Spirale de Phi

Si vous avez un peu exploré le blog et que vous vous intéressez à la composition de vos photos, vous avez forcément entendu parler de la règle des tiers. Et peut-être aussi du nombre d’or, qu’on présente souvent comme sa version améliorée. Je vais vous expliquer pourquoi c’est un mythe.

Mise à jour d’octobre 2026 : la première version de cet article date de 2010. J’y présentais le nombre d’or comme un principe de composition encore plus fort que la règle des tiers, à appliquer à vos cadrages et à vos recadrages. Je ne le pense plus du tout : je l’explique dans ma vidéo La secte de la règle des tiers, et j’ai réécrit l’article dans ce sens.

L’idée a tout pour séduire : une proportion « magique », qu’on retrouverait partout dans la nature et dans l’art, et qu’il suffirait d’appliquer à vos photos pour qu’elles deviennent harmonieuses.

Mais tout d’abord, un peu de maths et d’histoire (mais juste un peu)

Ah non, tu déconnes ? Je ne retourne pas sur les bancs de l’école moi !

Pas d’inquiétude, je ne ferai pas dans le compliqué 😀

Le nombre d’or, aussi connu sous le nom de Phi (rien à voir avec les insoumis :P), Proportion Divine, ou Ratio de Fibonacci est un peu comme π (pi) : c’est un nombre irrationnel (avec une infinité de décimales). Il vaut φ = (1 + √5) / 2, soit environ 1,618033989. On en tire un rectangle d’or (sa longueur fait 1,618 fois sa largeur), et une spirale d’or, que voici :

Spirale d'or, spirale de Fibonacci ou spirale de phi
Spirale d’or, spirale de Fibonacci ou spirale de phi
Grille de Phi, rectangle d'or photographie
Ça ressemble à la règle des tiers, ça a l’odeur de la règle des tiers… mais ce n’est pas la règle des tiers !

Beaucoup de légendes entourent ce nombre : on entend souvent dire qu’on le retrouve partout, dans la nature et dans l’art, que l’œil humain le trouve naturellement harmonieux, que les architectes de l’Antiquité s’en sont servis pour construire les pyramides ou le Parthénon, et de grands peintres comme Léonard de Vinci pour leurs tableaux. Bref, ce serait « le nombre du beau ».

Sauf qu’il n’y a aucune preuve de tout ça. Le Parthénon n’a pas été construit selon le nombre d’or : en choisissant bien les points du monument, et en traçant sur la photo des lignes assez épaisses (elles feraient 3 mètres d’épaisseur dans la réalité), on arrive à le faire rentrer aux forceps dans un rectangle d’or, mais ça s’arrête là. Les ingénieurs grecs étaient pourtant très précis : assez pour surélever certaines parties du monument de quelques centimètres et donner une impression de verticalité, par illusion d’optique. Difficile d’imaginer qu’ils auraient appliqué le nombre d’or « à peu près » s’ils avaient voulu s’en servir. Les pyramides, elles, n’ont strictement rien à voir avec lui.

Pour le corps humain, c’est la même chose. Si on choisit les points « importants » de façon arbitraire, qu’on prend le modèle qui nous arrange (on n’est pas tous proportionnés pareil) et qu’on trace des lignes assez épaisses, on finit par trouver quelque chose qui s’en rapproche. En y croyant très fort, on finit par le voir. Quant à la spirale du nautile, elle ne correspond pas à la « spirale d’or », contrairement à la légende. Le nombre d’or existe bien en mathématiques ; le mythe, c’est l’idée qu’il serait partout et qu’il ferait le beau.

spirale du nautile nombre d'or photographie
La spirale du nautile ne correspond pas au nombre d’or, contrairement à l’idée bien répandue. (Licence CC BY-SA Chris 73 sur Wikipédia)

Et en photo, ça sert à quelque chose ?

