Photographe ou Plasticienne ? – Louise Brunnodottir – La Photo Aujourd’hui #6

Louise Brunnodottir est photographe-plasticienne, et produit un travail sensible, personnel et unique. Avec Thomas Hammoudi, on a pu en parler avec elle, et voici le résultat 🙂


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Bonjour à tous, et bienvenue sur Apprendre la Photo. Aujourd’hui je suis à Rouen, avec Thomas, que je ne vous présente plus, c’est terminé, et avec Louise ; bonjour, Louise, merci de nous accueillir.

Louise : Bonjour. Je m’appelle Louise, j’ai 26 ans, j’habite à Rouen depuis cinq ans, et je fais de la photo. Depuis un moment, déjà. J’ai étudié les arts plastiques à Paris, et j’utilise la photo principalement dans mon travail, depuis un moment.

Thomas : Tu as commencé quand, la photographie ? C’est un truc que tu as commencé, genre, ado, comme tout le monde, et que tu as continué dans tes études après ?

Louise : J’ai pas vraiment de moment où j’ai commencé la photographie, j’ai toujours eu des appareils photo chez moi, c’est un truc que j’ai toujours connu.
Moi j’ai grandi dans les années 1990-2000 où il y avait des appareils photo facilement, c’est pas un truc qui était incroyablement rare.

Thomas : Des appareils argentiques, du coup ?

Louise : Oui et non. C’est-à-dire que le numérique est quand même apparu assez vite. Je crois que mon premier appareil photo c’était un Fisher-Price en plastique bleu, que tout le monde a un peu vu.

Thomas : Que tu utilises encore.

Louise : Non non, je ne sais pas où il est passé. Je suis d’une famille où on a pas mal voyagé, il y a beaucoup de voyageurs dans la famille, et donc une utilisation de la photo un petit peu amateur, mais quand même courante.
Donc je n’ai pas réellement de moment où j’ai commencé la photo.

Thomas : Il y a eu une bascule, peut-être, à un moment, où tu t’es dit : tiens, c’est peut-être plus que juste du souvenir et du voyage, et où tu as voulu plus creuser ça pour en faire une pratique artistique ?

Louise : Oui, mais je n’ai pas vraiment de moment charnière où c’est arrivé. C’est juste que j’ai commencé à en faire de plus en plus, et…

Laurent : Oui, c’est arrivé progressivement et finalement un peu naturellement.

Louise : Oui.

Le projet Rotamagus : l’idée

 

Thomas : Du coup, c’est un secret pour personne, j’ai vécu une dizaine d’années à Rouen et c’est comme ça que j’ai découvert le travail de Louise. Des photographes à Rouen, il y en a beaucoup, mais il y a un projet que tu as fait, qui s’appelle Rotomagus, et en fait, il m’avait plu parce que je trouvais que c’était un des projets photo qui avait réussi le mieux à capter l’esprit de la ville.

Alors, vous ne le savez peut-être pas pour ceux qui n’y ont jamais été, Rouen est une ville très médiévale, avec des rues pas droites, très anciennes, assez pluvieuses et sombres, etc., et c’est vraiment quelque chose qui se ressent dans ce travail-là, que tu as fait, Rotamagus. Et Laurent m’en a même offert un tirage pour mon trentième anniversaire, qui trône dans mon bureau – on n’est pas là par hasard.
Et j’aurais bien aimé que tu m’en parles un peu plus, de comment t’était venue l’idée, comment tu l’as fabriqué, et jusqu’à la fin, parce que je sais que tu as fait beaucoup de travail sur les tirages, tout ça. Donc, un peu raconter comment on en est arrivé à avoir ce projet-là dans mon bureau.

Louise : C’est vrai que je ne suis pas du tout rouennaise, je suis arrivée à Rouen un peu par hasard il y a cinq ans maintenant. Je ne connaissais pas du tout la ville, et j’ai eu un coup de cœur incroyable pour cet endroit, dont je ne suis jamais repartie. Vraiment, c’est une ville que je trouve magnifique, qui est médiévale, certes, mais qui est vraiment chargée d’histoire, c’est des couches superposées, on a 3 000 ans d’histoire sur un tout petit territoire.
Je suis arrivée à Rouen avec déjà une pratique de la photo, plutôt sur le paysage, et en fait, ce travail-là sur le paysage, l’environnement, s’est adapté à mon nouvel environnement qui était Rouen.

Quand je suis arrivée, j’avais un travail qui était déjà entamé sur le paysage, avec déjà – alors, je ne vais pas dire un travail abouti, mais un langage un peu affirmé quand même. J’avais trouvé mes paysages verticaux, enfin c’est quelque chose que j’ai fait pendant assez longtemps. C’est le dispositif que j’avais pour parler du paysage, pour parler de notre relation au paysage. Et quand je suis arrivée à Rouen, j’ai en fait, tout simplement, calqué ce dispositif-là, mais pour la ville. Donc ça s’est fait très doucement et avec une transition très très fluide.

C’est des photos, comme j’aurais pu faire une photo de paysage, mais dans la ville, avec les mêmes noir et blanc, avec la même approche, et puis au fur et à mesure des années, en connaissant la ville et puis en l’arpentant un petit peu, il y a d’autres choses qui sont arrivées.

Thomas : Qu’est-ce que tu appelles le paysage vertical ? C’est le format que tu utilises ?

Louise : Oui. Alors, c’est un travail que j’ai commencé quand j’étais à la fac, sur le paysage, et c’était l’idée de : comment est-ce qu’on parle, comment est-ce qu’on représente un paysage tout en parlant de ce qu’il y a derrière, en fait.
Mon mémoire, c’était « L’envers du paysage ». Donc, pas seulement le paysage à l’envers, mais aussi qu’est-ce qu’il y a un petit peu…, le reflet, l’idée du reflet aussi, voilà. Le reflet que le paysage a sur nous et qu’on a sur lui.
Et c’est un travail qui s’est continué après à Rouen.

