenez la photo… et le résultat ressemble à une bouillie marron qui ne donne envie à personne. Et pourtant le plat est délicieux (on vous croit 🙂 ). Ne vous mettez pas la pression, on est tous passés par là.

La photo culinaire est un exercice ingrat au premier abord : contrairement à un coucher de soleil ou un portrait, un plat ne se photographie pas “naturellement”. Il faut comprendre quelques principes de lumière, de composition et de mise en scène pour que le résultat donne réellement envie de manger ce qu’on voit. Je dirais même, donne envie de croquer dans votre photo, si vous avez bien fait le boulot 😉

La bonne nouvelle, c’est que ces principes ne sont pas compliqués. Pas besoin d’un studio professionnel, ni de flashs à 3000€ pour faire des photos culinaires réussies. Dans cet article, je vous détaille tout ce qu’il faut savoir pour progresser en photo culinaire, de la théorie aux réglages en passant par la retouche (sachant que je progresse encore, mais ces astuces m’auraient aidé en tant que débutant). Voyons ça en détail.

Qu’est-ce que la photo culinaire ?

La photo culinaire consiste à photographier des aliments, des plats ou des boissons de manière à les rendre visuellement appétissants. C’est une branche de la photographie de nature morte (ou “still life”), avec ses propres codes et ses propres contraintes.

Ce qui distingue la photo culinaire des autres genres photo, c’est que votre sujet ne bouge pas (en principe 🙂 ), que vous pouvez prendre tout le temps nécessaire pour composer votre image, mais qu’en contrepartie, vous devez tout créer de A à Z : la lumière, le décor, la mise en scène, le dressage du plat.

Qui pratique la photo culinaire ?

On peut distinguer grosso modo trois profils assez différents.

Le premier, c’est le photographe culinaire professionnel, qui travaille pour des restaurants, des marques alimentaires, des éditeurs de livres de cuisine ou des agences de publicité. Ce métier demande une maîtrise technique pointue et un investissement matériel conséquent. Un photographe restaurant facture en moyenne entre 400 et 1200 euros la journée, ce qui donne une idée du niveau de prestation attendu.

Studio professionnel de photographie culinaire avec table de prise de vue, fond blanc et bouteilles colorées
Rassurez-vous, pas besoin de tout ça pour commencer (©Emile Mbunzama)

Le deuxième profil, c’est le blogueur ou créateur de contenu culinaire, qui photographie ses recettes pour son blog, son compte Instagram ou sa chaîne YouTube. Le niveau d’exigence est élevé (les standards visuels sur les réseaux sociaux ont explosé ces dernières années), mais le matériel peut rester modeste. Cela dit, ce type de compte produit plus souvent du contenu vidéo que photo, mais cela nécessite quand même des notions d’éclairages pour mettre en valeur les recettes 😉

Le troisième profil, c’est le photographe amateur qui s’intéresse au sujet par curiosité ou pour varier sa pratique (nous !). Si vous lisez ce blog, il y a des chances que vous soyez dans cette catégorie. Et c’est un excellent exercice, parce que la photo culinaire vous oblige à travailler la lumière, la composition et le stylisme en conditions contrôlées – des compétences qui vous serviront encore dans tous les autres genres photo.

La lumière en photo culinaire

C’est LE sujet central. Vous pouvez avoir le plus beau plat du monde, le meilleur appareil photo du marché et une composition parfaite : si la lumière est mauvaise, votre photo sera ratée. En photo culinaire, la lumière fait 80% du travail. Gardez-bien ça en tête.

Lumière naturelle : votre meilleure alliée

La lumière naturelle reste la source d’éclairage la plus utilisée en photo culinaire, y compris par des professionnels. Elle est gratuite, disponible partout (enfin, quand il fait jour), et elle produit un rendu naturel que l’éclairage artificiel a du mal à reproduire. Si vous débutez en photo culinaire, je vous conseille vivement de faire vos premières armes en lumière naturelle. En plus du budget nul en accessoires, vous n’aurez pas de setup lumière à mettre en place, ce qui risquerait de vous décourager.

La technique de base est simple : placez votre scène à moins d’un mètre d’une fenêtre, avec la lumière qui arrive sur le côté ou par l’arrière du plat. Évitez la lumière de face (c’est-à-dire la lumière qui vient de derrière vous), qui aplatit les textures et donne un rendu “flash frontal” très peu flatteur.

