Photographier un sujet en mouvement
Vous êtes déjà demandé comment photographier un sujet en mouvement, que ce soit pour le figer ou au contraire pour mettre en valeur son mouvement ? En effet, il est souvent bien plus difficile de travailler avec ce type de sujet qu’avec un sujet fixe bien sage, qui laisse tout le temps de composer son image et de régler son appareil. Voyons donc ensemble comment relever ce défi.
Prérequis
Avant d’en arriver aux 3 façons de traiter un sujet en mouvement, faisons le point sur les connaissances à avoir en tête, et ce à quoi vous devez penser. Pas de panique, rien de trop compliqué
La vitesse d’obturation
Je ne fais pas vous refaire tout le topo là-dessus, car j’ai déjà écrit un article sur la vitesse d’obturation. Si vous n’êtes pas au point sur ce sujet, pensez à le lire ou le relire avant de continuer, c’est une base qu’il faut maîtriser pour bien comprendre cet article.
Mais bref, vous avez compris que notre principale préoccupation pour photographier un sujet en mouvement, ce serait la vitesse d’obturation, puisqu’elle influence la manière dont est perçue le mouvement. Nous reviendrons sur les manières dont on peut l’utiliser.
Soyez prêts
On va parler un peu plus de technique juste après, mais cet article serait incomplet si je ne mettais pas l’accent sur un point : être prêt à tout moment. Tout dépend si vous faites de la photo de sport ou de la photo animalière, mais dans tous les cas, un sujet en mouvement, ça bouge (admirez mon intelligence supérieure
). Et donc, par définition, vous n’aurez pas le temps d’y penser à plusieurs fois. Ce qui signifie qu’il faut être prêt à déclencher à tout moment. Ce qui inclut notamment :
- d’avoir l’appareil prêt : sans cache d’objectif, allumé, et pré-réglé pour la situation de lumière actuelle (ou la plus probable)
- d’être attentif
- d’être concentré
- et on y pense moins souvent : d’observer attentivement son environnement afin d’avoir 1 ou 2 compositions en tête à tout moment. Et oui : si vous êtes assez vifs pour réagir au bon moment, mais que votre photo est mal cadrée ou mal composée, ça fera toujours un mauvais cliché
Définissez la photo que vous souhaitez
C’est bien beau tout ça, mai le préalable indispensable, c’est de savoir ce que vous voulez obtenir comme cliché :
- un sujet bien net, où le mouvement est figé ?
- un environnement net mais un sujet légèrement ou fortement flou pour mettre en valeur son mouvement ? (ça peut également être une partie d’un sujet flou, comme les bras d’un batteur par exemple
) - un sujet net, mais un environnement avec un flou « directionnel », selon la technique plus difficile du filé (si vous ne savez pas ce que c’est, je l’explique plus bas, pas de panique
)
Un sujet bien net
Il faut savoir qu’il y a deux paramètres qui vont déterminer si le mouvement de votre sujet va être figé sur l’image ou non : la vitesse d’obturation comme on l’a dit, mais aussi (et on y pense moins) la vitesse à laquelle le sujet se déplace. Je m’explique.
Plus vous allez augmenter votre vitesse d’obturation (c’est-à-dire diminuer le temps de pose), moins votre sujet aura le temps de bouger pendant que votre appareil prend la photo. Et donc, plus vous aurez de chance de figer le mouvement.
Seulement voilà : vous vous doutez bien que pendant le même laps de temps (mettons 1/200ème de seconde), une formule 1 à pleine vitesse parcourt une distance plus importante qu’un sprinter (oui, même Usain Bolt
). Donc si la distance parcourue est plus importante, il y a plus de chance que la formule 1 bouge sensiblement pendant ce laps de temps. Ca paraît assez intuitif.
Vous l’aurez donc compris : plus votre sujet ira vite, plus il faudra augmenter la vitesse d’obturation pour le figer. Là encore, ça paraît assez intuitif.
J’entends déjà votre question : et comment on sait quelle vitesse est nécessaire pour saisir Usain Bolt ou une formule 1 ? Et bien il n’y a pas de réponse simple. Il doit bien exister des calculs physiques complexes, mais soyons honnête, on s’en fout
Le seul moyen de déterminer ça, c’est en essayant, et ça viendra de plus en plus intuitivement grâce à l’expérience. Essayez, et si c’est flou, essayez plus rapide la prochaine fois.