Le projet Rotamagus : la fabrication

 

Thomas : Ce qui m’intéresserait, ce serait de comprendre comment tu as fabriqué ces images, parce que – vous allez les voir à l’écran – c’est pas des photographies…, comment…, elles sont assez « sensibles », c’est-à-dire elles se rapprochent… moi je les ai aimées parce qu’elles se rapprochaient de la sensation que j’avais dans la ville et en la parcourant, en y étant, c’était assez sensible, je trouve.

Louise : C’est une série qui a été faite en marchant dans la ville, en la traversant, vraiment. Et comment est-ce qu’on peut traduire ce sentiment de traverser un endroit, ou de l’habiter, et de représenter une ville, enfin, représenter un endroit sans juste prendre une photo d’un bâtiment emblématique ni d’une rue.

Thomas : Du coup, tu as mélangé des photos ? Parce que les images ont un « look », je ne sais pas, un visuel très particulier. Par exemple, chez moi j’ai la photo de la cathédrale Saint-Maclou, et en fait, on a l’impression qu’il y a soit plusieurs images qui ont été mises dessus ; je ne sais pas si c’est quelque chose que tu as fait à la chambre ou en tirant, si c’est quelque chose que tu as fait et que tu as fait tirer, je ne sais pas sur quel papier tu as fait tirer. Je sais que tu as fait des tests, tout ça.

Louise : Alors, justement, c’est une série qui est toujours en cours, que j’ai commencée en 2017, et donc qui a vraiment évolué. Et au début, comme je le disais, c’est vraiment mon approche de la photo de paysage qui s’est juste calquée à la photo de Rouen, donc je recherchais de la verticalité, je recherchais du contraste, je recherchais vraiment mon noir mon blanc d’un côté, comme j’avais dans mes paysages.
Et puis, au fur et à mesure de l’évolution de mon travail, j’ai découvert d’autres dispositifs.
Au début il y a eu le reflet. C’est un peu bête, mais quand on marche dans Rouen, il y a des flaques d’eau partout, on voit les choses à l’envers.

Thomas : Il pleut tout le temps.

Louise : Il ne pleut pas tout le temps, c’est pas vrai, mais c’est une façon de voir la ville aussi, quoi, c’est une approche.
Et après, d’autres dispositifs. Donc la technique dont tu parles, c’est une technique de multi-exposition, qui est une pratique qu’on voit souvent, c’est quelque chose qui est assez courant dans la photo, mais à laquelle je ne m’étais pas spécialement intéressée. Je ne me suis pas dit : tiens, je vais faire de la multi-exposition ! C’est plutôt dans mes recherches de comment est-ce que je vais traduire cet endroit qui a 3 000 ans d’histoire et qui vibre et qui bouge ?

Thomas : Comment le mettre sur papier.

Louise : Comment est-ce que je vais traduire ça. Et c’est une recherche, et c’est venu après.

Thomas : Alors, tes recherches, tu peux peut-être nous en parler, parce que je crois qu’il y a un carnet dans un coin.

Louise : Il y a plusieurs carnets.

Thomas : Comment tu recherches, justement ?

Louise : Comment je recherche ? Alors, moi, je n’ai pas fait d’école de photo, je n’ai pas vraiment appris la photo, par contre j’ai fait des études d’arts plastiques et de théorie esthétique. Et la recherche, à l’université, c’était 90 % du travail, vraiment qu’on fasse de la photo, qu’on fasse de la peinture, la recherche, c’est tout ce sur quoi on se base, ce dont on se nourrit pour arriver à une pratique personnelle, et aussi à des choses cohérentes.

On ne fait pas juste des photos de rue, quand on parle de la rue, on parle de l’environnement, on parle des gens, enfin, voilà ; c’est un exemple parmi d’autres, mais voilà.
Et donc, Rouen, j’ai fait des recherches sur les murs, sur les valeurs de gris, forcément quand on se balade dans Rouen, il y a beaucoup de gris, beaucoup de noir et blanc.

J’ai pas mal de petits carnets comme ça où c’est des mélanges aussi de photos, mais d’autres techniques.

Ça, c’est une photo d’archives, et justement, c’est comme ça, je l’ai imprimée deux fois de suite sans le faire exprès.

Thomas : Ah, et c’est comme ça que tu as vu.

Louise : et je me suis dit : tiens, elle vibre, elle est floue.

Laurent : Des fois, un accident aussi…

Louise : Voilà. Sachant que le flou était déjà là depuis un moment. En fait, la recherche, c’est vraiment, pour moi, c’est de la magie. Parce que tu te rends compte, enfin, tu peux ouvrir un carnet que tu as fait il y a cinq ans et te dire : mais c’était déjà là, en fait. Le travail que tu fais maintenant était déjà là il y a super longtemps, de par les lectures, de par des petites choses qui t’ont marqué.

Influences photographiques

 

Thomas : Et ta recherche se nourrit d’autre chose que de recherches visuelles ? Enfin, il y a aussi des photographes qui t’ont inspirée, des films, des trucs ?

Louise : Oui. Beaucoup de lectures, quand même. Beaucoup de lectures en esthétique, en histoire de l’art, en philosophie, en général ; un peu de cinéma, un peu d’art visuel, voilà.
Mais je n’ai pas vraiment de… enfin, si, on a tous des influences, mais je pense que la première série de photos qui m’a marquée, c’est le travail de Hiroshi Sugimoto. La première série de photos que j’ai vue de lui, c’était les cinémas, des photos de cinémas.

Thomas : C’est une série qui s’appelle Theaters, je crois.

Louise : Oui. Donc c’est des photos d’écrans, en fait, de cinémas ou de théâtres, avec un noir et blanc magnifique, en pose longue. Et je me dis, ce mec-là a réussi à photographier un moment, un temps.

 

Thomas : Un film, en fait.

Louise : Un film. Il a fait une photo d’un film. Et c’est un artiste, en découvrant son travail, qui a des séries de choses totalement différentes et qui a une cohérence dans tout son travail, alors qu’il parle de choses très différentes. Ça, ça m’a beaucoup marquée.

Thomas : Maintenant que tu le dis, ça ne m’étonne pas que tu aimes bien ça, Sugimoto. Maintenant que c’est sorti.