Schéma d'un setup de photo culinaire avec lumière naturelle entrante par une fenêtre latérale
La fenêtre – le plat – vous : bon setup pour commencer

Un ciel légèrement couvert est idéal : les nuages jouent le rôle d’un gigantesque diffuseur naturel, adoucissant la lumière et réduisant les ombres dures. Si le soleil tape directement par la fenêtre, accrochez un rideau blanc fin ou un drap devant la vitre pour diffuser la lumière.

Evidemment, vous avez le droit de jouer avec de la lumière plus dure pour créer des tâches de lumière comme ci-dessus, mais ça demande plus de soin (attention à ne pas cramer les zones éclairées) 🙂

Plat photographié avec une lumière dure créant des taches de lumière marquées

Mon conseil : si vous débutez, photographiez toujours à la même heure et près de la même fenêtre. Vous apprendrez plus vite en gardant un paramètre constant.

Contrôler la lumière avec des réflecteurs

Un problème fréquent en lumière latérale, c’est que le côté opposé à la fenêtre se retrouve dans l’ombre. C’est là que les réflecteurs entrent en jeu.

Pas besoin d’acheter du matériel cher : un simple carton plume blanc (disponible en papeterie pour quelques euros) placé en face de la fenêtre, du côté sombre du plat, suffit à renvoyer de la lumière et déboucher les ombres. C’est le premier accessoire à vous procurer, et probablement le plus utile par rapport à son coût.

À l’inverse, un carton plume noir placé du même côté empêchera la lumière de rebondir et creusera les ombres. C’est utile pour un rendu plus dramatique, plus “moody” – un style très populaire en photo culinaire artistique.

Photo culinaire au rendu moody sombre avec éclairage dramatique sur fond noir
Rendu “moody”, souvent associé à la haute gastronomie (©Jojo yuen)

Lumière artificielle : quand la fenêtre ne suffit plus

La lumière naturelle a un gros défaut : elle n’est pas disponible 24h/24 et elle change en permanence. Si vous photographiez en soirée, dans une cuisine mal exposée, ou si vous avez besoin d’un éclairage constant et reproductible pour avoir une cohérence globale, il faudra passer à l’artificiel.

Mais pour débuter, je me répète, commencez en lumière naturelle, ce sera plus facile et plus amusant (parce que le but est de se faire plaisir en photographiant, ne l’oublions pas).

Deux options principales s’offrent à vous :

  • Les panneaux LED continus, qui émettent une lumière constante. Leur avantage majeur : vous voyez en temps réel l’effet de la lumière sur votre scène. Un panneau LED bi-couleur type Neewer 660 ou Godox SL60W constitue un bon point de départ pour un budget entre 70 et 150 euros.
  • Les flashs de studio (cobra ou de studio), qui émettent un éclair bref au moment du déclenchement. Ils offrent plus de puissance et permettent de figer des mouvements (miel qui coule, sucre glace qui tombe), mais la courbe d’apprentissage est plus raide puisque vous ne voyez pas le rendu avant de déclencher (sauf pour ceux qui sont munis d’une lampe pilote).

Dans les deux cas, l’éclairage doit être diffusé à travers une softbox (boîte à lumière) pour obtenir un rendu doux. Un éclairage direct et non diffusé produit des ombres dures et des reflets disgracieux sur les aliments qui ne feront pas envie du tout.

Si vous voulez creuser le sujet, consultez notre guide pratique du flash.

Les angles de prise de vue en photo culinaire

Le choix de l’angle de prise de vue change radicalement le rendu d’une photo culinaire. Il n’y a pas d’angle universel : chaque plat se prête mieux à certaines perspectives qu’à d’autres.

La vue à 45 degrés

C’est l’angle le plus naturel, celui qui correspond à peu près à la façon dont on regarde une assiette posée devant soi quand on est assis à table. Il fonctionne avec la grande majorité des plats et constitue un bon point de départ si vous ne savez pas quel angle choisir.

Plat photographié à 45 degrés avec mise au point nette sur de la roquette
Cet angle fonctionne assez souvent, notez ici la mise au point sur la roquette, ma foi très appétissante (© Tuqa Nabi)

Cet angle est particulièrement efficace pour les plats qui ont de la hauteur : burgers, gâteaux à étages, bols garnis. Il permet de montrer à la fois le dessus et le côté du plat.

La plongée totale (flat lay / top shot)

L’appareil est positionné directement au-dessus de la scène, perpendiculairement à la table. C’est l’angle emblématique d’Instagram et des blogs de cuisine. Il est parfait pour les compositions à plat : pizzas, salades, tartes, planches de charcuterie, ingrédients bruts, ou tout plat dont l’intérêt visuel se concentre sur la surface, moins sur le volume.