Comment faire concrètement ? Le plus simple est de régler votre boitier en mode priorité à la vitesse (Tv ou S), de sélectionner une vitesse qui vous paraît suffisante (en général au minimum plus rapide que 1/100ème, sauf si vous photographiez un escargot
).
Astuce bonus : réglez votre autofocus en continu ! Parce que figer le mouvement c’est bien, mais votre sujet peut également être flou parce que la mise au point est mal faite.
(Pour en savoir plus, vous pouvez lire mon article sur l’autotofocus)
Flouter le sujet et mettre en valeur le mouvement
Ici j’ai shooté à 1/80ème, mais les mouvements étant très rapides, ça m’a permis d’obtenir ce joli flou sur le bras des danseuses.C’est une autre façon de mettre en valeur un mouvement : un environnement net (arrière-plan et avant-plan), mais un sujet en partie ou totalement flou. Mais pas un flou tout moche comme si vous aviez foiré votre mise au point, ou comme si vous aviez trop bu. Un flou avec de jolies trainées qui montrent bien l’amplitude et la direction du mouvement de votre sujet.
C’est exactement le même principe que pour le point précédent, mais appliqué à l’envers. Il va falloir baisser votre vitesse d’obturation afin de capter le mouvement du sujet. Plus vous la baisserez, et plus le mouvement de celui-ci sera rapide, plus vous capterez une grande partie du mouvement, et donc plus l’effet sera fort.
Cela dit, il faut faire attention à ne pas trop ralentir la vitesse, sous peine de flou de bougé. Voilà donc la méthode que je vous propose :
- réglez la vitesse au minimum nécessaire pour avoir un environnement net. Ce n’est pas forcément évident à déterminer, donc lisez l’article sur le coefficient de conversion pour bien comprendre).
- Vous pouvez la diminuer de 1 ou 2 crans si votre objectif est stabilisé
- Prenez garde à être le plus stable possible
Si lorsque vous déclenchez, votre sujet n’est pas assez flou, c’est qu’il ne bouge pas assez vite. Vous pouvez attendre qu’il bouge plus vite, ou alors diminuer la vitesse. Mais dans ce cas, vous risquez fortement un flou de bougé. Songez donc à vous stabiliser encore plus (en vous appuyant contre un mur par exemple), voire à utiliser un trépied.
Le filé : technique avancée mais du plus bel effet
Quand je dis technique avancée, ça ne veut pas dire qu’elle est incompréhensible du débutant (bien au contraire), mais simplement qu’elle nécessite une certaine habileté, et surtout beaucoup d’entraînement.
Pour faire simple, l’idée de la technique du fond filé est la même qu’au point précédent, sauf qu’à la place de flouter le sujet, on va flouter le fond. Vous allez me dire que le fond ne bouge pas. Certes, mais vous, vous pouvez. Je vais essayer d’expliquer l’idée par écrit, ce qui n’est pas forcément évident.
Le principe est d’utiliser une vitesse d’obturation relativement faible. Pendant le temps de la prise de vue, vous allez suivre votre sujet avec votre appareil, à la même vitesse que lui. C’est-à-dire que le sujet sera net, mais le fond flou (avec des traînées, d’où le nom de fond filé), car il aura bougé par rapport à vous.
C’est un peu comme le Soleil par rapport à la Terre : on a l’impression qu’il bouge, mais en fait c’est nous qui bougeons par rapport à lui (si si, je vous assure !
)
C’est une technique difficile à maîtriser car il faut bouger à la même vitesse que votre sujet bouge dans le viseur (non, vous n’êtes pas obligés d’aller à 300km/h pour photographier une formule 1
), mais tout en restant assez stable pour qu’il n’y ait pas de flou de bougé (ou tout au moins, pas ailleurs que sur le fond).
Je ne maîtrise pas moi-même cette technique, principalement parce que je n’ai jamais essayé, n’en ayant pas particulièrement l’utilité dans ce que je fais comme photos. Cela dit, il apparaît que la meilleure méthode est de commencer à suivre votre sujet avec l’appareil avant de prendre le cliché, ce qui vous fait prendre le bon rythme, et de déclencher quand vous le souhaitez sans arrêter ce mouvement. L’utilisation d’un monopode peut vous aider, mais il est possible de le faire à main levée.
