4+1 accessoires qui font la différence en photo de paysage

La semaine dernière, l’article sur les 3 ingrédients d’une photo de paysage réussie vous a bien plu, mais vous avez été nombreux à me dire « et le trépied ? », « et les filtres ? », bref à me parler de matériel pour la photo de paysage.

Je n’en ai volontairement pas parlé dans cet article, puisqu’aucun matériel spécifique n’est vraiment indispensable en photo de paysage (enfin, à part un appareil photo :D). Je voulais vraiment faire quelque chose sur la démarche photographique, et vous montrer qu’elle est plus importante que le matériel.

Mais il est vrai que certains « accessoires » peuvent vous faciliter le travail, ou augmenter vos possibilités créatives. Il vaut donc la peine de se pencher sur ce matériel qui peut vous filer un coup de main.

Un objectif ultra grand-angle

Alors oui, un objectif n’est pas vraiment un accessoire, c’est même fondamental. Mais « 1 objectif et 4 accessoires qui font la différence en photo de paysage », c’était un peu long comme titre 😛

sigma 10 20mm objectif ultra grand-angle photo de paysageTout d’abord, mettons-nous d’accord sur la définition d’un ultra grand-angle (UGA) : c’est un objectif qui va jusqu’à environ 16-18mm en équivalent Full Frame, soit 10-12mm en APS-C, et 8-9mm en micro 4/3. Voici quelques exemples d’objectifs couramment utilisés pour cet usage (liste non exhaustive) :

Les avantages en paysage sont multiples, et j’en ai déjà pas mal parlé dans l’article précédent : vous pouvez englober une plus grande partie de la scène, ce qui est très utile sur des scènes où il y a souvent une large vue et beaucoup à voir.

Et en vous approchant de votre premier plan, vous pouvez également exagérer plus facilement l’effet de perspective, ce qui donne une vraie dynamique à l’image et permet d’obtenir un effet 3D très perceptible.

11mm sur APS-C perspective barques photo coucher de soleil pêcheurs
11mm sur APS-C

La différence entre les 18mm de l’objectif du kit et les 10mm de l’UGA peut paraître faible, mais en réalité elle est très visible et fait toute la différence. Si vous souhaitez faire beaucoup de photo de paysage, je vous recommande vraiment de vous procurer ce type d’optique.

Des filtres dégradés

Le propre de la photo de paysage, c’est que dans de nombreux cas, vous ferez face à une scène avec une forte dynamique. Vous pouvez vous en sortir en utilisant l’exposition à droite et en vous aidant du post-traitement, mais plus vous en ferez à la prise de vue, moins ce sera de boulot dans Lightroom (ou autre), et meilleurs seront vos résultats.

filtres dégradés photo de paysage GNDL’idée d’un filtre dégradé (on dit aussi gradué), c’est de vous permettre de réduire la dynamique de la scène directement à la prise de vue. Le principe est simple : une partie du filtre est transparente, l’autre est assombrie, à des degrés divers (c’est la « force » du filtre), et avec un dégradé plus ou moins doux (on parle de « soft » ou « hard »).

L’utilisation est assez intuitive : vous placez le filtre devant votre objectif avec un porte-filtre (j’y reviens), et vous assombrissez simplement le ciel avec. L’effet est très visuel, donc vous pouvez difficilement vous tromper. Je vous conseille de le visualiser directement sur l’écran, car vous allez avoir un aperçu de la photo finale, et donc de l’exposition qui résulte de l’utilisation du filtre. Inutile de faire plus de réglages qu’habituellement, l’appareil s’adapte tout seul.

Il y a donc plusieurs types de filtres gradués (hard ou soft et différentes puissances), et en débutant avec, ça peut être un peu difficile de les utiliser correctement.

Hard ou soft ?

Vous allez plutôt utiliser un filtre « Hard » (= avec un dégradé plutôt dur) quand la limite entre le ciel et le reste est plutôt nette. Le cas typique est celui d’un horizon droit. En général, sur l’écran de votre appareil (et donc sur la photo finale), vous allez voir assez clairement la délimitation. Faites donc bien attention à bien la placer, de façon à ce que la limite ne soit pas trop évidente, et l’effet invisible.