Photo culinaire en plongée totale (flat lay) vue de dessus
© Oliver Sjoberg

Pour un flat lay réussi, un trépied est quasi indispensable. Cela dit, si vous vous tenez debout sur une chaise en tenant l’appareil à bout de bras, c’est possible, mais plus sportif et moins confortable pour faire plusieurs essais à cadrage constant (sans parler du risque de chute dans le plat, ce qui serait dommage pour le plat et pour l’appareil 🙂 )

La vue de face (angle 0 degré)

L’appareil est au même niveau que le plat. Cet angle met en valeur les couches et la hauteur : il est idéal pour les boissons dans des verres, les pièces montées, les burgers empilés, les pancakes bien sûr, ou les desserts servis dans des verrines. Dès qu’il y a à voir sur l’épaisseur du plat, c’est une vue qui peut bien fonctionner.

Goûter photographié de face en angle 0 degré mettant en valeur la hauteur
Le goûter est servi !! ©Hussein Lazim

Comment choisir le bon angle ?

La règle générale : si votre plat a de la hauteur, un angle bas (face ou 45 degrés) le mettra mieux en valeur. Si l’intérêt est sur la surface (garnitures, composition géométrique), la plongée sera plus adaptée. Et dans le doute, testez les trois : en photo culinaire, le sujet ne s’enfuit pas, vous avez le temps d’expérimenter. Pour vous aider, demandez-vous : “qu’est ce qui me donne envie de croquer dans ce plat”, et vous aurez un indice sur la zone à mettre en valeur. Par exemple, pour ce burger, ça peut être le croustillant du poulet pané, alors montrez-le !

Burger au poulet pané photographié pour mettre en valeur le croustillant
© Amin Ramezani

Composition et mise en scène

La règle des tiers

Si vous lisez ce blog, vous connaissez déjà la règle des tiers. Elle s’applique exactement de la même manière en photo culinaire : placez votre plat principal sur un des points d’intersection de la grille plutôt qu’au centre du cadre. Ça fonctionne dans la grande majorité des cas, comme point de départ, mais évidemment ce n’est pas une règle rigide dictée par le président mondial de la photographie 🙂

Le stylisme culinaire

Le stylisme culinaire, c’est l’art de dresser et de mettre en scène votre plat pour la photo. C’est une discipline à part entière, et les photographes culinaires professionnels travaillent souvent avec un styliste culinaire dédié. Si vous voulez, c’est un directeur artistique pour des photos culinaires 🙂

Pour nous amateurs, voici les principes de base qui font la différence :

  • Soignez le dressage. Un plat bien dressé est déjà à moitié photographié. Prenez le temps de disposer les éléments avec soin. Un coup de pinceau d’huile d’olive sur un plat rôti, quelques herbes fraîches déposées au dernier moment, une sauce versée avec précision – ces détails comptent énormément.
  • Ajoutez du contexte. Un plat seul au milieu d’une table vide, c’est triste. Ajoutez des éléments qui racontent une histoire : les ingrédients bruts qui ont servi à la recette, des ustensiles de cuisine, une serviette en lin, un verre de vin. Attention cependant à ne pas surcharger la scène : chaque élément doit avoir sa raison d’être dans le cadre. Je suis sûr que vous avez déjà vu ce type de photo dans vos livres de recettes.
Plat mis en scène avec ingrédients disposés dans des petites coupelles autour
Le contexte : par exemple quelques ingrédients dans des petits coupelles autour du plat (©Ikhsan Baihaqi)
  • Pensez aux couleurs complémentaires. Les couleurs chaudes des plats (orange, rouge, brun) sont naturellement mises en valeur par des fonds aux tons froids (bois gris, ardoise, bleu). Inversement, les plats verts (salades, légumes) ressortent bien sur des fonds chauds. Justement, parlons un peu plus longuement des fonds, car c’est important dans le rendu final.
Composition culinaire jouant sur les couleurs complémentaires entre le fond et le plat
Les couleurs complémentaires entre le fond et le plat pour mettre ce dernier en valeur (©Margaret Jaszowska)
  • Enfin, n’ayez pas peur de remplir votre cadre ! Vous avez le droit de couper le plat (ou le gâteau, comme ci-dessous) pour mettre en valeur un détail, ça rendra votre image plus immersive et donc potentiellement plus appétissante 🙂
Gros plan immersif sur un gâteau coupé accompagné d'un café
Hmm avec un petit café ? ©Adam Bartoszewicz

Le choix des fonds

Le fond est un élément central de la composition. Les plus utilisés en photo culinaire sont les planches en bois (naturel ou patiné), le marbre, l’ardoise, le béton ciré, et les nappes ou torchons en lin.