Laurent : L’influence me paraît évidente.

Thomas : Surtout, je pense à son Seascapes, en fait. Seascapes, la vision de la mer, etc. sur ses paysages.

Louise : Oui. Par exemple, c’est après, aussi, une fois que tu as ton travail enclenché que tu trouves d’autres références. Par exemple, moi, c’est après avoir fait ces monuments un petit peu flous en multi-exposition, on m’a dit : ben tiens, regarde, Corinne Vionnet qui utilise cette technique-là, mais pour parler de choses totalement différentes.

Et sinon, beaucoup de peintures : Soulages, le noir. Ce sont des choses qui sont importantes.

Reflets de sa personnalité dans ses images

Laurent : Du coup j’ai envie de rebondir. Avant, il y a 5 ou 10 minutes, tu parlais de la jeunesse, déjà, avant ce projet, quand tu avais commencé tes paysages verticaux, et tu parlais de ton mémoire – dont je ne me souviens plus du titre exact –, tu parlais des reflets du paysage sur soi, et de soi sur le paysage.

Louise : Alors, c’est marrant, parce qu’en fait c’est l’envers du paysage, et l’idée du reflet est venue à la fin de ce travail-là. Et le travail du reflet de la flaque est arrivé à la fin, en fait.

Laurent : Mais ce qui m’intéressait, c’est l’idée de reflet plus au sens figuré. Ce qui m’intéresse, c’est ce que ça reflète de toi, aussi, cette manière de… déjà, à la base, tes paysages, parce que c’est quand même une manière un peu particulière de voir le paysage, et derrière aussi, la manière dont ça a évolué sur Rouen. Est-ce que tu pourrais nous en dire un petit peu plus sur, au-delà du côté visuel, le côté peut-être plus personnel ?

Louise : Alors, je pense que ces paysages verticaux, c’est aussi les rencontres que j’ai eues, les professeurs que j’ai eus. J’ai beaucoup étudié l’art chinois, l’art japonais, l’art coréen, et j’ai découvert le flou, j’ai découvert le noir et blanc, j’ai découvert le paysage qui est non pas horizontal, comme en Occident, mais vertical. Et moi, c’est mon premier bouleversement. Voir les choses autrement et les montrer autrement.

Moi, j’ai toujours vu un paysage horizontal au musée, et là, pour la première fois, on me montre que non, c’est aussi autre chose.
Et ça s’applique à tout travail, je pense. Montrer autrement. Montrer d’une autre façon.
D’ailleurs, c’est un des plus beaux compliments que j’ai eus, c’est des Rouennais qui m’ont dit : joli travail, parce que tu m’as montré la ville que je connais par cœur, mais d’une façon un peu différente. Ça, c’est vraiment quelque chose qui me touche pas mal.

L’importance des tirages

Thomas : Vous savez quoi mettre en commentaire si vous êtes Rouennais et que vous découvrez les photos de Louise.

Est-ce que tu pourrais peut-être nous parler un peu de tes tirages ? Parce que je sais que tu en fais pour tes expos, tu en fais en ligne – c’est comme ça que c’est arrivé chez moi –, comment ça se passe ? Il y a des papiers que tu aimes bien ou que tu n’aimes pas ? Quelle technique de tirage tu aimes bien ? Parce que, on en a déjà parlé, tu utilises des mots assez compliqués que je ne connais pas forcément, donc c’est l’occasion d’en parler. CE n’est pas juste de l’impression jet d’encre, tu fais plein de choses, j’ai l’impression.

Louise : Je fais plein de choses. Je viens des « Beaux-Arts », enfin de la peinture et du dessin, et du coup, je n’aime pas le papier photo. Ça ne me plaît pas. Ça ne me plaît pas encore, en tout cas pour l’instant. Et j’utilise un papier aquarelle, un papier Arche, en fait, un papier de tirage d’art.
Et en fait, en arrivant à Rouen, j’ai rencontré un imprimeur de Rouen, avec qui je travaille uniquement, qui me fait tous mes tirages.

Thomas : Il s’appelle comment ?

Louise : Il s’appelle Thierry Morin, c’est l’atelier Digital, qui est à Rouen. Et donc, c’est des papiers qui sont ultra fragiles, déjà, mais qui ont déjà une profondeur pour les noirs qui m’appelle et… c’est mat.
Ça trompe un petit peu, parce qu’il y a des gens qui peuvent penser que c’est du dessin.

Thomas : On peut se poser la question ?

Louise : On m’a déjà demandé si c’était du fusain, par exemple.

Laurent : Ce qui est intéressant, c’est quand tu vas jusqu’à questionner les gens sur le médium, c’est que tu as réussi, esthétiquement, quelque chose.

Thomas : On n’est plus sur la question argentique ou numérique, on est sur photo ou dessin. La frontière est plus loin.

Louise : Justement, moi, la querelle, un peu, argentique/numérique, ça ne m’intéresse pas trop, parce que j’ai commencé à l’argentique, j’avais la chance d’avoir accès à un labo quand j’étais à la fac, ce qui est plus compliqué maintenant, et donc j’utilise beaucoup le numérique pour des raisons pratiques.

Thomas : Mais les deux te plaisent autant ?

Louise : Je pense que, comme beaucoup de photographes, j’ai quand même une préférence pour l’argentique. Parce que c’est l’objet, c’est la chimie, c’est la magie. C’est un truc qui restera toujours là, mais je peux travailler au numérique sans problème.

Laurent : D’autant plus que ton objet final – puisque l’épisode précédent de cette série s’appelait « La photographie est un objet », donc on rebondit bien là-dessus –, ton objet final est, comme tu le disais, si on peut penser que ce n’est peut-être pas de la photographie, au final que tu aies utilisé de l’argentique ou du numérique à la base, c’est suffisamment loin pour que…

Louise : La photographie existe une fois qu’elle est tirée, et qu’elle est là. Et le fait d’avoir un papier comme ça, je peux la toucher et ça la concrétise aussi un petit peu.

Thomas : Tu ne fais que du noir et blanc ?