Le filtre « Soft » (= avec un dégradé plutôt doux) s’utilise, vous vous en doutez, quand la limite est moins nette. En général vous ne voyez pas clairement la délimitation, et c’est donc parfaitement adapté aux scènes où la limite ciel/sol n’est pas droite.

filtres dégradés hard versus soft GND

Quelle puissance ?

La plupart du temps, vous allez avoir des filtres qui diminuent la lumière de 1, 2 ou 3 stops (aussi appelés 0.3, 0.6 et 0.9 respectivement). De manière assez intuitive, plus la lumière du ciel est forte par rapport au sol, plus il va falloir utiliser un filtre fort pour atténuer cette différence.

Dans la plupart des situations où vous ressentirez le besoin de sortir les filtres gradués, le plus fort (3 stops) sera sans doute celui à utiliser. En tout cas, vous pouvez commencer par là.

Si jamais le résultat est peu naturel (si vous avez un ciel trop sombre par rapport au reste de l’image), passez à la puissance en dessous. Ça peut notamment être le cas en début ou fin de journée, quand la dynamique est moins importante.

filtre gradué photo ville ciel bleu pont
Ici, j’ai utilisé un filtre gradué d’une faible puissance, juste pour densifier un peu la jolie couleur du ciel à l’heure bleue.

Le système des filtres gradués

Pour les filtres gradués, vous devez absolument choisir des filtres de forme carrée, pour pouvoir les déplacer devant l’objectif et placer la limite là où vous le souhaitez. Ça peut paraître évident, mais il se vend des filtres gradués circulaires, qui ne servent à rien…

Donc pour être très clair, vous n’allez pas pouvoir visser ces filtres à votre objectif.

filtres gradués nikon pied porte-filtre bague d'adaptation GNDIl va donc falloir :

  1. Visser une bague d’adaptation sur votre objectif (il y en a pour tous les diamètres)
  2. Fixer dessus le porte-filtre
  3. Glisser un filtre dans le porte-filtre

J’en parle brièvement dans cette vidéo si vous voulez plus d’infos, mais ça mériterait un article complet 😉

 

Il existe plusieurs systèmes, parfois compatibles entre eux (les filtres étant de forme carrée, tant qu’ils font la même taille, vous pouvez les adapter sur un porte-filtre compatible). Les plus célèbres sont Cokin et Lee. Lee se positionne au-dessus en gamme, et il est donc plus cher, mais personnellement j’en suis très satisfait.

J’utilise le système Lee « Seven5 », qui est conçu pour les hybrides : les filtres sont plus petits (inutile d’avoir un truc gigantesque sur une petite optique), et donc plus compacts, légers, transportables, et moins chers.

Notez qu’il peut y avoir une légère dérive verte qui apparaît sur l’image avec les filtres gris neutres (dont je vous parle ci-dessous), mais qui se corrige très facilement en post-traitement.

Un filtre gris neutre fort

Les filtres dont je viens de vous parler sont gris seulement sur une partie. Il existe cependant des filtres gris neutre sur la totalité (aussi appelés filtres ND), qui servent à faire rentrer moins de lumière dans l’appareil.

Pourquoi faire ça ? Et bien parce que c’est la seule solution pour faire des poses longues en plein jour. En effet, en pleine lumière, si vous avez bien compris les bases de l’exposition, vous réalisez bien que même en diminuant la sensibilité ISO au minimum, et en utilisant une ouverture très faible (du genre f/22), vous n’arriverez jamais à faire une pose vraiment longue (1s ou plus) sans complètement surexposer la photo.
L’intérêt du filtre gris neutre est donc de vous permettre de faire une pose longue au beau milieu de la journée. Ça vous permet d’obtenir de flouter tout ce qui est en mouvement (ce qui peut par exemple être une astuce intéressante pour effacer les touristes de vos photos), mais le plus souvent c’est utilisé pour flouter l’eau, et/ou les nuages. La même technique est utilisée pour faire des filés d’eau sur les cascades par exemple.