Vous n’avez pas besoin d’acheter une vraie plaque de marbre : des fonds photo en vinyle ou en PVC imitant ces matières sont disponibles pour une vingtaine d’euros et produisent un résultat très convaincant en photo.

Maintenant que vous avez les bases sur la composition, le point de vue, la mise en scène du plat, parlons matos !

Quel matériel pour la photo culinaire ?

L’appareil photo

Commençons par la question qui fâche : peut-on faire de la photo culinaire avec un smartphone ? Oui, clairement, surtout pour un usage personnel ou sur les réseaux sociaux. Les smartphones récents produisent des images tout à fait correctes en bonne lumière.

Mais si vous voulez aller plus loin, un appareil photo à objectifs interchangeables (hybride ou reflex) offre un contrôle et une qualité d’image nettement supérieurs. La différence se voit surtout dans la gestion du flou d’arrière-plan (bokeh), la gestion des basses lumières, et la richesse des détails.

Pour débuter, un boîtier d’entrée ou de milieu de gamme fait largement l’affaire. Aucun besoin d’un autofocus ultra-rapide ni d’une rafale à 20 images par seconde : votre sujet ne bouge pas. Investissez plutôt dans un bon objectif, c’est lui qui va définir la qualité d’image finale.

Si vous ne savez pas par où commencer, jetez un oeil à notre comparatif des meilleurs appareils photo.

Quelle focale pour la photo culinaire ?

C’est une des questions les plus fréquentes, et la réponse est assez simple. Les focales les plus utilisées en photo culinaire sont les suivantes (en équivalent plein format – n’oubliez pas d’appliquer le facteur de recadrage si vous êtes en APS-C ou micro 4/3) :

  • Le 50 mm est le point de départ idéal. Il offre une perspective proche de la vision humaine, un très bon rapport qualité-prix, et une grande ouverture (f/1.8 en général) qui permet de jolis flous d’arrière-plan. C’est l’objectif préféré de la majorité des photographes culinaires pour les scènes d’ensemble et les compositions de table. De plus, c’est une focale fixe assez polyvalent pour d’autres usages (portraits, etc)
Objectif Canon RF 50mm f/1.8 STM, idéal pour la photographie culinaire
CANON RF 50mm f/1.8 STM
  • Le 85-100 mm est considéré par beaucoup de professionnels comme la focale idéale pour la photo culinaire. Il comprime légèrement les plans. Plus exactement, vous êtes obligé de vous éloigner du sujet, ce qui diminue l’effet de perspective. Ainsi, les éléments semblent plus proches les uns des autres, ce qui donne un rendu plus “gourmand”). Vous éliminez la distorsion des lignes que peut produire un 50 mm en se rapprochant du sujet. Un 100 mm macro est un excellent choix si vous voulez aussi capturer des gros plans de textures.

Le 35 mm est utile pour les scènes larges et les flat lays vus de haut, mais il produit de la distorsion sur les bords qui peut être gênante sur certaines compositions.

Mon conseil si vous ne devez acheter qu’un seul objectif : prenez un 50 mm f/1.8. Il est abordable (entre 100 et 200 euros selon les marques), polyvalent, et vous servira dans plein d’autres contextes photo.

Pour mieux comprendre l’impact de la focale sur le rendu, consultez notre article sur la longueur focale 🙂

Le trépied

Pas obligatoire (surtout depuis que les stabilisations capteur/objectif sont devenues très performantes) mais très fortement recommandé 🙂

Le trépied vous permet de stabiliser votre appareil (et donc de shooter à des sensibilités ISO basses pour une qualité d’image optimale), de composer votre cadrage avec précision, et surtout de libérer vos mains pour ajuster la scène sans avoir à recadrer à chaque fois. Travailler confortablement, ça vous libère de l’énergie mentale pour gérer d’autres aspects de la prise de vue !

Pour les prises de vue en plongée (flat lay), un trépied avec une colonne centrale orientable ou un bras déporté est particulièrement pratique.

Trépied photo professionnel Fotopro pour photographie culinaire, stable et flexible. Guide pour sublimer vos plats.

Pour vous aider dans votre choix, consultez notre guide pour choisir un trépied photo.