Louise : Alors, non.

Thomas : J’avais déjà la réponse.

Laurent : Certains auraient eu la question.

Louise : Je ne faisais que du noir et blanc jusqu’à peu. L’année dernière, c’était une année qui était très chargée, qui était superbe parce que j’ai eu plein de rencontres, plein d’opportunités, et j’ai commencé la couleur. Je ne sais pas si c’est un hasard ou pas. Avec des photographies d’eau ; c’était pour une expo qui s’appelait Immersion, où j’ai fait des photographies de reflets d’eau. Mes nouvelles séries sont uniquement en couleur.
Je pense que je reviendrai au noir et blanc, parce que c’est quand même quelque chose qui a toujours été là et qui est un peu intime. Mais pour l’instant, c’est de la couleur.

Le projet Immersions

 

Thomas : Immersions. Est-ce que tu peux nous en parler ? C’était quoi l’intention derrière ? Qu’est-ce que tu voulais raconter avec ces images ? En dehors du travail graphique que je trouve hyper cool.

Louise : Alors, justement, c’est une série qui est totalement expérimentale, qui n’a pas eu spécialement de fonds de recherches préalables.
J’étais à un endroit à un moment, j’ai fait des photos parce qu’il y avait des conditions superbes. C’était dans le Cotentin, à marée basse.
Pendant les grandes marées.

Thomas : J’ai ma belle marinière. Je le savais.

Louise : Et en fait c’est une série au numérique. Quand j’ai importé mes images dans Lightroom pour les visionner, comme elles étaient en RAW, elles se sont mises en couleur. Et là, j’ai fait wow ! C’est trop beau, enfin, c’est bizarre, je ne m’y attendais pas.
Du coup j’ai un peu tâtonné, j’ai un peu cherché dans la couleur ce que je n’avais jamais fait avant, et ça m’a beaucoup plu.
Mais, pour me rassurer quand même, c’est une série avec que des reflets de lumière dans l’eau, avec du sable qui bouge. Et on retrouve ce qu’on appelle des paréidolies.

Laurent : Tu reconnais des visages dans…

Louise : C’est des formes familières qu’on reconnaît lors de situations un peu abstraites, comme dans un nuage ou sur un mur.
Donc je me suis un peu agrippée à cette idée-là parce que c’était un fil conducteur qui était assez intéressant.
Pour l’instant je n’ai pas poussé plus cette série-là, mais ça m’a permis d’accéder à la couleur. Et en fait d’utiliser la couleur ; voilà, maintenant c’est dans ma palette. C’est dans mes outils, pour l’utiliser dans mes nouveaux travaux, et dans ce dont je veux parler.

Thomas : Du coup, s’il y a des formes qu’on reconnaît dans les images, est-ce que tu aurais une image que tu pourrais nous présenter et nous expliquer ce que, toi, tu as vu dedans et comment tu l’as construite ?

Louise : Euh, oui, mais alors, c’est un peu particulier, parce que ce sont des paréidolies qui sont assez macabres.

Thomas : C’est pas grave.

Louise : À part celles-ci qui sont assez abstraites, mais qui justement m’ont plu, c’est les deux premières que j’ai sorties, en fait, ou j’ai fait : la couleur est trop bien.
Et en fait, dans toutes les autres il y avait des espèces de, tu vois, de crânes.

Laurent : Je vois ce que tu veux dire, celui-ci, à l’envers je le voyais, il est assez clair.

Louise : Je n’en ai pas d’autres ici, j’en ai une derrière.

Laurent : Et du coup, comment tu…, tu passes beaucoup de temps à photographier l’eau jusqu’à tant que… Est-ce que tu la vois, ou c’est juste…

Louise : Non, je l’ai vu au tirage. Enfin, je l’ai vue au développement en numérique. Et il y en avait sur beaucoup d’images.
Et c’est une série qui m’a permis aussi de faire autre chose au niveau du tirage. J’ai essayé de faire des, j’ai fait de très très grands tirages en très très grand format sur du tissu, pour avoir une recherche sur la transparence. Peut-être que dans quelques années, ce sera un peu plus clair pour moi, mais j’étais attirée par la transparence. Mais en même temps, c’est aussi un peu voir à travers, voir derrière, je pense que ce n’est pas non plus tout à fait anodin.

Thomas : C’est quelque chose de constant dans ton travail, la recherche de l’envers, du reflet, de la transparence ?

Louise : Oui.

Laurent : C’est intéressant de voir qu’un projet qui pourtant esthétiquement ne ressemble pas du tout au précédent, finalement, par contre conceptuellement, il y a des liens qui se font. Et puis il y a toujours aussi cette recherche sur l’objet.
Et là je trouve que c’est particulièrement intéressant, parce que comme tu es en cours, que rien n’est sûr, tu me dis des choses et peut-être que dans un an ce sera différent. Peut-être qu’on fera la version deux de l’interview dans deux ans quand ce sera abouti, que tu auras abandonné un truc et puis un autre. Oui, c’est intéressant de voir quand c’est en construction, aussi. C’est intéressant que les gens sachent que tu ne te réveilles pas un matin en disant : je sais que je vais faire exactement ça.

Le projet Terra Toma, ou découvrir le sens après coup

 

Louise : Non, justement, ça c’est assez rare. Et en fait, la recherche préalable nourrit ton travail photo, et c’est aussi sur le terrain que tu délimites la suite.
Il y a des choses qui sont parfois vraiment frappantes. J’ai décidé de faire des photos, toujours en Normandie, de falaises de craie.
Alors, je suis partie très bêtement de la cathédrale qui est en craie, c’est un matériau que j’aime bien, je vais essayer de le retrouver dans son milieu naturel, donc les falaises de craie qu’on connaît tous, d’Étretat, de Senneville, de Fécamp.
Et donc je suis allée photographier ces falaises-là, qui sont sorties en couleur aussi, je n’ai pas continué en noir et blanc. Et je me suis rendu compte, quelques semaines après, de ce dont je parlais vraiment. J’ai décidé de travailler le rouge, une couleur assez particulière. Là on est très très loin des premiers noirs et blanc.