L’effet n’est pas nouveau, mais il ne manque pas d’esthétique, et donne un aspect un peu irréel à vos photos : il reste surprenant dans un sens, puisque notre œil est incapable de « voir en pose longue ». Ça reste donc une technique intéressante à utiliser pour donner un cachet supplémentaire à vos images en paysage.

L'effet de lissage de l'eau et des nuages 50 secondes de pose (ici à f/11 et ISO 160) photo lac noir et blanc
L’effet de lissage de l’eau et des nuages est très particulier à 50 secondes de pose (ici à f/11 et ISO 160).

Quelle puissance choisir ?

Il existe plusieurs puissances de filtre ND. Évitez tout ce qui est ND2, ND4 ou ND8 : ils ne vous permettront pas de faire de la pose longue en plein jour, ils sont simplement faits pour le studio, où ils permettent de faire de faibles profondeurs de champ à la forte lumière des flashs.

Pour faire des poses longues, choisissez un ND400, ND800 ou ND1000. Je vous conseille au moins un ND800, car le ND400 vous limitera parfois un peu en temps de pose : 5 ou 10 secondes peuvent être idéales dans certaines situations, mais parfois il peut être plus joli d’aller jusqu’à 30 secondes ou plus (et si vous voulez raccourcir, vous pouvez toujours passer de ISO 100 à ISO 200, sur les appareils modernes le bruit créé est imperceptible).

Tout comme les filtres gradués, vous pouvez obtenir un filtre ND sur les systèmes de filtres carrés, comme Cokin et Lee. Chez Lee, le ND1000 s’appelle le Big Stopper (parce qu’il stoppe beaucoup la lumière), et le ND400 Little Stopper 😉

Un filtre polarisant

filtre polarisant rochers sous l'eau au premier plan reflets mer
Ce n’est pas la photo du siècle, mais le filtre polarisant permet de bien voir les rochers sous l’eau au premier plan.

On en parle beaucoup pour la photo de paysage, mais dans la pratique je ne trouve pas que ce soit le plus utile. Il a son utilité, et en avoir un dans son sac est un vrai plus, mais à choisir entre les deux, je me pencherai plus vers les filtres évoqués précédemment.

Le filtre polarisant a pour effet d’éliminer les reflets non métalliques dans l’image (donc tout sauf les carrosseries de voiture par exemple) : vous pouvez donc éliminer les reflets dans les vitres et surtout sur l’eau. Il vous permettra par exemple de prendre une photo à travers l’eau en voyant les rochers en dessous sans aucun souci.

Un effet secondaire de ça, c’est qu’il va globalement augmenter le contraste et la saturation des couleurs, puisqu’il va éliminer les reflets sur les particules de l’air, ou sur du feuillage mouillé.

 

Son gros point fort est qu’il n’est pas entièrement reproductible en post-traitement (contrairement au filtre gradué qu’on peut simuler par exemple) : vous pourrez toujours augmenter le contraste et la saturation dans Lightroom, mais pas éliminer les reflets. Donc il reste irremplaçable.

 

À l’utilisation, vous devez le fixer sur votre objectif (il existe lui aussi pour les systèmes à filtre carré, excepté qu’il est circulaire et se fixe par-dessus les autres). Il faut ensuite tourner la bague du filtre pour polariser la lumière dans la bonne direction : il n’aura aucun effet dans un sens, tandis qu’il éliminera complètement les reflets dans l’autre sens. Ne vous inquiétez pas, c’est très visuel, vous ne pouvez pas ne pas le voir.

Attention à 2 choses cela dit :

  • En portrait il est à éviter, car il peut donner un effet assez étrange sur la peau.
  • Faites attention lorsqu’il est combiné à un ultra grand-angle, car il donnera le plus souvent une différence de teinte dans le ciel : une partie sera plus sombre que l’autre. C’est un effet optique qu’on ne peut pas éliminer malheureusement. C’est plus ou moins gênant selon la photo, à vous de tester.