Les réglages de l’appareil pour la photo culinaire

Mode et ouverture

Travaillez en mode priorité ouverture (A ou Av) ou en mode manuel. L’ouverture est le réglage le plus important en photo culinaire parce qu’elle contrôle directement la profondeur de champ, c’est-à-dire la zone de netteté dans votre image.

Pour la photo culinaire, une ouverture entre f/2.8 et f/5.6 est le plus courant. À f/2.8, seule une fine tranche de votre plat sera nette, avec un beau flou en avant et en arrière-plan. C’est parfait pour isoler un détail ou créer une ambiance intimiste. À f/5.6 ou f/8, la profondeur de champ est plus grande, ce qui convient mieux quand vous voulez montrer l’ensemble d’une scène avec plusieurs éléments nets.

Sensibilité ISO

Gardez les ISO aussi bas que possible : 100 ou 200 idéalement. C’est un des avantages de la photo culinaire : votre sujet est immobile, vous pouvez donc utiliser une vitesse d’obturation lente (surtout avec un trépied) et n’avez pas besoin de monter en ISO.

Balance des blancs

La balance des blancs est souvent négligée est souvent négligée, mais elle a un impact majeur sur le rendu des couleurs en photo culinaire. Un plat avec une dominante bleutée ou une teinte trop jaune ne donnera pas envie de manger.

Si vous photographiez en RAW (et vous devriez), la balance des blancs peut être ajustée en post-traitement sans aucune perte de qualité. Petit conseil : laissez-la en automatique au moment de la prise de vue et affinez ensuite une fois sur l’ordinateur.

Photographier en RAW

J’insiste (lourdement) sur ce point : photographiez en RAW plutôt qu’en JPEG. Le format RAW conserve toutes les données du capteur et vous laisse une marge de manoeuvre bien plus grande en retouche, notamment sur la balance des blancs, l’exposition et les couleurs. C’est particulièrement important en photo culinaire, où la fidélité des couleurs et la qualité des dégradés sont essentielles. Directement lié à l’envie de croquer dans votre photo 😉

La retouche en photo culinaire

La retouche n’est pas optionnelle en photo culinaire. Même les photographes les plus expérimentés passent systématiquement par l’étape de post-traitement. Un fichier RAW non retouché est comme un plat non assaisonné : il manque quelque chose, et les invités le trouveront fade (ce n’est pas ce que vous voulez, n’est-ce pas ?)

Les ajustements de base

Dans Lightroom (ou tout autre logiciel de retouche photo), commencez par ces réglages :

La balance des blancs. Ajustez-la pour que les blancs soient neutres et que les couleurs des aliments correspondent à la réalité. Utilisez la pipette de balance des blancs sur un élément blanc de votre scène (une assiette, une serviette, mais méfiez vous des reflets) pour un point de départ fiable.

L’exposition. Corrigez si nécessaire, mais n’allez pas trop loin : une photo culinaire surexposée perd sa texture.

Le contraste et la clarté. Un léger ajout de clarté (+10 à +20) fait ressortir les textures des aliments, ce qui est exactement ce qu’on cherche.

La saturation et la vibrance. Augmentez légèrement la vibrance (pas la saturation) pour donner du punch aux couleurs les moins saturées sans les rendre artificielles. Les couleurs doivent rester crédibles : un steak rose fluo ne donnera envie à personne (enfin pas à un humain).

Les erreurs de retouche à éviter

Trop de saturation, c’est le piège classique. Les aliments deviennent fluo et perdent toute crédibilité. Même chose pour un contraste poussé trop loin, qui produit des ombres bouchées et des hautes lumières cramées. Ayez la main légère sur la saturation, et de manière générale préférez-lui a vibrance (qui agit sur les couleurs les moins saturées tout en préservant les tons chairs).

L’autre erreur fréquente, c’est d’appliquer un filtre ou un preset générique qui n’est pas adapté à la photo culinaire. Un preset “coucher de soleil” avec des oranges chauds peut fonctionner sur un paysage, mais il rendra votre laitue jaune. NE FAITES PAS ÇA PITIÉ 🙂

Si vous hésitez entre Lightroom et ses alternatives, consultez notre guide pour choisir un logiciel de retouche.

Photo culinaire artistique : aller plus loin

Une fois les bases maîtrisées, la photo culinaire ouvre des possibilités créatives très larges. Voici quelques pistes pour une photo culinaire originale.