Comme vous vous en doutez, c’est une technique qui demande de l’entraînement pour être maitrisée, mais qui est du plus bel effet. Et un article sur les sujets en mouvements sans parler de filé aurait été incomplet
Voilà, j’espère que les différentes manières de gérer un sujet en mouvement sont maintenant plus claires, et que vous saurez utiliser ces connaissances pour être créatifs la prochaine fois que vous chercherez à saisir ou à mettre en valeur un mouvement. Laissez un commentaire si vous avez une question ou quelque chose à rajouter !
(Oh, et puis pour ceux qui ne sont pas inscrits à la newsletter, il y a 2 bonus sympas, et en plus vous ne ratez aucun des prochains articles !
)
P.S. : Vous hésitez quant au choix d'un objectif ? Ma méthode complète pour choisir un objectif photo en fonction de vos besoins vous intéressera sans doute ;)
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Sur le même sujet
Article du 10 novembre 2010.





il y a environ 7 mois
Article extra (encore une fois…!), des pointes d’humour exquises!
J’ajouterais une petite astuce pour le dernier point avec la technique du filé, régler soit en rafale haute vitesse ou retardateur 2sec.
Je m’explique, le mode rafale = plus de chance d’en avoir une parfaite en suivant le sujet en mouvement, en restant appuyé sur le déclencheur. Le mode retardateur 2sec = pour éviter de bouger l’appareil quand on appuie sur le déclencheur. Ainsi on appuie sur le déclencheur, on suit le sujet en mouvement et l’appareil déclenche seul. Le mouvement de suivi est beaucoup fluide lorsqu’on a pas à appuyer sur le déclencheur.
Encore bravo Laurent!
PE
il y a environ 7 mois
Je ne connaissais pas la technique du retardateur, c’est vrai que ce n’est pas idiot du tout ! Merci
il y a environ 7 mois
Bien vu pour le retardateur. J’appliquais déjà ça de nuit quand je n’avais pas de télécommande mais n’avais jamais pensé à faire ça pour un sujet en mouvement rapide.
Merci pour cette astuce
il y a environ 7 mois
Oh, quelle surprise de voir une de ses photos en référence.
Bon texte, comme d’habitude.
il y a environ 7 mois
Salut Laurent,
) et ainsi je suis sur d’avoir une vitesse correcte. Si ça ne suffit pas, je monte en Iso jusqu’à avoir un réglage satisfaisant.
A la fin de ton article tu demandes de laisser un commentaire si il y a quelque chose a rajouter, mais … Que veux-tu rajouter après un article aussi complet ?!
Ah si, il y a un truc qu’on peut donner : pour être certain de ne pas faire du flou de bougé avec un téléobjectif et de bien figer le mouvement du sujet, il faut toujours que la vitesse soit a peu près égale sinon supérieure a la focale. Exemple : je suis a 300mm, je devrais donc avoir ma vitesse au pire au 1/250, le top étant au 1/500. Sauf que les conditions ne le permettent pas toujours.
Pour ma part, je suis quasiment toujours sur le mode priorité ouverture, meme quand je veux une vitesse élevée : j’ouvre au maximum, ainsi je suis certain que mon appareil soit a la plus haute vitesse possible.
Quand je photographie les blaireaux a la nuit tombée, ils ne sont pas immobiles je dois donc les figer avec une vitesse d’au moins 1/180. Alors j’ouvre au max, c’est a dire a 5.6 à 300 mm (ben oui, on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a
Bon, il faut moins de temps pour le faire que pour le lire, heureusement, car les blaireaux n’attendent pas eux
Dernier article de Régis M : Super defi semaine 9 – le blaireau- voisin du lapin de garenne
il y a environ 7 mois
Article qui tombe à pique ma fille marche depuis peut et j’ai plus de difficultés à faire des photos nettes. Avant elle restait en position assise tranquille, maintenant c’est autre chose et aller demander à un bébé de rester en place lol. J’ai essayé encore hier en fin de journée (pas terrible pour la lumière), mais plein de flous elle ne reste plus en place. Du coup avec mon (EOS 500D) 18-55 F3,5-5,6 je galère en mode Tv ou P c’est soit flou soit sous exposé, seul le flash arrive à figer, mais j’ai horreur du flash (peut être un jour j’aimerais quand j’aurais un cobra bien orienté
). J’espère que mon 50mm F1,8 commandé en début de semaine va m’aider pour compenser la sous-exposition lors de grande vitesse. ;P si on peut me donner des conseils autres,cela fait 1 an que j’ai mon reflex et je commence seulement à utiliser les modes experts et ce n’est pas si simple.