Thomas : Pourquoi le rouge ? Et du coup, quand tu dis que tu t’es rendu compte de quoi tu parlais avec…

Louise : C’est un travail qui n’était pas prévu dans mon planning, on va dire. Et c’est un filtre rouge que j’ai appliqué par-dessus, et en fait, au début j’étais persuadée que ça parlait de mes préoccupations actuelles, l’écologie, surtout, un peu l’état d’urgence, ce qui se passe sur la planète, voilà. Et il y avait ces gros blocs de craie qui ressemblent un peu à un étal de boucher, qui ressemblaient à du sang.

C’est un peu dur comme série. Même pour moi, c’est un peu particulier. Et en fait je me suis rendu compte, mais des semaines après… en fait, j’ai une série qui s’appelle Terra Toma, parce que j’ai eu un tératome, c’est une tumeur ovarienne, donc un cancer de l’ovaire il y a quelques années – qui est guéri totalement –, et je me suis rendu compte quelques semaines après que, oui, c’est des cailloux qui saignent. Il y a des analogies, un petit peu, à de la violence obstétrique, en tout cas moi je le vois comme ça.

Ce n’est pas quelque chose que je vais…, enfin, c’est une série que je vais exposer cette année, parce que j’ai reçu une bourse pour développer ce travail, justement, de la ville de Rouen.

Thomas : C’est quand et où que tu vas l’exposer ?

Louise : Je ne sais pas quand exactement. Ce sera cette année, normalement, et à Rouen.

Thomas : Dans quel lieu, tu ne sais pas ?

Louise : Vu que je n’ai pas eu la confirmation, je ne sais pas si on peut le dire.

Thomas : Pour ceux qui regardent cette vidéo et qui voudraient voir cette exposition, on communiquera dès qu’on a les dates, on vous transmet.

Louise : En tout cas, ce sera à Rouen. Et du coup, là, j’ai posé aussi des questions sur, quand on monte une exposition, jusqu’où est-ce que je vais en parler ? Qu’est-ce que je vais en dire ? Est-ce que c’est vraiment important ? Moi je pense que oui, parce que si je m’en suis rendu compte, c’est que ce n’est pas anodin. Est-ce qu’il faut le jeter, un petit peu, à la figure des gens ? Ou est-ce que ça peut être quelque chose d’un petit peu caché, parce que reste intime ? Et en fait, c’est une série qui peut aussi parler à beaucoup de gens.

Thomas : Tu n’es peut-être pas la seule à avoir traversé un truc difficile comme ça et peut-être qu’il y a d’autres gens qui peuvent se retrouver dedans.

Louise : Oui, je pense.

Laurent : Moi, ce que j’aime bien dans les …, souvent quand j’ai ouvert un livre photo, par exemple, si je regarde une expo et que je vois que le travail, le sens n’est pas évident – parce que parfois, c’est assez clair, il n’y a pas de mystère –, j’aime bien plutôt d’abord regarder les images et après voir le sens qu’on leur a donné, parce qu’il y a un côté : d’abord tu as ton interprétation visuelle à toi, ce que tu y trouves, et ensuite ce que l’artiste a retrouvé dedans. Des fois ça peut être la même chose et tu dis, OK, et parfois ça peut être complètement différent, mais c’est aussi intéressant de voir que tu peux en sortir plusieurs sens. Et au final, moi ça m’intéresse toujours de savoir ce que l’artiste a mis dedans, mais je préfère souvent le savoir après. En tout cas sur des travaux qui sont un peu plus mystérieux, on va dire, dans un sens assez large. J’aime bien savoir, mais après.

Louise : Parce que, tout ça, c’est déjà là dans le travail. De chacun, en fait. Toute notre histoire personnelle, les résiliences de chacun, elles sont déjà dans le travail. Après, jusqu’où est-ce qu’il faut le montrer, on verra.

Laurent : C’est intéressant que tu aies cru que ça parlait d’autre chose et que tu t’en sois rendu compte après. Je trouve que c’est toujours intéressant quand le sens émerge du travail, plutôt que l’inverse, presque. Juste tu fais quelque chose, tu ne sais pas trop pourquoi, et tu finis par comprendre d’où ça vient et cette part d’inconscient qui ressort dans le travail. Et il n’y a pas plus personnel que ça.

Louise : Non, c’est vrai.

Laurent : Faire quelque chose sans même savoir pourquoi on le fait, et finir par se rendre compte pourquoi ensuite. Parce que ça ne peut pas être faux. À part que tu t’en es rendu compte après, il n’y a pas plus vrai que ça.

Louise : Mais je ne me suis pas dit un matin : tiens, j’ai envie de parler de ça, c’est important pour moi, parlons-en. Peut-être que c’est mon cerveau qui l’a fait tout seul.

Thomas : Peut-être que tu avais besoin de le faire aussi.

Louise : Peut-être, oui.

Thomas : Moi, personnellement, tu vois – tu en fais ce que tu veux –, moi je ne suis pas persuadé que l’art soit forcément fait pour être facile et accessible et joyeux . Des fois il y a des choses qui sont dures et je trouve ça bien d’en parler aussi. Que ce soit varié, comme tu as des chansons tristes, des films sur des drames et compagnie. Genre – j’y pense parce que je dois le regarder bientôt, le revoir parce que je l’ai déjà vu – La Liste de Schindler, c’est un film qui est magnifique, mais qui est extrêmement dur en même temps ; et pourtant c’est un sujet qui est important, important pour les gens qui l’ont fait, etc.

Laurent : Quand tu sors secoué, en fait, ça peut être une bonne chose.

Le projet Demain

 

Louise : Oui. Je pense que j’ai un travail sombre, depuis toujours, depuis le début.
Quelle part d’autobiographie je veux mettre dedans ? Mais en tout cas, c’est toujours la suite de cette recherche, parce que ce rouge m’a amenée à créer un nouveau dispositif de rouge, de filtre rouge, vraiment, que j’applique sur beaucoup de photos, pour une nouvelle série, l’année prochaine ou dans les années qui vont venir, qui s’appelle Demain, et qui parle de ces enjeux environnementaux qui moi me touchent, comme beaucoup d’autres personnes.