 

Le trépied

Je l’ai gardé pour la fin, mais c’est pour moi LE plus important de cet article. Un trépied en photo de paysage est un vrai plus.

sirui trepied t 1204x carbone 140cm photo de paysage

Tout d’abord, lui seul va vous permettre d’utiliser les filtres précédemment cités. Une pose longue sans trépied est évidemment impensable, mais au-delà de ça, utiliser un filtre gradué sans trépied est un véritable enfer, et quasi impossible dans la pratique : vous allez devoir replacer votre filtre à chaque fois que vous bougez un tout petit peu. Idem pour le filtre polarisant, franchement compliqué à utiliser sans trépied.

En plus de ça, le trépied a l’avantage de vous forcer à composer soigneusement vos images, ou en tout cas de vous y aider. Comme l’appareil est très stable et que vous pouvez changer le cadre de manière beaucoup plus progressive et précise, vous composez de manière bien plus réfléchie et fine que sans trépied. À chaque petit mouvement, vous voyez l’effet sur les lignes de force dans la photo, les éléments gênants en bord de cadre, etc.

De plus, vous pouvez faire plusieurs essais avec exactement le même cadre (par exemple avec plusieurs filtres gradués différents, ou alors avec/sans pose longue), et même faire du HDR si besoin (ou si vous avez la flemme de sortir le gradué :P).

Bref, ça fait vraiment une grande différence dans la pratique sur la qualité de vos images. Si vous prenez les images de l’article précédent, plusieurs se sont passées de filtre, mais quasi aucune ne s’est passée de trépied. J’ai rédigé un article sur comment bien choisir un trépied photo.

 

Voilà, j’espère avoir orienté les achats de ceux d’entre vous qui s’intéressent à la photo de paysage. Et vous, quel est votre accessoire préféré ? 😉

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74 commentaires
  1. Bonjour,

    Merci pour tous vos enseignements, clairs et faciles à intégrer.

    Je projette de réaliser des photos de paysage en pose longue lors d’un voyage (Islande en aout) et voulais savoir si l’on peut s’affranchir de l’équipement de filtres ND lors de la prise de vue, et corriger le trop de lumière en post production.

    Merci de votre retour,

    Franck

      1. Bonjour Fanck,

        L’effet d’un filtre ND ne peut pas se reproduire en traitement car en post production on ne peut qu’agir sur la luminosité de l’image, sans modifier ses réglages comme le temps de pose, alors que le filtre ND réduit la lumière entrante dans l’objectif et va donc modifier ces réglage.

  2. Je suis étonné par la remarque concernant l’utilisation d’un filtre polarisant pour un portrait. J’ai lu ailleurs qu’au contraire ça pouvait améliorer le rendu en supprimant les reflets. Je pense donc que ça va dépendre des cas non ?

    1. Bonjour Clément!
      J’avoue que je ne sais pas, je n’ai pas testé!
      Je suppose qu’il doit en effet matifier la peau en supprimant les reflets où celle-ci est humide.
      Je ne suis pas sûre que le résultat soit satisfaisant dans tous les cas, ça doit dépendre en effet.
      J’ai envie de faire le parallèle avec le maquillage :
      – On met du fond de teint pour matifier + masquer les reflets qui n’avantagent pas le sujet (sur le nez, le milieu du front, bref la zone T ^^)(si j’avais su que je parlerais maquillage sur le blog de Laurent un jour!!!)
      – On met AUSSI ce qui s’appelle une « touche éclat » pour se créer des reflets avantageux sur des zones bien choisies : au dessus des lèvres, sous l’extérieur des sourcils, et sur les pommettes des joues je crois.
      Si on ne met QUE le fond de teint je t’assure c’est nettement moins bien, ça peut faire un peu étrange et pas vraiment naturel – et je suppose que le filtre polarisant c’est un peu la même histoire.
      Attention aussi à ne pas supprimer le reflet de lumière qui donne cette vie au regard 😉
      Allez j’arrête mon tuto maquillage ^^

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