il y a environ 7 mois
Ton problème est typique. Effectivement, un 50mm f/1.8 devrait te permettre d’éviter une sous-exposition tout en figeant le mouvement. De plus la profondeur de champ sera réduite, ce qui met bien en valeur le sujet pour des portraits
Mais comme elle sera réduite, il faudra que ta mise au point soit très précise. Si jamais tu constates que tes mises au point sont un peu à côté, passe en mode autofocus continu
Sinon pour le flash, tu peux utiliser celui de l’appareil en diminuant sa puissance, et en le diffusant (tu peux faire ça à l’artisanale pour moins d’1€
)
il y a environ 7 mois
quelle vitesse est nécessaire ? -> Bien que la méthode empirique que tu recommandes soit certes intéressante, il y a un moyen tout simple, valable particulièrement pour la photo sportive: il y aura toujours d’autres photographes autour de l’activité à photographier (sport mécanique, hockey sur glace, …) et pour commencer, il peut être facile de demander à un autre photographe ce qu’il a pris comme réglage
Je n’ai encore jamais vu un gentil photographe – amateur, amateur expérimenté ou pro – envoyer bouler un débutant ^^
il y a environ 7 mois
Sa tombe bien..par contre lors des défilés de modèle dans des endroits peu mal éclairé j ai un peu de mal..pied flouté , mise au point chaotique, exposition faible ou sur exposition..bref grâce à ton article je verrai un peu plus clair la prochaine nuit..
il y a environ 7 mois
Perso, j’ai une préférence pour le flou:-) Plus vivant je trouve.
Dernier article de fabrice : Mompox ou la belle cité coloniale endormie du Magdalena
il y a environ 7 mois
Encore un excellent article que j’ai lu avec plaisir ! J’ai hâte de tester la technique du filé !
il y a environ 7 mois
Bravo Laurent, encore un excellent article où l’humour n’empêche pas la qualité !
Je rejoins Pel et son premier commentaire pour le filé, les deux techniques sont excellentes. Le tout est d’avoir un flou d’arrière plan réaliste, comme ton exemple du cycliste.
Je m’explique, le flou donne l’impression de vitesse et il faut que cette impression soit adaptée au sujet. L’arrière-plan pour un jogger qui court à 12km/hr doit être moins flou que pour une voiture roulant à 250 (à moins que le jogger soit superman). Là aussi il faudra faire quelques essais de vitesses mais une fois qu’on a l’habitude et mouvement souple pour suivre le sujet, le filé est un vrai plaisir. Ce qui n’empêche pas le flou de mouvement pour varier !
il y a environ 7 mois
Bonjour,
Il va de soi que les photos avec filé seront beaucoup plus faciles si le sujet a sa trajectoire perpendiculaire à l’axe de visée du photographe : le changement de distance implique un changement de perspective incorrigible !
J’ai personnellement plus de facilités à faire du filé à main levée que sur un support (trepied/monopode), car l’inertie du matériel aide à rester stable.
A noter que certains objectifs modernes ont une stabilisation qui peut s’adapter au filé (stabilisation verticale seulement)
C’est soit automatique, par exemple chez Canon les EF-S 18-55mm f/3,5-5,6 IS et EF-S 55-250mm f/4-5,6 IS, soit manuel, comme les 70-200 f/4L IS et f/2,8L IS, avec une stabilisation en mode 1 (horizontal+vertical) ou 2 (vertical seulement, inutile en mode portrait).
Je passe sur le mode 3 trouvable uniquement sur les grands blancs hors de prix.
Voilà, voilà…
il y a environ 4 mois
Salut Laurent,
Je voulais juste faire un coucou et dire que c’est grâce à ton article que je pense maintenant souvent à prendre des objets en mouvement, et que j’ai notamment eu l’idée pendant mon voyage en Russie de faire cette illustration : http://photo-dun-jour.blogspot.com/2011/07/28-juillet-2011-la-jigouli.html
Surtout continue ce que tu fais, car tes articles … m’inspirent
Dernier article de Jean-Michel : 06 septembre 2011 – Far East
il y a environ 3 mois
je commence juste la photo, j’etais ds un club photo au collège, mais c’est que 16 ans après que je redecouvre une passion. merci pour vos conseil.surtout l’humour genial!