Thomas : Ce filtre rouge, juste, c’est quelque chose que tu mets sur l’objectif, c’est quelque chose que tu fais après, que tu peux régler comme tu veux ?

Louise : C’est quelque chose que je fais après. Il faut avoir des conditions de lumière particulières, une légère surexposition pour avoir beaucoup de blanc, et ce blanc tourne au rouge et voilà.
Et là, pareil, c’est un peu de la magie, et ça donne un tout autre sens à l’image.
Et du coup, c’est aussi la première fois que je rentre dans des images un peu de fiction.
Ce sont les premières images de gens, de sujets en fait.

Thomas : C’est hyper particulier comme ambiance de photographie. Comment ça s’est passé ? C’est des amis à toi à qui tu as demandé d’être là à ce moment-là ?

Louise : Alors, le personnage principal, entre guillemets, de cette série de photos, j’en ai sorti deux seulement, mais j’en ai pris plusieurs, c’est mon petit frère. Enfin, mon petit grand frère, parce qu’il est très grand… Parce que j’étais avec lui ce jour-là. Et pareil, c’est pas des photos que j’ai décidé de faire, c’est pas une photo que j’ai mise en scène toute seule, et le reste des personnes sont des passants, des gens qui passaient là.

Thomas : C’était dans une forêt, dans un parc ?

Louise : C’était dans un parc, un parc de château, le château de Chaumont-sur-Loire, pour être plus exacte. C’est un lieu aussi un peu familial où je vais souvent avec ma famille.

Thomas : C’est intéressant parce que quand on voit l’image, on a l’impression qu’elle a été prise dans une forêt en train de brûler. C’est la première chose qui me vient à l’esprit, là comme ça, avec beaucoup de brume on a l’impression. Du coup je pense que ce n’est pas de la brume, c’est le filtre rouge qui produit cet effet-là.

Louise : Oui. Par exemple, là, on a vu des images terribles d’Australie il n’y a pas très longtemps, et c’est cette ambiance-là. C’est une ambiance qui est très lourde, qui est très anxiogène, et c’est tout à fait ce dont je veux parler. L’espèce d’état de solastalgie. On appelle ça comme ça.
La solastalgie, c’est l’angoisse liée aux changements environnementaux. On peut ressentir une espèce d’angoisse lourde qui est toujours un petit peu là. Et c’est ce que je veux traduire.
Et donc je retourne dans du paysage, des paysages un peu futuristes, un peu abstraits. C’est un paysage abstrait comme je pouvais faire il y a cinq ans, mais c’est tout à fait différent.

Thomas : C’est que ta pratique a évolué.

Louise : Voilà

Thomas : et c’est toujours avec le même papier que tu fais ça ?

Louise : Alors, là c’est mes recherches, donc oui, mais je ne sais pas si ce sera ce papier-là. On verra. Et puis c’est un projet que j’ai envie de monter tranquillement, parce qu’il est important. Non pas que les autres projets ne sont pas importants, mais disons que là j’ai un petit peu plus de matière à rechercher. Je sais vers quoi me tourner, je vais orienter mes lectures.

Laurent : Tu as déjà de bons indices de pistes à suivre et que d’autres c’est encore un peu flou.

Louise : sur l’anthropocène, même sur l’écoféminisme par rapport au travail que je pouvais faire avant, la série qu’on a vue avant.
Et j’aimerais bien en profiter pour créer un projet peut-être un petit peu plus transdisciplinaire, explorer autre chose avec d’autres personnes ; peut-être de la musique, de l’installation.

Photographe ? Artiste plasticienne ?

 

Thomas : D’ailleurs, en parlant de transdiscipline, je vais poser la question qui fâche, et qui va te faire te questionner, peut-être. Tu as fait les Beaux-Arts, tu fais beaucoup de recherches, etc., tu as un gros travail sur la matière, du coup, tu es artiste plasticienne, photographe, photographe plasticienne ? Qui est Louise Brunnodottir ?

Louise : J’ai pas fait les Beaux-Arts, j’étais à la fac arts plastiques, à Paris 1, et donc c’est quelque chose de très différent des Beaux-Arts, enfin, j’ai l’impression. Mais j’ai vraiment eu des super profs. Pas forcément photographes, d’ailleurs, mais des profs qui m’ont encouragée dans la photo, qui m’ont dit : oui, toi c’est la photo, tu continues là-dessus, il n’y a pas de problème, c’est ton médium, c’est ton outil. Qui m’ont encouragée là-dedans, qui m’ont orientée vers… qui m’ont pointée, au moment où je n’avais pas forcément le recul nécessaire pour voir où j’allais.

Thomas : Toujours l’intérêt d’un point de vue extérieur.

Louise : Et du coup, voilà. S’il fallait se mettre dans une case, je dirais que je suis plutôt artiste plasticienne, enfin, photographe-plasticienne, parce que j’utilise la photo comme outil, mais je ne suis pas photographe. C’est un peu spécial , parce qu’il y a toujours une part d’illégitimité à me dire photographe, parce que j’ai l’impression que ce n’est pas mon métier, je ne suis pas reporter, je ne peux pas créer une image pour quelqu’un, à part pour moi, bien sûr.

Laurent : Tout dépend de la définition qu’on a de photographe.

Louise : Parfois, je parle avec des photographes , et j’ai l’impression qu’on ne parle pas la même langue. Du tout.

Thomas : Ça dépend à qui tu parles. Ça m’arrive souvent aussi.

Louise : Je rencontre quand même beaucoup de gens qui utilisent la photographie dans un large spectre et c’est d’ailleurs très intéressant,parce qu’on s’apporte mutuellement des choses. C’est sûr que la photographie de trucs flous ou à l’envers, parfois ça peut un petit peu…

Laurent : Ça, je pense que peut-être, les gens qui sont partis de la photographie, ils ont peut-être tendance à rester un peu plus attachés au…, ils ne vont pas arriver au point où on va se demander si leur photo, c’est une photo ou pas. Ils vont peut-être vouloir rester dans la certitude que c’est une photo. Et comme toi tu pars des arts plastiques, au final pour toi ça importe peu, parce que tu vas avoir un objet final et que les gens pensent que c’est une photo ou pas, ce n’est pas forcément ta première préoccupation, tandis que les gens qui partent de la photo, c’est peut-être ça, c’est peut-être là que se fait la frontière. Enfin, je ne sais pas, c’est une hypothèse.