Le clair-obscur

Inspiré de la peinture flamande, ce style utilise un fond noir et un éclairage latéral très directionnel pour créer un contraste dramatique entre la lumière et l’ombre. Les aliments sont mis en valeur sur fond sombre avec une lumière sculptant les textures. Le résultat est très pictural et se prête particulièrement bien aux produits bruts (fruits, légumes, fromages, viandes).

Photo culinaire en clair-obscur d'un produit brut inspirée de la peinture flamande
©Margaret Jaszowska

Les “action shots”

Il s’agit de photographier un mouvement : du chocolat qui coule, de la farine qui vole, du sucre glace qui tombe, une sauce versée sur un plat. Ce type de photo nécessite une vitesse d’obturation rapide (1/500s minimum) ou un flash pour figer le mouvement. Le résultat donne du dynamisme et de la vie à des sujets par nature statiques.

Action shot capturant un mouvement figé en photographie culinaire
©Osama Bgid

Le minimalisme

À l’opposé des scènes chargées, le minimalisme mise sur un fond épuré et un sujet isolé, avec beaucoup d’espace négatif autour. Ce style est efficace pour les produits uniques (une pâtisserie, un fruit, une boisson) et produit des images très graphiques.

Photo culinaire minimaliste avec sujet isolé sur fond épuré et beaucoup d'espace négatif
©Masood Aslami

FAQ sur la photographie culinaire

Après ce tour d’horizon du sujet, quelques questions qui reviennent souvent. En espérant qu’elles rendront l’article plus exhaustif !

Peut-on faire de bonnes photos culinaires avec un smartphone ?

Oui, pour un usage personnel ou réseaux sociaux. Les capteurs des smartphones récents gèrent correctement les conditions de bonne lumière. L’essentiel reste la lumière et la composition, pas l’appareil. Quelques conseils spécifiques au smartphone : nettoyez votre objectif (les objectifs de téléphone accumulent la graisse des doigts), évitez le zoom numérique, et utilisez le mode portrait si votre téléphone le propose pour isoler le plat de l’arrière-plan.

En revanche, dès que la lumière baisse ou que vous voulez un vrai contrôle sur la profondeur de champ, les limites du smartphone se font sentir rapidement.

Est-ce que la photo culinaire peut servir d’exercice pour progresser en photo ?

Oui ! C’est même un des meilleurs exercices qui soit. La photo culinaire vous oblige à travailler la lumière (vous devez la créer et la modeler vous-même), la composition (vous placez chaque élément de la scène), et la rigueur technique (exposition, profondeur de champ, balance des blancs). Toutes ces compétences sont directement transférables aux autres genres photo.

Comment devenir photographe culinaire professionnel ?

Le métier de photographe culinaire demande une combinaison de compétences techniques en photo, de sens artistique, et de connaissances en stylisme culinaire. Il n’y a pas de parcours unique : certains viennent de la photographie, d’autres de la cuisine ou de la pâtisserie. Le plus important est de constituer un portfolio solide et cohérent, qui montre votre style et votre capacité à mettre en valeur des aliments. Les réseaux sociaux (Instagram en particulier) sont aujourd’hui un canal incontournable pour se faire connaître et décrocher des collaborations. Petit conseil : pratiquez, pratiquez, pratiquez, et si ça vous plaît le reste suivra naturellement 😉

Comment photographier un plat au restaurant ?

C’est souvent dans un restaurant qu’on a envie de prendre une photo de son assiette, et c’est aussi la situation la plus difficile : lumière artificielle peu flatteuse, espace restreint, pas de trépied, que le téléphone sur soi, et un plat qui refroidit pendant qu’on cherche le bon angle ^^

Quelques astuces : installez-vous près d’une fenêtre si possible. Évitez le flash intégré du téléphone (il aplatit tout et crée des reflets). Augmentez légèrement l’exposition (+0,5 EV) pour compenser l’éclairage souvent tamisé des restaurants. Cadrez le plat en angle 45 degrés en vous rapprochant suffisamment pour que la table et le décor ne parasitent pas l’image. Utilisez le mode portrait pour reproduire un flou d’arrière plan. Et surtout, mangez votre plat avant qu’il ne soit froid – la photo ne remplace pas le goût 🙂

N’hésitez pas à poser vos questions en commentaire, et si vous testez ces conseils, partagez vos résultats 🙂

Clément Belleudy
Je connais Laurent depuis le tout début d’Apprendre.Photo. Depuis 2020, je lui prête main forte sur la création de contenu, et comme apprendre est plus efficace en s’amusant, j’ai à cœur de créer des contenus pédagogiques et plaisants à lire, sans jamais trop se prendre au sérieux !
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