En photo, on vous propose de vous en servir comme de la règle des tiers. Au lieu de découper l’image en trois bandes égales, on prend une grille dont la bande du milieu est plus étroite (0,618 fois la largeur de ses voisines), et on place les éléments importants sur ses lignes ou à leurs intersections. Ou bien on pose la spirale d’or sur l’image, et on met le sujet en son centre.

Grille de Phi photo exemple
La grille de phi posée sur une de mes photos : le point d’intérêt tombe à peu près sur une intersection.

Et voici la spirale d’or posée sur un de mes portraits :

Spirale de Phi exemple portrait visage
L’œil est au centre de la spirale, et la courbe suit à peu près celle du visage. À condition de placer la spirale exactement où ça m’arrange 🙂

Dans la première version de cet article, je trouvais ça frappant. Aujourd’hui, j’y vois surtout le piège. Je n’avais évidemment pas pensé à la spirale ou au rectangle d’or à la prise de vue. C’est après coup qu’on pose la spirale sur l’image, et on choisit sa taille, son sens et sa position. Avec autant de liberté, on la fait coller « à peu près » à presque n’importe quelle photo. Et pourquoi l’œil, plutôt que la bouche ou le nez ? Mystère.

C’est le même problème qu’avec la règle des tiers. Pour peu qu’on soit un peu souple, ses lignes sont en réalité plutôt épaisses. Si vous y ajoutez la grille et la spirale du nombre d’or, ça commence à faire des lignes très épaisses, qui couvrent une bonne partie de l’image : on peut les appliquer à n’importe quelle photo. Et comme il y a presque toujours plusieurs éléments dans une image, il suffit de décréter après coup que celui qui tombe sur la ligne est le plus important.

Est-ce qu’au moins ces proportions plaisent davantage à l’œil ? Pour la règle des tiers, une étude publiée en 2014 a cherché un lien entre le respect de la règle et le fait de trouver une image belle, et n’en a trouvé aucun (Evaluating the rule of thirds in photographs and paintings, de Seyed Ali Amirshahi et ses collègues, dans la revue Art & Perception). Elle porte sur la règle des tiers, pas sur le nombre d’or. Mais si la règle des tiers ne rend pas les images plus belles, je ne vois pas pourquoi sa « version améliorée » le ferait. D’ailleurs, quand on regarde le travail des artistes photographes reconnus, on ne retrouve ni l’une ni l’autre (je vous montre des exemples dans la vidéo).

Vous vous souvenez peut-être que dans la vidéo de présentation de RawTherapee, j’ai évoqué les guides de type « manière harmonique » dans l’onglet « Recadrage » de ce logiciel. Et bien ces guides correspondent en fait aux quatre coins du rectangle central de cette grille de phi. Vous savez maintenant ce qu’ils valent 🙂

Alors, comment composer ?

La règle des tiers et le nombre d’or ont un avantage : ils sont faciles à retenir, et rassurants. Ils évitent de penser à quelque chose de plus complexe, comme l’équilibre des masses dans l’image, et d’accepter qu’on a encore beaucoup à apprendre. La composition fait partie du langage photographique, et il faut du temps et du travail pour commencer à le parler à peu près correctement.

Mon conseil : plutôt que de plaquer une grille sur vos photos, regardez le travail des grands photographes, dans des livres et des expositions, et pas seulement sur les réseaux sociaux. Vous verrez vite que la plupart de leurs images ne suivent ni la règle des tiers ni le nombre d’or, et qu’elles fonctionnent quand même.

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Photographe et formateur depuis 2010, j'ai créé Apprendre.Photo pour aider les débutants à progresser en photo. Ma méthode : des articles, vidéos et formations qui vont à l'essentiel, battent en brèche les idées reçues, le tout avec humour et personnalité. J'ai formé plus de 14 000 photographes via les formations disponibles sur Formations.Photo, publié deux livres aux éditions Eyrolles, et édité en français les masterclass de photographes mondialement reconnus comme Steve McCurry et Joel Meyerowitz. Mes domaines de prédilection : composition, exposition, lumière, post-traitement Lightroom, et surtout la pédagogie photo pour rendre la technique accessible.
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