Louise : Non, je pense que tu as raison. L’outil photographique, enfin, le dispositif photographique , c’est pas un truc dont je parle particulièrement dans mon travail.
Mais justement, à la fac j’ai pu étudier le travail d’autres artistes, enfin d’autres photographes-plasticiens. Par exemple, le travail d’Estelle Lagarde qui m’a beaucoup marquée. Je ne sais pas si vous connaissez, c’est une photographe française, que j’ai pu rencontrer, d’ailleurs, depuis. Elle est photographe-plasticienne, mais elle ne fait pas forcément des photos ni abstraites ni… je ne sais pas comment expliquer.

Thomas : C’est tombé sur quelqu’un que je ne connais pas.

Laurent : On peut dire que son travail est assez figuratif et …

Louise : Il est assez figuratif et il utilise quand même des dispositifs de longs temps de pose, de déplacement avec des modèles.

Laurent : Elle utilise des choses très photographiques, finalement.

Louise : Oui, mais qui font des images d’art absolument merveilleuses, je trouve. Mais surtout qui sont ancrées dans une recherche personnelle. Entre autres artistes, son travail m’a pas mal marquée.
Alors, je pense que photographe-plasticien plasticienne, ou photographe auteur, c’est un terme un peu vaste qui me convient.

Laurent : Et de toute façon, souvent les conflits se font parce qu’on n’est pas d’accord sur des définitions, au final. Et tout dépend, si tu prends photographe au sens très large, ben oui, tu es photographe ; tu utilises un appareil photo, donc, voilà, point. Mais je peux comprendre qu’il y a des gens pour qui photographe, c’est plus, ça implique un métier peut-être plus de prestations.

Louise : Et il y a des gens qui font les deux, je pense.

Laurent : Oui, il y a des gens qui font les deux, bien sûr. Aussi parce que, quand tu fais des prestations, tu es payé pour donc , très très directement, tu payes ton loyer avec. C’est pas forcément plus simple, en tout cas, c’est…

Louise : Je pense que ça n’empêche pas de développer un travail perso.

Laurent : Oui, il y a plein d’artistes qui ont fait du travail commercial à côté.

Thomas : Ce qui est intéressant, ce n’est pas tant de définir des étiquettes dont on se fout au final, ce qui est intéressant, c’est de , en fait quand toi tu réfléchis à celle que tu te donnes, ça éclaire ta pratique, en fait. C’est ça qui est intéressant, c’est plus comme ça qu’on pose la question que de dire, machin, tel truc… C’est peut-être plus dans ce sens-là.

Louise : Et ça me donne une liberté, aussi, d’exploration. Dans une exposition, est-ce que je vais mettre mes photos avec du texte ? avec un objet ? Moi quand je fais de la recherche, je peux gribouiller, je peux coller des images d’archives.

Son travail de médiation culturelle

 

Thomas : Alors, j’ai cru comprendre qu’à côté de ton travail de photographe-plasticienne – c’est le nom qu’on a décidé de donner –, tu faisais de la médiation autour de l’art. Est-ce que tu peux nous expliquer ce que tu fais, ce que ça t’apporte, ce que tu apportes aux gens aussi à travers l’art ?

Louise : Alors, à côté, je suis chargée de mission artistique et culturelle. C’est comme ça qu’on dit. Donc j’interviens dans des centres d’art, dans des musées ou dans des écoles, pour des parcours artistiques, des parcours culturels sur des thèmes et des sujets assez variés.
La médiation culturelle, c’est être un intermédiaire, être un lien entre l’art et un public particulier. Donc c’est un public très large ; ça peut être un public scolaire, un public adulte, des publics empêchés ou en difficulté, des personnes en situation de handicap, des personnes qui ont des TSA – des troubles du spectre autistique –, beaucoup de choses. Chacun un peu sa spécialité.
La médiation culturelle, ce n’est pas forcément de la photographie, c’est surtout les arts plastiques, mais j’arrive quand même à parler souvent de photo, à faire faire de la photo, parce que c’est accessible, c’est facile et puis ça marche bien.
Et justement, avec la photo on peut parler de plein d’autres choses. On peut parler de peinture, on peut parler d’art contemporain, on peut parler d’histoire de l’art, on peut parler d’art rupestre si on a envie.

Thomas : Faire le lien entre photographie et art rupestre, c’est balèze.

Louise : Là, dans ce métier-là, le fait d’être artiste soi-même, et d’avoir un médium privilégié particulier, eh bien, ça fait ma particularité en tant que … Alors, je ne suis pas enseignante, mais en tant que personne qui est là pour amener vers la culture, amener à la culture. À la culture et à la pratique artistique aussi.
C’est comment est-ce qu’on encourage un public varié à avoir une pratique personnelle ?
Donc, ça peut être, encore une fois, de la photographie ou juste de l’art plastique, du dessin, de la peinture selon l’affinité de chacun avec le médium qui lui plaît.
Et c’est là que la recherche, que dans la transmission, l’importance de la recherche prend tout son sens. Parce qu’un élève , qu’il fasse du dessin ou de la sculpture, moi je vais essayer de lui dire : fais de la recherche, des carnets, des choses, de la photo, on colle, on coupe et puis on essaye d’avancer vers quelque chose de personnel.

Thomas : Ce sera le nom de la vidéo : On colle on coupe on va vers quelque chose de personnel.

Louise : Je pense que c’est important dans la pratique artistique, qu’elle soit amateur ou qu’on vise un peu plus, de développer vraiment un langage personnel. Donc ça peut être juste sur le sujet dont on parle, qui est important pour nous, ou par le dispositif qu’on utilise qui est important pour nous aussi, ou qu’on trouve particulièrement intéressant à explorer. Voilà.

Son conseil pour aller vers du travail personnel

 

Laurent : Et donc, du coup, comme tu as transmis à plein de publics différents, et tu parlais juste à la fin d’avoir un travail personnel, qui est-ce qu’on essaye tous les deux de pousser les gens à faire – Faites un travail personnel –, quel serait ton conseil pour justement aller plus vers quelque chose de personnel pour les gens qui sont – bon, la plupart de ceux qui nous regardent ont déjà un appareil photo entre les mains.

Louise : Eh bien, c’est d’entreprendre ce travail de recherches, justement, que ce soit en regardant des films, en lisant des livres, de prendre des petits bouts de tout ça, de ce qui vous nourrit, de faire des carnets. Voilà.
En fait, il y a plein de gens qui me disent : moi je veux faire de la photo, mais j’ai pas d’idées, j’ai pas de sujet, j’ai pas de thème. Recherchez. Faites de la recherche, allez vers des choses qui sont un peu instinctives, un peu intuitives, parce que si vous allez vers ça, c’est pas pour rien, c’est qu’il y a une raison que vous trouverez sûrement plus tard.

Et le conseil que je donnerai, c’est d’être patient, aussi. De ne pas aller plus vite que son travail. Un travail abouti, je pense que ça prend des années, voire toute une vie, avant d’avoir une série complète, des choses qui sont cohérentes, d’avoir un ensemble cohérent qui parle de la même chose, mais de façon différente, ça prend du temps.
Donc, n’allez pas plus vite que votre travail, prenez votre temps, ça viendra. Et encouragez les gens autour de vous à pratiquer, la photo ou autre chose, hein, encouragez vos amis, vos enfants, vos parents.

Moi j’ai la chance d’avoir une maman qui m’a toujours encouragée. Alors, qui nous a emmenés aux musées, qui nous a montré des films, des livres, tout ce qu’on voulait. Et même si elle n’est pas spécialement … Alors, on ne vient pas d’une famille d’artistes, même s’il y a quelques artistes dans la famille, et en fait on a une éducation qui a été ouverte à la culture. Et mon petit frère travaille dans l’audiovisuel, d’ailleurs, il a choisi ces études-là. On est tous les deux partis vers quelque chose de…, vers l’image. L’image photo et vidéo, donc c’est assez intéressant, je pense.

Thomas : On en profite tous pour saluer la maman de Louise.

Louise : qui aime beaucoup Thomas. Elle ne connaît pas encore les vidéos de Laurent, mais je crois qu’elle aime bien les vidéos de Thomas.

Laurent : C’est intéressant ce que tu dis, parce que quand tu dis : les gens démarrent par la question j’ai pas de thème, etc., en fait, le plus souvent, c’est plus le thème qui émerge du travail que le travail qui émerge du thème. Et c’est important de le comprendre, parce que, sinon, on ne commence jamais, en fait. On reste chez soi à se dire : de quoi je vais parler ?

Louise : J’ai pas de thème, j’ai pas de sujet…

Laurent : Donc juste de commencer à faire. Toi tu parles de recherche, moi j’aime bien parler de brouillon, souvent. Parce que je trouve que ça enlève un poids, tu vois, c’est un brouillon. C’est pas censé être réussi, en fait, donc c’est pas grave, ça enlève de la pression, je trouve.

Louise : On peut se faire des petits exercices. Sortez, prenez une photo d’un mur, essayez de trouver des formes dedans ; est-ce que c’est du noir et blanc, est-ce que c’est de la couleur ? Ah ben, tiens, du coup, voilà. En une photo, j’ai déjà un petit peu orienté vers un sujet , enfin, des pistes de réflexion, même si c’est pas un sujet abouti, c’est pas grave.

Laurent : Eh bien, merci beaucoup.

Louise : Merci beaucoup à vous deux.

Thomas : Merci beaucoup, Louise, de nous avoir accueillis.

Laurent : je pense qu’il y a plein de choses que les gens pourront retirer de cette vidéo. Je vous mets les liens vers le site de Louise et de tous les photographes dont on a parlé dans cette vidéo. Comme ça vous pourrez aller regarder ça dans le calme, et puis évidemment le travail, parce qu’on en a parlé, on a montré quelques photos, mais c’est bien aussi de se poser avec.
J’encourage ceux qui seront proches d’une de tes expositions futures à aller les voir en vrai, parce que, comme on l’a vu, c’est un objet aussi, donc sur internet c’est bien, mais… Moi, j’ai vu les tirages en vrai et je peux vous dire que c’est pas la même chose, quand même.

Thomas : Et même si vous êtes loin, d’ailleurs. Faites la route.

Laurent : Même si vous êtes loin, faites la route, mais bon, en tout cas, si vous n’êtes pas loin, vous n’avez pas d’excuses.
Et, oui, merci beaucoup à toi pour cette discussion. Je pense que c’est très intéressant.
Si vous avez aimé, pensez à vous abonner, si jamais vous découvrez la chaîne avec cette vidéo, on ne sait jamais.
Partagez avec vos amis, parce que c’est important pour promouvoir un peu ce genre de contenus qui sont plus longs, plus posés sur YouTube, qui sont peut-être un peu plus rares. Donc si vous voulez que ça continue, eh bien, c’est hyper important de les partager.

Je vous dis à plus dans la prochaine vidéo, et d’ici là à bientôt, et bonnes photos !

Pour aller plus loin :

► Le site de Louise : http://louisebrunnodottir.com/

► Pour lui acheter des tirages : https://louisebrunnodottir.bigcartel.com/products

► Les artistes et livres dont on parle dans la vidéo :
– Hiroshi Sugimoto, Theaters : https://amzn.to/2VPaGGg
– Hiroshi Sugimoto, Seascapes : https://amzn.to/2ItoY7q
– Corinne Vionnet : http://www.corinnevionnet.com/
– Estelle Lagarde :
Son site : http://www.estellelagarde.fr/
Ses livres : https://amzn.to/38wQGee

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